Le risque Trump pour Israël

Les derniers gestes du gouvernement Obama concernant le conflit israélo-palestinien (l’abstention lors d’un vote au Conseil de sécurité de l’ONU le 23 décembre et le discours du secrétaire d’État, John Kerry, le 28 décembre) ont suscité l’ire du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et du président américain désigné, Donald Trump. Se qualifiant de meilleur allié d’Israël à Washington, ce dernier a annoncé l’avènement d’une nouvelle ère dans les relations israélo-américaines après son investiture le 20 janvier prochain. Elle pourrait être périlleuse pour Israël.

L’inimitié personnelle entre Barack Obama et Benjamin Nétanyahou est de notoriété publique. Elle ne fut cependant pas synonyme de refroidissement dans les relations entre les États-Unis et Israël. Barack Obama aura en fait été le président américain qui a accordé le soutien diplomatique le plus indéfectible et l’aide militaire la plus généreuse à cet État.

Obama, l’allié fidèle

Permettre l’adoption de la résolution 2334 par le Conseil de sécurité ne fut pas un geste de trahison sans précédent dans la relation entre les États-Unis et Israël comme l’ont affirmé les détracteurs du président américain sortant, Nétanyahou en tête. Depuis 1967, tous les présidents américains ont laissé passer (soit en s’abstenant de voter, soit en votant pour) de telles résolutions critiquant les agissements israéliens vis-à-vis des Palestiniens, ou plus largement des voisins arabes.

Selon un décompte réalisé par Lara Friedman dans le New York Times en avril 2016, cela est arrivé 7 fois sous Johnson, 15 fois sous Nixon, 2 fois sous Ford, 14 fois sous Carter, 21 fois sous Reagan, 9 fois sous Bush père, 3 fois sous Clinton et 6 fois sous W. Bush. En s’opposant systématiquement jusqu’au 23 décembre dernier à l’adoption de résolutions critiquant l’État hébreu, Barack Obama était donc en rupture avec une tradition bien établie de la politique étrangère américaine.

L’objectif d’Obama était d’inciter le gouvernement Nétanyahou à engager des négociations de paix constructives avec les Palestiniens. Cette approche conciliante a clairement échoué et s’est avérée contre-productive. Depuis 2009, la construction de colonies s’est poursuivie et les confiscations de terres palestiniennes se sont multipliées, rendant de plus en plus irréalisable la solution de deux États.

Outre un soutien diplomatique indéfectible, le gouvernement Obama a accordé à Israël une aide militaire sans précédent. Mi-septembre 2016, Washington et Tel-Aviv se sont entendus sur une aide militaire de 38 milliards de dollars répartis sur une décennie, soit une hausse de plus de 25 % par rapport à la précédente entente signée en 2007.

Dans le contexte de la campagne présidentielle, Barack Obama souhaitait ainsi satisfaire les républicains au Congrès et éviter de faire de l’aide à un allié majeur un enjeu de débat. Un peu plus d’un an après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien, cette aide militaire accrue devait également rassurer l’allié israélien. Même si l’accord de 2015 devrait geler les ambitions nucléaires de Téhéran pour les 10 à 15 prochaines années, le premier ministre Nétanyahou considère toujours que l’Iran constitue une menace sérieuse, voire vitale.

Enfin, cette augmentation de l’aide militaire américaine apparaît comme une prise en compte de l’environnement régional dégradé avec lequel doit composer Israël, que ce soit le chaos en Syrie, l’influence du Hezbollah au Liban, la menace islamiste dans le Sinaï égyptien ou les capacités balistiques croissantes de l’Iran.

L’effritement du consensus pro-israélien

Au sein de l’élite politique à Washington, l’appui tant diplomatique que militaire à Israël fait encore l’objet d’un large consensus bipartisan. Celui-ci pourrait néanmoins s’éroder en raison de la dérive droitière de la politique israélienne et de l’évolution de l’opinion publique américaine.

