Encore l’effet Trump

L’année 2016 a été faste pour les milliardaires, surtout américains. Ils ont pu bénéficier, en prime, d’un ralliement boursier postélectoral, le tiers des gains accumulés faisant écho à l’élection de Donald Trump. Les inégalités de richesse se creusant à vue d’oeil…

Le krach boursier pressenti à la suite d’une élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis n’aura pas eu lieu. Les milliardaires sont plus riches de 237 milliards $US en 2016, dont 77 milliards empochés durant la période postélectorale. En Bourse, l’indice S&P 500 a bondi de plus de 6 % depuis le 8 novembre et le Dow Jones, de 9 %.

Selon la lecture de l’agence financière Bloomberg, la fortune des milliardaires atteignait les 4400 milliards $US au 27 décembre, soit 5,7 % de plus sur un an. Quatre des cinq grands gagnants sont des Américains. Et en Bourse, il aurait fallu privilégier le secteur des ressources, puis celui des technologies et, enfin, les titres cycliques liés notamment à la consommation, galvanisés par une forte remontée de l’indice de confiance dont le président désigné s’attribue la paternité. Les plus malins se moqueront de ce rendement, qui se veut une performance touchant l’ensemble de la fortune de ces privilégiés parmi les 1 %. Après tout, uniquement en Bourse, le rendement total du marché canadien depuis le début de l’année est de 20 % et celui du marché boursier américain, de 13 %. Dans le segment des ressources, les cours pétroliers ont à eux seuls bondi de 46 %. Le rendement d’un fonds diversifié 60/40 pouvait afficher un rendement de plus de 7 % au 30 novembre.

Rhétorique de campagne

On peut bien revenir à la rhétorique de campagne de Donald Trump et analyser les appuis populistes reçus sous tous les angles, la réalité démontre que tant la croissance que la non-croissance alimentent la concentration de la richesse. Et que l’accroissement de l’écart va bien au-delà d’une dynamique de transfert intergénérationnel, ont déjà démontré des chercheurs de la John Molson School of Business, de l’Université Concordia. Cet accroissement des inégalités de richesse s’inverse difficilement sous une approche économique vouant un culte à la croissance du PIB et au développement plutôt qu’à la réduction de la pauvreté par une meilleure redistribution.

En novembre dernier, l’OCDE soulignait qu’une reprise économique pouvait même accroître les inégalités en dopant les revenus de capital (concentrés en haut de la distribution des revenus) et en développant davantage l’emploi et les salaires parmi les ménages les plus aisés. « Qui plus est, la reprise actuelle est souvent allée de pair avec des restrictions budgétaires destinées à restaurer la viabilité des finances publiques qui ont, dans certains cas, durci les conditions d’accès aux transferts sociaux [concentrés au bas de la distribution]. »

Un point critique

Évidemment, la montée du populisme ne s’alimente pas tant de l’écart que de son creusement et de son côté toujours plus élitiste ou exclusif, par opposition à inclusif. L’OCDE rappelait l’an dernier que, déjà, les inégalités de revenu avaient atteint un point critique, les 10 % les plus riches de la population dans la zone couverte comptabilisant un revenu d’activité 9,6 fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres, contre une proportion de 7,1 fois dans les années 1980 et de 9,1 fois dans les années 2000.

Le phénomène de concentration est encore plus marqué en matière de richesse ou de patrimoine. En 2012, dans les 18 pays de l’OCDE pour lesquels l’organisation disposait de données comparables, les 40 % du bas de l’échelle de la distribution ne retenaient que 3 % du patrimoine total des ménages. À l’autre extrémité, les 10 % campant au sommet de la distribution revendiquaient la moitié du patrimoine total des ménages et les 1 % les plus riches, 18 %.

Et le tout se cristallise davantage en cas de crise. La Banque centrale européenne précisait la semaine dernière que la concentration des richesses au sein des ménages les plus fortunés de la zone euro s’est accrue depuis la crise de la dette, « même si toutes les catégories ont pâti du recul du prix de l’immobilier ». En 2014, 5 % des foyers les plus riches de la zone euro possédaient 37,8 % des richesses nettes, contre 37,2 % en 2010. Les 5 % des foyers les plus pauvres n’avaient plus que des dettes.

Mais il s’agit d’une réalité probablement trop « Main Street », voire trop socialisante pour un prochain gouvernement américain visiblement dédié à Wall Street.

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