Bientôt un POC près de chez vous

Le projet POC (Production Observation Connexion) propose petit poulailler de démarrage esthétique et facile à nettoyer, conçu par le studio de design Aubry/Levesque.
Photo: POC Le projet POC (Production Observation Connexion) propose petit poulailler de démarrage esthétique et facile à nettoyer, conçu par le studio de design Aubry/Levesque.

Vous pensiez que le caquètement des poules en ville était une histoire oubliée, empaquetée, enterrée ? Avec son projet POC, l’entreprise Alvéole devrait relancer les jacasseries entre, d’un côté, les heureux futurs gobeurs de cocos ultrafrais et aventuriers du monde des gallinacés et, de l’autre, les insurgés qui ne pensent qu’odeur, fientes et autres cot cot cot cot…

Deux poules pondeuses, un petit poulailler urbain conçu par le studio de design industriel Aubry/Levesque hyper esthétique et facile à nettoyer, de la nourriture et de la ripe de bois (litière) pour une saison complète (soit 180 jours), un manuel d’information, une formation ainsi que du soutien technique sur place et à distance, et même une garantie totale de reprise (avec remboursement du prix forfaitaire de départ) au cas où. Le projet POC, pour Production Observation Connexion, s’annonce comme un kit de démarrage pour les amoureux-amateurs de poules en ville à un prix forfaitaire de 1149 $. Vous avez tout pour débuter, l’équipement vous appartient et la garantie de reprise après l’installation du poulailler quel qu’en soit le motif est d’une durée de 180 jours. Ce service de vente — et non de location, formule initialement prévue puis finalement abandonnée — de poulailler livré à domicile pense à tout, ou presque. Reste encore un gros flou quant à l’autorisation d’avoir un poulailler dans sa cour…

Photo: POC Jusqu’à présent, la Ville de Montréal a dit non aux poules.

Dans la même lignée que l’installation de ruches au sein d’une communauté urbaine avec un accompagnement offert aux particuliers, entreprises ou écoles hôtes des ruches, concept qui l’a fait connaître dès sa création en 2012, l’entreprise d’apiculture urbaine Alvéole a décidé de s’attaquer aux poules. « Avec le gros buzz qu’il y a eu autour des poules en ville depuis plusieurs années, on s’attendait à ce qu’une organisation ou une entreprise fasse le premier pas, offre un service de base. Rien de cela ! Chez Alvéole, on s’est alors dit qu’il fallait faire quelque chose. POC est notre réponse au manque de réponse concernant le mouvement pour le droit d’avoir des poules en ville, un mouvement très similaire à celui des abeilles urbaines », explique Alexandre McLean, l’un des fondateurs de la compagnie. Tout est donc prévu dans ce projet de service de vente de poulailler, dont une grande partie consacrée à la dimension éducative, un aspect sur lequel Alvéole a bâti sa notoriété. Jusqu’à proposer une garantie totale de reprise si jamais les choses venaient à « s’empoulailler » ! « S’il faut enlever le poulailler à cause d’une plainte, on le fera ; on remboursera le participant au projet. On s’engage à prendre tout le stress, toute la pression sur nos épaules », affirme Alexandre.

Et les lois ?

Car c’est cette grosse pilule réglementaire montréalaise qu’il va falloir réussir à faire passer. Jusqu’à présent, la Ville de Montréal a dit non aux poules. Quelques amendements ont toutefois été apportés aux réglementations locales concernant le contrôle des animaux sur le territoire. C’est le cas de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie avec son projet La Maisonnette des parents, un organisme communautaire de dépannage alimentaire qui a des poules Chanteclerc depuis juillet 2011 (le seul autorisé) ; ou de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, devenu en juin 2015 le premier arrondissement à autoriser la garde de poules sur son territoire.

Par ailleurs, certaines municipalités québécoises ont fait craquer leur coquille réglementaire. Drummondville a dit officiellement oui aux poules en avril 2016, suivie quelques mois plus tard de Victoriaville. Elles rejoignent des précurseurs comme Chambly en 2013, Carignan en 2014, Sorel-Tracy en 2015. Granby et Sherbrooke devraient statuer cette année sur ce sujet. Sans compter les pétitions de citoyens en cours. Même le MAPAQ a mis sur pied depuis 2011 une fiche d’information (mise à jour en août 2016) pour aider les municipalités dans l’élaboration de règlements municipaux relatifs à la garde des poules et poulets en milieu urbain !

