De sancerres et de single malts

Vue de Chavignol au loin, du haut de la colline de Sancerre.
Photo: Jean Aubry Vue de Chavignol au loin, du haut de la colline de Sancerre.

Oh ! Some Sancerre ! Ma belle-mère de Winnipeg « sauvignonne » déjà des yeux, du nez, de la bouche et, bien sûr, des oreilles au tintement minéral d’une telle proposition. Ça ne rate jamais. Un peu plus et elle me parle marne kimméridgienne, d’argile à silex et petite grave-calcaire pour justifier la touche florale d’agrume, d’iode et de fumée qui, sur le petit crottin à peine affiné, aiguise le Laguiole de sa légendaire gourmandise.

Pour ma part, j’ai toujours ressenti — et je ne suis pas le seul — que le sauvignon blanc coule de source à Sancerre. Ou à Pouilly-Fumé, son alter ego à l’est de la Loire. Bien malin, d’ailleurs, qui pourra départager les deux appellations même si un Mont Damné sancerrois de chez Bourgeois n’a rien à voir avec un Silex Pouilly-Fumé de la butte de Saint-Andelain signé Dagueneau, de l’autre côté du fleuve.

Dans les deux cas, jamais le sauvignon n’affiche plus qu’ici, toutes régions et pays confondus, autant de brillance, d’éclat et de lucidité. Surtout depuis le dernier quart de siècle.

Sans vouloir étirer le chapelet des maîtres qui rendent intelligible la symbiose cépage-terroir de ce magnifique vignoble situé au sud-est de Paris — les Boulay, Cotat, Crochet, Mellot, Raimbault, Vacheron, Vatan, et j’en passe —, je perçois toujours ce surcroît de frisson sous le bulbe rachidien (désolé, pas sexy, je sais) pour les sancerres de la famille Pinard, du côté de Bué.

Ici, Florent et Clément tracent dans le sillon de craie de leur père Vincent, pratiquant une agriculture biologique (17 hectares, dont 4,5 ha en pinot noir) qui délimite au laser à l’image d’une peinture à numéros, un parcellaire hautement personnalisé. Clément était de passage chez nous récemment avec quelques perles en sa besace. En voici quelques-unes, succinctement commentées.

Sancerre Florès 2014 (33,50 $ – 12097962). Une intégrité bien loin d’une postvérité qu’envierait n’importe quel politicien ! Surtout sur le plan fruité dont on sent la verticalité sous la veine calcaire qui le nourrit. De jeunes vignes (25 ans) fermentées pour moitié en cuve bois et inox, d’une intolérable franchise de ton. Pour se faire la bouche et s’ouvrir l’esprit. (5 +)★★★1/2

Sancerre Harmonie 2013 (55,25 $ – 11804055). Une majorité de vieilles vignes (50 ans et plus) issues du Chêne Marchand (le solde en provenance de la Plante des Prés situé tout juste sous les Grand Chemarin), le tout vinifié en demi-muids (des 600 litres originellement de Sancerre), pour un blanc sec plus ample et déjà plus complexe, éclatant et long en bouche. Le 2014 lui est d’un cran supérieur, à mon avis. (5 +)★★★1/2

Sancerre Petit Chemarin 2014 (68 $ – 11804071). Avec les 2008, 2010 et 2012, le 2014 est un grand classique, de longue garde. Avec la plus crayeuse des parcelles maison (kimméridgien et oxfordien), on a l’impression ici d’un lombric en sueur roulé dans la craie, tant le calcaire éclate au nez comme en bouche. C’est frais, stylé, dynamique, épuré et long. À couper ce qu’il vous reste de souffle ! Pour le lombric, laissez tomber. (5 +)★★★★

Sancerre Grand Chemarin 2014 (68 $ – 11804080). Plus solaire avec son orientation plein sud, ce terroir livre un fruité minéral au coeur solide (oxfordien), d’une sève saline criante doublée d’une insoutenable pureté d’expression. Un sancerre ascensionnel qui touche presque au spirituel, tant il fusionne le solaire et le tellurique. Tous les prêtres catholiques de ce monde devraient en remplir leur burette pour la messe de minuit ! (10 +)★★★★ ©

Sancerre Chêne Marchand 2014 (68 $ – 11804101). La roche mère affleure dans cette parcelle (un hectare et demi chez les Pinard) et donne l’impression de se casser les dents sur la roche, mais en finesse toutefois. Moins intense mais très fin, aussi détaillé que singulier avec de délicieuses nuances de rose et de marrons glacés sur une trame vivace, d’une longueur stupéfiante. Une signature unique.

