Un héritage à faire fructifier

Barack Obama prononcera mardi 10 janvier son discours d’adieu à la nation. Il devrait insister sur les réussites de son gouvernement en matière économique et de lutte contre les inégalités. Il pourrait également en profiter pour dresser un bilan positif d’une politique étrangère ayant rappelé le caractère « indispensable » du leadership américain et préservé l’ordre international libéral.

La campagne qui porta Barack Obama à la présidence il y a huit ans fut marquée par la rhétorique de l’espoir et du changement. Elle suscita de grandes aspirations et des attentes exacerbées. Au terme de deux mandats passés à la Maison-Blanche, celles-ci ont pu être déçues. Le président Obama a pu en effet paraître hésitant, timoré face à des rivaux et parfois des alliés insensibles à son charisme, ou indifférent face à des crises majeures, comme en Syrie. Il a le mérite d’avoir fait preuve de prudence et de vision.

Les vertus du pragmatisme

La lutte contre le terrorisme est, depuis le 11 septembre 2001, incontournable. Contrairement à George W. Bush, Barack Obama est néanmoins parvenu à ne pas en faire le moteur unique de l’action extérieure des États-Unis. En optant pour une approche dite de « l’empreinte légère » caractérisée par l’usage des drones et des forces spéciales, il a privilégié une stratégie peu coûteuse et efficace pour contenir un risque terroriste qui ne constitue pas une menace existentielle à la survie des États-Unis.

Ce pragmatisme dans la gestion d’un risque secondaire lui a permis de consacrer son temps et ses énergies à des dossiers nettement plus sensibles, compliqués et cruciaux pour l’avenir de la scène internationale. Ce fut particulièrement le cas avec les ambitions nucléaires de l’Iran, dont la dimension militaire constituait une menace évidente. Alors qu’aucune option militaire n’apparaissait viable, le gouvernement Obama se concentra à trouver une solution diplomatique. Ce fut chose faite le 14 juillet 2015 avec la signature d’un accord entre Téhéran et le groupe P5 + 1, soit les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne.

Six mois à peine après la signature de cet accord, Téhéran avait rempli une partie substantielle des conditions requises (démantèlement de centrifugeuses, transfert de stock d’uranium enrichi vers la Russie) pour la levée d’une partie importante des sanctions qui frappaient l’économie iranienne. Seul le temps permettra cependant de voir si cette entente, qui réduit nettement les capacités iraniennes de fabriquer une arme nucléaire, est durablement opérationnelle. En l’espèce, les agissements de Téhéran (notamment l’implication en Syrie et le développement continu de missiles de longue portée) et l’alternance politique à Washington commandent un optimisme prudent.

Le regard tourné vers l’Asie

Annoncée en 2011, la stratégie du « pivot », ou rééquilibrage vers l’Asie-Pacifique, avait pour objectif de faire des États-Unis un acteur incontournable dans une région considérée comme le centre de gravité des relations internationales au XXIe siècle. Le gouvernement Obama a fait ici preuve d’activisme diplomatique, a augmenté la présence militaire américaine et a démontré un leadership dans les efforts d’intégration économique.

Il a ainsi cherché à encadrer une Chine plus affirmative et imprévisible et à rassurer des alliés régionaux de plus en plus préoccupés par les velléités de puissance de Pékin. La signature en février 2016 du Partenariat transpacifique (PTP) devait, au-delà de sa dimension économique et commerciale, symboliser cet engagement durable de Washington en Asie-Pacifique. Son rejet par le président désigné Donald Trump constituerait une erreur stratégique majeure en ouvrant une période d’incertitude sur l’attitude de Washington dans la région.

Un legs imparfait, mais durable

L’élimination d’Oussama ben Laden en mai 2011, le rapprochement avec Cuba, la signature de l’accord sur le climat lors de la COP21 en décembre 2015 sont également à mettre au crédit de Barack Obama.

Sa politique étrangère ne fut évidemment pas exempte d’erreurs et d’occasions manquées. Il fut par exemple incapable de normaliser les relations avec Moscou. Son gouvernement fit preuve d’atermoiements face au coup de force du général al-Sissi en Égypte en 2013, qu’il refusa de qualifier de coup d’État. Allié bienveillant d’Israël, il ne fit guère pression sur Tel-Aviv pour relancer un processus de paix avec les Palestiniens qui apparaît en état de mort clinique. Les critiques les plus sévères reprocheront enfin au président Obama d’avoir fait preuve d’une indifférence froide devant la crise humanitaire qui frappe la Syrie depuis cinq ans.

Alors qu’en janvier 2009 il avait hérité d’un pays engagé dans deux guerres et menacé par une crise économique majeure, Barack Obama va léguer à Donald Trump un pays plus solide et une politique étrangère assainie, configurée pour faire face aux défis majeurs des prochaines années. Le nouveau président serait bien avisé de ne pas en faire table rase. Il serait en fait gagnant à faire fructifier cet héritage.