Un sondage Gallup de 2016 démontre que 60 % des Américains ont une opinion plus favorable des Israéliens que des Palestiniens. Les divergences partisanes sont pourtant marquées. 80 % des républicains appuient les Israéliens, alors qu’ils sont un peu plus de 50 % chez les démocrates.

Plus préoccupant, un sondage réalisé par la Brookings met en évidence le fait que la moitié des démocrates (auxquels s’identifient 70 % des juifs américains) estiment qu’Israël a trop d’influence sur la politique étrangère des États-Unis. Il apparaît en outre que les jeunes Américains sont moins favorables à Israël que leurs aînés. Un sondage réalisé en 2014 par Gallup illustre que 50 % des 18-34 ans favorisent Israël dans le conflit qui l’oppose aux Palestiniens, contre 58 % pour les 35-54 ans et 74 % pour les plus de 55 ans.

Nétanyahou fait un pari risqué en se réjouissant de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. En choisissant un ambassadeur en Israël qui milite pour le déplacement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et pour la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, Trump appuie des options qui sont largement critiquées.

En plus d’être contraire aux préférences d’une portion croissante de la population américaine, de ternir l’image des États-Unis et de les disqualifier comme honnêtes courtiers dans le conflit israélo-palestinien, la politique de Trump risque finalement de contribuer à l’isolement diplomatique d’Israël sur la scène internationale.

9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 31 décembre 2016 07 h 47

    Le risque

    Pour qui monsieur Trump n'est-il pas un risque?

  • Robert Bernier - Abonné 31 décembre 2016 10 h 00

    Et tous les coûts pour les États-Uniens

    Vous écrivez: "la politique de Trump risque finalement de contribuer à l’isolement diplomatique d’Israël sur la scène internationale".

    Je ne crois pas qu'Israël ait suffisamment changé pour que l'opinion internationale lui fasse chaud ou froid.

    Mais les États-Uniens, eux, devraient commencer un jour à réaliser ce que leur ont coûté en vies humaines (soldats) et en milliers de milliards de dollars toutes les guerres qui sont survenues, aux Proche et Moyen Orients, au fil des décennies. Dans ma perspective en tout cas, une part importante de responsabilité en revient aux comportements d'Israël. Et je continue de croire que nous aurions moins affaire aujourd'hui à l'islamisme militant et guerrier si on avait accordé l'attention et le respect qui leur étaient dûs aux militants de la première époque de l'OLP. Ceux-ci, s'en rappellera-t-on, étaient plus dans la mouvance marxiste athée (appelez ça de la théologie de la libération si vous voulez) que dans la mouvance salafiste. Et c'est Israël qui a aidé au développement du Hamas afin de mettre des bâtons dans les roues d'Arafat.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 31 décembre 2016 11 h 40

    … d’humanité !

    « la politique de Trump risque finalement de contribuer à l’isolement diplomatique d’Israël sur la scène internationale. » (Julien Toureille, Le Devoir)

    Possible, mais avec ou sans Trump, Israël, poursuivant le chemin qu’il parcourt depuis sa renaissance (1948), et ayant sans cesse été l’objet d’inquiétude acharnée et de tentative d’isolement de la part de l’adversité, continuera de fleurir au sein de la Communauté internationale (médecine, découverte, expertise scientifique, aide humanitaire … .) !

    De cette continuité, il est bien de reconnaître que, des séismes et autres tragédies humaines survenant dans certaines zones du globe (Haïti … .), la Nation d’Israël a toujours cherché à aider à remettre en selle plusieurs pays, dont certains lui vouaient carrément haine et mépris !

    De ce qui précède, que retenir ?