Alors, comment Alvéole va-t-elle s’y prendre avec Montréal ? « On va tenter le coup, quitte à se faire taper sur les doigts. Notre but est de faire avancer le sujet, d’en discuter concrètement, sur le terrain. On ne fait pas non plus quelque chose de complètement illégal. C’est juste plus ou moins toléré selon les réglementations locales, les zonages », explique Alexandre. Et quand il y aura plainte, il y aura discussion. L’équipe Alvéole s’attend à argumenter et à défendre de long en large les bienfaits d’une telle activité, au cas par cas, selon les arrondissements. Des compétences qu’elle a su développer au gré de ses projets d’installation de ruches en ville, dont certains se voyaient au départ non autorisés. Puis, l’entreprise ne réinvente pas la roue non plus. Les règlements des municipalités autorisant les poules en milieu urbain ont déjà largement planché sur les conditions et l’encadrement d’une telle activité : avoir une cour arrière d’une certaine taille, pas de coq, limiter le nombre de poules pondeuses (généralement de deux à cinq), etc.

Étape 1

Dans le projet POC, la paire de poules est prévue pour que poulette 1 s’amuse avec poulette 2 et, surtout, pour bien faire la différence entre un élevage (un terme qui fait tout de suite peur et devrait donc être banni dans ce contexte-ci) et un passe-temps éducatif offrant une relative autonomie alimentaire. Car on s’entend qu’avec deux oeufs par jour, on ne va pas lancer une business !

Bien sûr, il y a la question de la saisonnalité. Il ne faudrait pas que les poulettes soient abandonnées en cours de route et que le 1er novembre devienne un 1er juillet pour nos amies à plumes… En plus de son nouveau règlement sur le contrôle des animaux, l’administration Coderre risque donc d’avoir plus que des chats à fouetter (une pensée pour tous ces nouveaux médaillés poilus et interdits de sortie depuis octobre 2016 !)… Des poules aussi ! Et parce qu’une poule, ce n’est ni un chien ni un chat, il va falloir pondre un nouveau cadre réglementaire. Un bel oeuf.

 


Pour aller plus loin

On peut consulter le site Web de POC, qui détaille le service de vente de poulailler urbain, notamment la garantie totale de reprise. La version bêta du projet vise une cinquantaine de familles montréalaises sur l’île de Montréal, également la Rive-Nord et la Rive-Sud. Les premières installations sont prévues pour avril. D’ici là, plusieurs choses restent à peaufiner, comme le choix du fournisseur de poules pondeuses, le coût du kit additionnel pour la saison hivernale (un système électrique pour chauffer et éclairer le poulailler), le service de ramassage des poules offert gratuitement pour les clients qui ne veulent pas les garder l’hiver, etc.

Au Québec, des citadins qui ont chez eux des poules pondeuses depuis plusieurs années et qui font part de leur expérience et militent pour que les réglementations municipales ouvrent davantage leurs portes aux gallinacés, il y en a. Le site Web de Louise Arbour en est un exemple.

Depuis les années 1990, le mouvement pour le droit d’avoir des poules en ville prend de l’ampleur en Europe et en Amérique du Nord. Parmi les points positifs qui ont convaincu des grandes villes comme New York, Chicago, Seattle ou Vancouver d’aller de l’avant : la quasi-absence de bruit, le fait que les nouveaux poulaillers urbains occupent peu d’espace et qu’ils nécessitent peu d’entretien. Et ne croyez pas que les poules en ville sont rares. Même chez nous, il suffit de tendre l’oreille pour entendre leur discret babillage. De poules tolérées à poules autorisées ?

 
2 commentaires
  • Sylvain Patenaude - Abonné 7 janvier 2017 11 h 15

    Non!

    Faites-vous vraiment la promotion des poules «urbaines»? Sérieusement? Nous sommes déjà confrontés aux enjeux des animaux de compagnie abandonnés, des maîtres irresponsables et manquant d'encadrement, des usines à chatons et à chiots...

  • Paul-André Sansregret - Abonné 8 janvier 2017 07 h 43

    Très intéressant

    Je trouve cette initiative amorcée avec grand soin. Bravo. Poursuivez.

    M. Patenaude. Vous avec une réaction tout à fait démesurée et antisélective. Tout le monde sait que chez l'humain il y a le pire et le meilleur. ICi, c'est le meilleur qui s'exprime...

    Paul-André Sansregret.