Comment s’informer en 2017?

Les débats sur le Brexit et l’avalanche de fausses nouvelles durant la campagne électorale américaine imposent de se poser la question. Comment séparer le vrai du faux quand, selon le site PolitiFact, environ 70 % des déclarations de Trump se sont révélées fausses ou partiellement fausses ? Et avec le résultat que l’on connaît.

Arron Banks, le principal donateur de la campagne du « Leave » qui a mené au Brexit, expliquait qu’une argumentation basée sur les faits n’aurait pas fait gagner leur camp. Pour réussir, il fallait plutôt « connecter émotionnellement avec les gens ». « C’est ça le succès Trump », ajoutait-il.

Ce qui est désarçonnant, c’est de réaliser à quel point certains politiciens s’appuient de manière décomplexée sur une désinformation calculée et sur la certitude que nombre d’électeurs crédules et cyniques en seront convaincus. Il y a quelques jours, l’actrice Meryl Streep rappelait avec justesse l’importance de « protéger les journalistes qui devront défendre la vérité ». Force est de constater qu’une masse critique d’électeurs ont adhéré aux discours politiques faisant la part congrue aux faits. La situation est telle que le dictionnaire Oxford a nommé l’expression « post-factuel » comme mot de l’année 2016. Cette désignation témoigne du triomphe d’une pensée molle ancrée dans une glaise lénifiante de préjugés.

Comment s’informer en 2017 ? Cette question est urgente pour la vitalité de nos démocraties. Il n’y a pas de réponse facile. Impossible d’en venir à bout dans le cadre d’une modeste chronique, mais voici trois directions méritant, à mon avis, d’être explorées.

Pratiquer le « slow politics »

« Notre univers médiatique dégouline de subjectivité, et les chroniqueurs dont la marque de commerce est la caricature et la provocation ne manquent pas », écrit le philosophe Jocelyn Maclure dans son livre Retrouver la raison. Pratiquer le « slow politics » consiste à prendre le temps nécessaire pour établir les faits, les analyser et délibérer. Le rythme effréné du monde politique et la surabondance d’opinions exaltées laissent peu de place à l’oxygénation de notre cerveau. La vitesse tue, dit-on. Les entreprises médiatiques sont plus nombreuses à accorder de l’importance à la viralité d’une publication plutôt qu’à sa qualité. Non seulement doit-on mieux trier l’information, mais aussi faut-il résister aux raccourcis intellectuels et exiger des analyses basées sur les faits.

Stéphane Albouy, directeur de rédaction du quotidien Le Parisien, a annoncé dans le cadre des présidentielles françaises que son journal renonçait à commander des sondages. Voilà un premier pas intéressant vers un « slow politics » qui met de l’avant la rigueur à la place du spectacle superficiel. D’autres entreprises médiatiques devraient s’en inspirer.

Douter

« Seule activité humaine capable de contrôler l’exercice du pouvoir de façon positive, le doute est essentiel à la compréhension des choses », écrivait John Saul dans son essai Le compagnon du doute. La popularité des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux est devenue exponentielle, au point où Scottie Nell Hugues, une journaliste pro-Trump, affirmait que « la distinction entre le vrai et le faux n’a plus vraiment d’importance ». C’est la victoire cynique de la stratégie du mensonge. Pour contrer une telle dérive, la seule issue possible est de pratiquer le doute. En ce sens, il faut applaudir les médias qui se livrent désormais à la vérification systématique des déclarations politiques (fact-checking).

Investir les espaces citoyens

Selon une étude du New York Times, 44 % des Américains s’informent désormais sur Facebook, là où notre conception du monde est biaisée par le pouvoir des algorithmes qui renforcent nos propres croyances et privilégient les publications « aimées » par nos amis. Lawrence Lessig, professeur de droit, n’y va pas par quatre chemins : « La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie. »

Alors que les débats se polarisent, les espaces communs de discussions citoyennes sont délaissés. L’agoraphobie a envahi l’agora, désormais abandonnée. C’est notre démocratie délibérative qui en ressort affaiblie. « Si vous en avez assez de vous obstiner avec des étrangers sur Internet, essayez donc de leur parler dans la vraie vie ! » a lancé Obama dans son ultime discours à la nation américaine.

Comment s’informer en 2017 ? Il faut non seulement revaloriser les faits, mais aussi les espaces d’échange citoyen à l’extérieur du web. Surtout, il y a urgence de revoir nos manières de poser un jugement sur la valeur des informations, y compris leurs sources. Nous sommes privilégiés de vivre à une époque où l’information est riche et diversifiée. Profitons-en mieux.

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16 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 13 janvier 2017 06 h 00

    M'informer pour me nourrir...

    ...quoi ? L'esprit ? Le coeur ? L'âme ? ou les trois à la fois.
    À cette époque-ci que je considère être aussi construite et bâtie de superficialité, de paraître, de frivolité la désinformation est comme enfant heureux dans un carré de sable.
    À la vitesse où un pourcentage non quantifié de gens vivent leur vie, prennent-ils le temps d'approfondir ? Nous sommes à l'ère de l'instantanéité. Il y a prix à payer dont celui de la fausse information qui elle ne s'adresse aucunement à l'intelligence mais uniquement aux sens. Genre: «À fleur de peau». Pas question de sous-cutané.

    Il y aura prix à payer.
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 13 janvier 2017 07 h 24

    Ou comment demeurer politiquement correct?

    Et adhérer aux idéologies mondialisantes et multiculturalistes? On a compris.

  • Denis Paquette - Abonné 13 janvier 2017 08 h 03

    Un sentiment qui m'habite depuis un certain temps

    N'est-il pas habituel de construire le monde sur des demi-vérités? Tout à coup que le monde nous dépasse largement et serait plus complexe que toutes nos certitudes...

  • Clermont Domingue - Abonné 13 janvier 2017 10 h 50

    Démocratie...

    La démocratie des masses d'égoïstes peut-elle bien servir l'humanité?

  • Yvan Harnois - Inscrit 13 janvier 2017 11 h 46

    Esprit critique

    Tout à fait d'accord pour dire que les réseaux sociaux dérivent (ex: fausses informations, expressions dégradantes,etc). En même temps, ils nous permettent d'avoir accès directement et facilement à beaucoup d'informations diversifiées de partout dans le monde. Ils nous donnent l'occasion aussi de connaître différents points de vue sur un événement ou une situation.
    De tels avantages aident à développer un meilleur esprit critique. Un livre intéressant pour développer cet esprit critique est celui de Normand Baillargeon, «Petit cours d'autodéfense intellectuelle». Cette qualité intellectuelle, l'esprit critique, doit s'exercer avec la même diligence envers les médias traditionnels qu'envers les réseaux sociaux.