L’humanité de la diversité

En ce 20 janvier 2017, le nouveau président des États-Unis est un homme ayant contesté sans aucun fondement le lieu de naissance de son prédécesseur noir, Barack Hussein Obama, dans l’objectif de remettre en question la légitimité même de son statut. D’autres manient le verbe et la pensée autrement. Ils critiquent le discours ambiant sur la diversité ethnique, l’immigration et les minorités visibles, certains osant même la référence aux étals de poissons ayant la texture et le goût du décongelé.

Force est de constater que les débats de société concernant la place des individus qui se situent au carrefour de la diversité raciale, de la diversité ethnique, de la diversité religieuse et de l’immigration — parlons de la « diversité » aux fins du présent texte — sont parfois teintés par des incidents qui mettent en lumière une rhétorique et un traitement qui déshumanisent ces individus. Bien souvent, l’apologie de tels incidents est vite faite au motif qu’ils engagent un débat sur des sujets par ailleurs légitimes. Quels sont les effets pervers de ce phénomène ?

Une seule chronique n’est pas suffisante pour discuter exhaustivement du problème et des pistes de solutions, mais retenons à tout le moins ceci : la diversité n’est pas simplement un item sur le menu des enjeux de société dont on peut discuter sans aucune sensibilité. On ne peut pas en disposer comme on dispose d’un repas qu’on aime ou pas. Elle représente un ensemble d’individus qui sont de facto des acteurs à la table de discussion et avec lesquels un dialogue est possible, même en cas de désaccord, à condition qu’on reconnaisse leur humanité. On peut bien ruminer sur la question de l’identité québécoise, mais cette réflexion, qu’on le veuille ou non, est mal engagée si la question posée est « pour ou contre la diversité ? » Les réfugiés syriens sont déjà ici. Je suis né à Sainte-Justine. Nous sommes là. La question appropriée est « la diversité, comment ? »

 

C’est là où le bât blesse. Les membres de la diversité sont présentement prisonniers d’un débat idéologique et politique dans lequel ils jouent le mauvais rôle. Les identitaires entretiennent essentiellement un discours dénonçant la mondialisation, l’immigration, les inégalités économiques et les privilèges d’un groupe qualifié d’« élite ». Cette élite détenant le pouvoir économique et politique ; que ce soit au Québec, ailleurs au Canada, aux États-Unis ou en Europe, cet adversaire entretient généralement un discours favoerable au multiculturalisme et à la diversité.

En théorie, aucun camp n’est propriétaire de la diversité. Et ses membres ne sont pas dupes. Que ce soit au Québec ou dans l’ensemble du Canada, ils sont ouverts à discuter de la valeur des politiques publiques au-delà des paroles prononcées et des gestes symboliques. La réduction des inégalités socio-économiques est non seulement un enjeu pertinent pour tous, mais de plus, sa coexistence avec la diversité est une question qui ne peut être ignorée, qu’on voie là ou non une corrélation. La question des seuils d’immigration est tout autant d’intérêt. En ce sens, un dialogue est possible autant lorsque Pierre Fortin remet en question, analyses à l’appui, les avantages économiques de l’immigration que lorsque Bernard « Rambo » Gauthier expose à Tout le monde en parle son ignorance du nombre de Syriens reçus au Canada et admet ouvertement sa peur de ce qu’il ne connaît pas.

En revanche, des propos blessants qui minent la dignité de ceux qui en font l’objet provoquent une colère qui clôt la porte à discussion. En effet, la confiance en l’individu qui entretient le propos est dès lors fortement endommagée. Toutes les fois où des leaders d’opinion ou des politiciens entretiennent des propos qui déshumanisent les membres de la diversité, ceux-ci sont pris au piège parce qu’ils n’ont d’autre option que de se taire ou de répondre. S’ils répondent, ils se voient du coup associés à la rhétorique du camp qui se positionne, en apparence du moins, en faveur de la diversité. Par cet effet, l’indignation des membres de la diversité en soi n’a que peu de valeur puisqu’elle se noie dans un débat polarisé plus large et plus profond. La diversité est dès lors instrumentalisée et ses membres deviennent contre leur gré les idiots utiles d’une dualité qui n’a pas de lien avec leurs intérêts.

Afin de briser ce cercle vicieux, il importe de distinguer les débats d’idées des insultes utilisées pernicieusement à leur soutien, et à cet égard, l’ensemble de la population a un rôle à jouer. Une rhétorique simplement plus respectueuse de la diversité est susceptible de reconfigurer la place qu’elle occupe dans l’espace public et d’apporter une nouvelle couleur aux enjeux de société.

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