Preuve à l’appui que nos comparses excellent non seulement au niveau compréhension du vignoble mais aussi sur le plan des vinifications. Top (10 +)★★★★1/2

 

Springbank : de singuliers single malts

La longue langue de terre s’étire au sud-ouest de l’Écosse, entre Glasgow, à l’est, et les îles Jura et Islay, à l’ouest. Autant vous dire qu’en regardant la mer, vous aurez le toupet au vent et un désir immodéré de vous décrisper la mâchoire avec un ou plusieurs drams (le dram étant une unité de volume équivalent à 3,75 millilitres) de whisky.

Nous sommes du côté de Campbelton, où a pignon sur alambic la plus ancienne distillerie familiale indépendante d’Écosse et l’une des trois en opération dans la région (il y en avait une trentaine à l’époque !) : Springbank.

La maison a ses adeptes. Ainsi que Glengyle, cette dernière réactivée après un sommeil de 75 ans, toutes deux appartenant à la famille Mitchell. Tout est fait maison ; des aires de maltage sur plancher de bois au vieillissement en fûts ayant bercé barolo, bourbon, xérès, madère et calvados, en passant par l’une des plus longues fermentations pratiquées en Écosse.

Les doubles et triples distillations leur confèrent un surcroît de finesse. Quatre d’entre elles sont actuellement disponibles, en quantités confidentielles cependant. À noter qu’en raison du 46 % alc./vol., les whiskys ne sont pas filtrés. De quoi réchauffer le père Noël en vous !

Springbank Single Malt 10 ans (92,75 $ – 11590261). Distillé deux fois et demie (faudra que je vous explique, mais trop long ici), ce malt est un classique avec son fruité, sa touche d’iode et sa délicate nuance fumée. Élevé à quelque 200 mètres de la mer, il caresse le souvenir des fûts de bourbon et de xérès qui l’arrondissent finement sur la finale. Un petit bijou. ★★★1/2

Springbank Single Malt 15 ans (148 $ – 11590296). Le côté sombre de la force (par rapport au 10 ans), avec ce goût profond qui évoque le xérès oloroso, le gâteau de Noël, le café-caramel et une fraîcheur minérale qui approfondit et allonge la finale. Hautement délectable. Malt de méditation. ★★★★

Springbank Hazelburn Single Malt 12 ans (127 $ – 11823483). Cette triple distillation a été pratiquée par Franck McHardy, un Irlandais ayant travaillé chez Bushmills, et je dois dire que j’y trouve mon compte. Il y a ici une grâce, un souci du détail, une nuance d’agrume (orange) et une touche vanillée dans cette eau-de-vie non tourbée qui lui donne des ailes. Séduction assurée pour ceux habituellement peu portés sur le whisky. ★★★1/2

Springbank Longrow Peated Single Malt(86 $ – 11691847). Laissée une quarantaine d’heures sous influences tourbées, cette double distillation n’en retient que l’essentiel, sans toutefois être monopolisée par la redoutable griffe empyreumatique.

L’assemblage éclairé d’eaux-de-vie, dont la plus jeune et la plus âgée ont respectivement 7 et 14 ans, confère ici des nuances de réglisse, de bois brûlé et d’huile de citronnelle. Whisky de gars ? Attention, messieurs, les filles pourraient vous en faire voir aussi ! ★★★1/2

Les Amis du vin du Devoir, saison 2017

En raison d’une demande à la hausse, quelques thèmes s’ajoutent à ceux déjà proposés. Nouveauté : « Le paradis des AVD », au coût de 150 $ (taxes incluses). Les autres, toujours à 65 $ (taxes incluses). Petits groupes de 12 ou 20 personnes.

Pour réservations : guideaubry@gmail.com.

16 janvier : L’abc de la dégustation

23 janvier : Le paradis des AVD, Bordelais

13 février : L’abc de la dégustation

27 février : Le paradis des AVD, Bourgogne

13 mars : Le paradis des AVD, vallée du Rhône

20 mars : Les vins bios et les autres