    Avec ou sans Trump, Israël constitue-ra, tout autant pour ses alliés que pour ses ennemis, un bel exemple d’influence et …

    … d’humanité ! - 31 déc 2016 -

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 31 décembre 2016 16 h 41

      M.Blais,vous croyez qu'il est humain de tuer des enfants de 13-14 ans,des petites filles armées de ciseaux par des soldats armés juaqu'au dents,ce qui fut denoncé par des chefs militaires évidemment.Et s'approprier les terres palestiniennes pour leur colonies a la maniere des Nazis.Ce régime d'aparteid comme celui de l'Afrique du Sud va tomber comme ce dernier,le plus tot sera le mieux comprenan

    • Colette Pagé - Inscrite 31 décembre 2016 21 h 30

      Vanter les mérites d'Israël soit mais tout en banalisant les abus de droit répétés envers son voisin spolié de ses terres par l'extension illégale des colonies, encerclé par un mur de la honte et obligé de vivre dans la plus grande prison à ciel ouvert.

      Israël qui est mis au banc de la communauté internationale et du Conseil de sécurité.

      Israël qui impose sa Loi et refuse de se soumettre aux résolutions des Nations-Unies et qui, si la tendance se maintient, pourrait être l'objet de plainte au Tribunal pénal international. de boycott de ses produits ainsi que de l'exigence de visas pour ses ressortissants et du blocage de comptes à l'étranger.

      Avec respect Monsieur Blais se pourrait-il que par déni vous souffriez d'aveuglement volontaire ?

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 31 décembre 2016 21 h 40

      « M.Blais,vous croyez qu'il est humain de tuer des enfants de 13-14 ans,des petites filles armées de ciseaux par des soldats armés juaqu'au dents » (Jean-Pierre Grisé)

      Bien que votre questionnement touche une corde sensible, il demeure que l’auteur du présent article ne l’aborde pas et, par conséquent, notre réaction non plus ! Alors ?

      De ce questionnement, a-t-on des références ?

      Bref ! - 31 déc 2016 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 janvier 2017 08 h 07

      « Israël qui est mis au banc de la communauté internationale et du Conseil de sécurité. » ; « aveuglement volontaire ? » (Claude Gélinas)

      Qu’il soit mis au banc des accusés par la Communauté internationale ou selon, Israël est-sera sans cesse perçu comme une persona non grata, et ce, peu importent les actions-activités qu’il assume de son vivant, en bien comme en … !

      De cette perception, millénaire et depuis ses premiers pas dans l’histoire (Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Josué … .), ce questionnement :

      Comment expliquer ce genre de perception ?

      Aveuglement volontaire ? - 1 jan 2016 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 janvier 2017 09 h 32

      « 1 jan 2016 » : lire plutôt « 1 jan 2017 » (nos excuses)

  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 1 janvier 2017 22 h 51

    Vive les Lumières, pas celles d'un dieu, mais celles de la raison.

    Ce qu'on peut apprendre de certaines interventions ci-haut, c'est que l'intégrisme religieux n'appartient pas seulement à certains individus du Moyen-Orient et à certaines personnes en Europe surtout venant de l'immigration, il existe aussi au Québec.

    Je devrais ajouter l'intégrisme religieux Républicain américain qui a amené au pouvour le magnifique penseur Donald Trump.

    J'ai eu souvent à discuter avec des Témoins de Jéhovah, aucune donnée scientifique, aucune Lumière issue de la pensée de l'europe du 18 ième siècle, rien ne peut apporter un changement de perspective chez eux.

    Pour les intégristes toutes vérités sont issues soient de traditions orales multi-millénaires, ou de textes écrits par des adeptes de personnes certes flamboyantes ( se disant prophètes ), souvent analphabètes, vivant il y a aussi plusieurs millénaires. Ces prophètes se présentant comme en contact direct avec un dieu dans un au-delà et lui révélant en primeur des vérités éternelles et indiscutables même aujourd'hui.

    Alors à quoi bon insister, si ce n'est pour garder le simple plaisir de montrer notre désaccord, et surtout pour se dire que la pensée contemporaine, rationnelle et scientifique est bien vivante devant l'obscurantisme ou le déni religieux.

    Mon souhait pour l'an 2017, la fin du droit de véto aux Nations-Unies accordé à cinq pays. D'abord l'affreux véto russe pour sauvegarder Bachar El Assad en Syrie et puis l'éternel véto américain pour camoufler et innocenter les crimes israéliens contre les arabes.