Ils sont nombreux à se croire en situation financière précaire

Les Québécois sont nombreux à se considérer en situation financière précaire, et le degré de littératie fiscale n’y change rien, ou peu. Tout au plus une certaine connaissance financière vient-elle atténuer le degré d’inquiétude.

La Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke propose une nouvelle étude. Le document d’une vingtaine de pages mesure la perception financière de 900 des 1000 répondants à un sondage CROP. Signé par Antoine Genest-Grégoire, Jean-Herman Guay et le titulaire de la Chaire, Luc Godbout, ce document fait ressortir un sentiment de précarité financière, surtout chez les jeunes, une perception renforcée en présence d’un faible degré de littératie fiscale.

À l’énoncé « Nos revenus annuels dépassent nos dépenses », la situation est considérée comme difficile pour 44 % des gens. Selon l’âge, la situation jugée difficile atteint 50 % pour les 25-34 ans contre 41 % pour les deux extrêmes, soit les 18-24 ans et les 65 ans et plus. Lorsqu’on leur demande s’ils éprouvent de la difficulté à payer leurs factures à la fin du mois, « les différences sont plus marquées lorsqu’on compare les jeunes de 18-24 ans (53 %) aux gens de 55-64 ans (23 %) ».

L’inconfort diminue sur le plan du bilan. À l’énoncé « Considérant nos actifs et nos dettes, je suis confortable [sic] financièrement », 60 % des gens répondent par l’affirmative. Mais seulement 50 % des personnes âgées de 25-44 ans ont cette perception, la proportion grimpant à plus de 76 % pour le groupe des 55-64 ans. Et plus du tiers des répondants estiment que leurs dettes dépassent leur actif.

Amélioration

Tout n’est cependant pas sombre, avec 69 % des gens estimant que leur situation financière s’est maintenue ou améliorée depuis quelques années. Avec, aussi, les trois quarts des gens disant croire que leur situation financière va se maintenir ou s’améliorer au cours des prochaines années.

Mais lorsqu’il est question de la retraite, « le pessimisme est plus prononcé puisque 46 % des répondants pensent qu’ils n’auront pas un niveau de vie convenable à la retraite ». Les jeunes de 25-34 ans sont seulement 41 % à avoir bon espoir de maintenir leur niveau de vie à la retraite, contre 71 % pour les 55-64 ans.

« L'inquiétude financière, malgré son caractère subjectif, est donc ancrée dans une réalité sociale ; elle est liée à des déterminants objectifs relativement simples. »

Les auteurs ont soumis ces énoncés au filtre de la littératie fiscale, avec 46 % des répondants disant connaître très mal ou assez mal les mesures fiscales qui les concernent. Ils concluent que « la littératie fiscale, et sans doute la littératie financière qui lui est analogue, est un facteur de sécurité financière, peu importe les autres déterminants sociaux, parce qu’il s’agit d’une qualité qui témoigne du degré de maîtrise des citoyens par rapport à leur situation financière. Une situation sur laquelle on a le sentiment d’avoir une emprise est beaucoup moins menaçante qu’une autre qu’on a l’impression de devoir subir sans pouvoir y faire quoi que ce soit », disent-ils.

La contribution peut être sensible. Pour un homme de 45-54 ans affichant un revenu familial entre 40 000 $ et 60 000 $, la probabilité de faire partie des inquiets passe de 31 à 20 % selon qu’il déclare son degré de littératie faible ou fort. Pour une femme du même groupe d’âges et de revenu, la probabilité de faire partie des inquiètes passe de 34 à 23 %.

Les auteurs de conclure : « les résultats présentent à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Ils peuvent être vus de façon favorable en considérant qu’ils montrent que les ménages ont une perception relativement juste de leur sécurité financière réelle, et donc qu’ils ont à tout le moins de bonnes chances d’être au courant que leur situation est précaire, le cas échéant. La mauvaise nouvelle est qu’une part non négligeable de la population semble se considérer dans une situation précaire sur le plan financier, du moins d’un point de vue subjectif. Cette situation devrait évidemment être une source de préoccupation pour les décideurs publics lorsqu’ils réfléchissent aux politiques de soutien du revenu, de retraite ou de logement. »

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.