Le symbole de la nouvelle année

Le temps des Fêtes est terminé.
Nous avons bien célébré.
L’année 2017 a commencé.
Des résolutions ont été adoptées.
Plusieurs ont déjà été abandonnées.
La plupart des autres le seront d’ici la fin de l’année.

Selon le Statistic Brain Research Institute, seulement 9,2 % des Américains estiment avoir suivi leurs résolutions avec succès en 2016. À l’évidence, les résolutions du Nouvel An telles que nous les concevons fonctionnent peu. Plusieurs auteurs traitent des motifs expliquant l’échec des résolutions prises, et cette chronique n’a pas pour objet d’en traiter plus amplement. Seulement, je me propose de partager quelques réflexions sur le paradoxe que représente la nouvelle année sur les plans individuel et collectif : mythe trompeur à certains égards, symbole puissant à d’autres égards.

L’année civile basée sur le calendrier grégorien n’est pas responsable des aléas de la vie. 2016 n’a tué ni Leonard Cohen ni Prince, n’a pas élu Donald Trump et n’a pas favorisé l’émergence de Safia Nolin.

Et 2017 n’a rien promis à personne. Pas de perte de poids. Pas de meilleure gestion des finances. Même pas un peu de bonheur. Rien. Au passage de la nouvelle année, j’ai cherché le bouton qui permettait de créer de nouvelles circonstances favorables à un nouveau moi. Il n’existe pas.

Nécessaire introspection

L’année civile est bien sûr utile à des fins de références historiques et pour structurer le fonctionnement de notre société. Nous lui en demandons toutefois trop en exigeant qu’elle balise, les 1er janvier et 31 décembre, le début et la fin d’un cycle de cheminement personnel. 2016 n’était pas une saison de hockey. Après les succès et ratés de la dernière année, il est difficile de s’améliorer soudainement comme un club qui procède à quelques échanges et acquisitions de joueurs autonomes.

Chaque année marque plutôt le nouveau kilomètre d’une course de longue distance : on peut accélérer, ralentir, améliorer notre performance, le tout dans la continuité de qui nous sommes et du chemin que nous avons déjà parcouru. À une condition : porter régulièrement attention à notre être dans son ensemble. Pour du réel changement, une réelle introspection s’impose donc.

N’empêche que la notion d’année n’est pas vide de sens. Elle peut au contraire représenter un symbole puissant dans notre imaginaire collectif. Il suffit de penser à ce que représente l’année 1967 pour les Montréalais. À ce titre, Montréal et le Canada ont l’occasion, à l’aube de leur 375e et 150e anniversaire respectif, de marquer un tournant de leur histoire. Le Canada est même l’endroit numéro un à visiter dans le monde en 2017, selon le New York Times !

Sujet prioritaire

Cela étant, ces deux anniversaires auront l’allure de résolutions manquées si nos gouvernements prennent en 2017 des décisions politiques désincarnées des apprentissages de notre histoire. À ce chapitre, les relations avec les autochtones sont sans contredit l’un des sujets prioritaires à l’ordre du jour, et il sera intéressant d’observer les agissements de nos gouvernements, fédéral et provinciaux. Au Québec, la fin de 2016 a laissé entrevoir une année 2017 possiblement empreinte de déceptions.

Je l’ai déjà dit dans ces pages, le mandat de la nouvelle commission d’enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics est trop large, ce qui peut faire en sorte que celle-ci ne produise aucun effet utile. Mais il y a plus.

Cette commission a pour objet de revisiter un ensemble de facteurs systémiques à la source de la discrimination à l’endroit des autochtones. Mais hormis les faits spécifiques expliquant les relations malsaines entre les autorités policières et les autochtones, qu’y a-t-il de nouveau à apprendre au juste ? La commission Vérité et réconciliation a duré six ans et a produit 94 recommandations pas plus tard qu’en juin 2015. Avons-nous vraiment besoin d’une commission « Écoute, réconciliation et progrès » en 2017 ?

C’est avec raison qu’il faut applaudir à l’intérêt porté aux autochtones par le gouvernement québécois. Toutefois, au contraire des individus qui prennent année après année des résolutions sans succès, il serait prudent que notre gouvernement prenne acte des apprentissages de l’histoire ancienne et récente, et restreigne le mandat de la commission à des sujets qui n’ont pas déjà été explorés maintes et maintes fois. L’année 2017 en sera plus porteuse.


 
1 commentaire
  • Serge Morin - Inscrit 6 janvier 2017 09 h 22

    Soulignons que notre premier ministre a accepté cette enquête avec un bras tordu dans le dos.
    Et que le rapport avec les célébrations des 150 et 350 anniversaires ne coulent pas de source.
    Briser l'asservissement et la dépendance des 100 dernières années nécessitera des décisions que nos gouvernements ne voudront pas prendre.
    Briser l'apartheid commence par la suppression graduelle des Réserves, mais juste l'énoncer crée le malaise.