Troublantes contradictions

Les écarts dans les résultats obtenus par les deux grandes firmes de sondage du Québec, Léger et CROP, ont souvent fait l’objet de débats dans le milieu politique, libéraux et péquistes accusant l’une ou l’autre de partialité. Périodiquement, une anomalie survenue à point nommé a pu éveiller les soupçons, mais les courbes finissaient par se rejoindre. Cela fait cependant deux mois de suite que les chiffres sont trop contradictoires pour ne pas être troublants.

Les résultats des élections partielles du 5 décembre avaient déjà laissé planer un doute sur l’avance de 12 points que CROP accordait au PLQ en novembre, alors que Léger plaçait les deux partis à égalité. Dans les quatre circonscriptions, le pourcentage du vote obtenu par les libéraux avait baissé de 10 % en moyenne par rapport à l’élection de 2014, alors que le PQ avait gagné 6 points. Soit, le faible taux de participation pouvait créer une certaine distorsion, mais à ce point ?

Les sondages publiés coup sur coup cette semaine, qui ont été réalisés à l’intérieur d’une période de 10 jours après les partielles, n’arrangeront rien. Selon CROP, l’avance du PLQ serait maintenant de 13 points. Qu’il s’agisse de sa part du vote chez les francophones (28 %) ou de sa soudaine progression en région (34 %), il y a assurément quelque chose qui cloche. Dans les trois circonscriptions situées en dehors de l’île de Montréal, les libéraux ont pourtant fait moins bien qu’à l’élection de septembre 2012.

Il existe un dicton selon lequel une élection vaut mieux que n’importe quel sondage. Dans le cas présent, les partielles ont constitué une sorte de « test de réalité ». En tenant pour acquis que les sondeurs des deux maisons connaissent leur métier et qu’ils le font honnêtement, on peut se demander si la composition de l’un des deux échantillons ne fausse pas les résultats.

Alors que Léger dispose d’un panel Internet de plus de 200 000 répondants au Québec, CROP fait plutôt affaire avec un fournisseur de Toronto, Research Now, qui jouit par ailleurs d’une très bonne réputation. Assez curieusement, en ce qui concerne la CAQ et Québec solidaire, la différence dans les résultats obtenus par les deux maisons se situe dans la marge d’erreur.

 

S’il croyait que les choses vont aussi bien pour les libéraux que le dit CROP, on se demande bien pourquoi le premier ministre Couillard envisagerait un important remaniement de son cabinet et prorogerait la session parlementaire afin de prononcer un nouveau discours inaugural, comme on lui en prête l’intention. Une avance de 13 points à moins de deux ans des élections ne nécessiterait pas un tel rebrassage.

En revanche, si c’est Léger qui a raison, un sérieux redressement s’impose. Seulement 10 % des électeurs francophones croient que M. Couillard est le plus apte à occuper le poste de premier ministre, alors que 23 % lui préfèrent aussi bien Jean-François Lisée que François Legault. Si le PQ réussit à évacuer la question du référendum de la prochaine campagne électorale, comme s’y emploie M. Lisée, cela pourrait bien être la « question de l’urne » en octobre 2018.

Les scénarios d’une coalition PQ-CAQ ou PQ-QS sont pour le moins hypothétiques, mais la faveur qu’ils recueillent chez les francophones traduit un désir manifeste de renvoyer les libéraux dans l’opposition. M. Couillard devra être très convaincant dans la présentation de sa vision de cette identité canadienne qui s’exprime dans la québécitude, qu’il entend développer à l’occasion de la célébration du 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

 

Dans son bilan de fin de session, François Legault a attribué à une organisation déficiente les résultats mitigés de son parti aux partielles du 5 décembre. Il est sans doute vrai que la « machine » électorale de la CAQ n’est pas en mesure de rivaliser avec celles du PLQ et du PQ, mais cela ne devrait pas avoir d’effet sur les résultats des sondages, qui traduisent un désespérant surplace, qu’ils soient réalisés par CROP ou par Léger.

Encore faudrait-il savoir où la CAQ loge exactement. Ce n’était pas la peine de dissiper son ambiguïté sur la question nationale si c’était pour commencer à faire de l’acrobatie sur l’axe gauche-droite. La récente pirouette de M. Legault sur l’impôt des contribuables à haut revenu avait de quoi désorienter n’importe qui.

Lundi, il déclarait dans une entrevue à La Presse qu’il fallait les imposer davantage afin de soulager la classe moyenne et les plus démunis. Jeudi, il expliquait dans sa page Facebook qu’il s’était mal exprimé. « En fait, dans l’entrevue, je me suis mis à réfléchir tout haut. Erreur ! »

Voilà un remarquable cas de crampe au cerveau. Après dix-huit ans en politique et cinq ans à la tête d’un parti, M. Legault devrait savoir qu’on ne réfléchit pas tout haut dans une entrevue, surtout pas si c’est pour suggérer le contraire de ce qu’on répète depuis des années. La CAQ a promis une « Loi sur la protection des contribuables », qui interdirait toute hausse de taxe ou de tarifs supérieure à l’inflation, et elle s’est engagée à « diminuer les impôts de chaque Québécois de 500 $, soit une baisse de 1000 $ par famille », sans distinction de revenu. Cette promesse était peut-être inconsidérée, mais elle a bien été faite. Robert Bourassa se plaisait à répéter que le ridicule ne tue pas, sauf en politique.

32 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 17 décembre 2016 01 h 41

    Les sondages?

    J'aime mieux lire vos chroniques m. David.
    Les sondages ne sont rien d'autre qu'un tirage au hasard, des fois c'est bon, et d'autres fois non.
    Et dire qu'il y a des gens vivent de ça.

    Votre horoscope?

    • Patrick Boulanger - Abonné 17 décembre 2016 11 h 47

      « des fois c'est bon, et d'autres fois non »?

      Oui, mais j'ai l'impression qu'au Québec ils sont beaucoup plus souvent bons que mauvais.

  • Normand Carrier - Abonné 17 décembre 2016 06 h 50

    Sondages téléguidés .......

    Suivant les sondages Crop et Léger Marketting depuis quelques décennies , je puis affirmer que ce n'est pas la première fois que je suis troublé par Crop .... Cette firme qui travaille pour Gesca-La Presse depuis des décennies fait généralement des sondages corrects mais lors de périodes plus chaudes tels élections partielles , générales ou référendums , Crop a la mauvaise habitude d'en tripoter un a l'occasion comme les deux derniers .....

    Celui de novembre donnait un biais qui ne correspondait en rien aux élections partielles du 5 décembre ... Donc Crop était prisonnier de leur sondage de novembre pour publier celui du 14 décembre car il aurait été difficille d'expliquer un sondage si contradictoire .... Donc on peut supposer que Crop a pris un mauvais échantillonnage dans ses deux derniers sondages ..... Je ne présume pas de la malhonnêteté de Crop mais cette firme a un lourd passée qui en laisse plusieurs pantois .....

    Si Léger avait fait une fraction des écarts de Crop , sa réputation aurait été terni a jamais mais Crop s'en tire car il a la puissante machine médiatique de Gesca-La Presse-Power-Desmarais non seulement le protège mais le publicise .... On ne saura jamais d'ou vient la commande ....

    Francois Legault et la CAQ viennent de faire un salto arrière dans l'axe gauche-droite et cela démontre encore une fois les changements de cap , les virements et le peu de sérieux dans les positions de Legault .... Francois Legault est près pour prendre le pouvoir a dire et faire n'importe quoi dont il pense pourra l'aider et même vendre son âme au diable si nécessaire ...... Mais sa dernière erreur a ébranlé ses troupes et nuira ce qui lui reste de crédibilité .......

  • Bernard McCann - Abonné 17 décembre 2016 07 h 45

    Question de Volte-Face

    Que penser alors des multiples voltes-faces de Jean-François Lisée, ne serait-ce que sur la question identitaire? et de sa propension à lancer des idées en l'air ? Vous savez que, dans le fond, les québécois ne savent pas pour qui voter... Ni les libéraux, ni le PQ et ni la CAQ ne constituent des alternatives valables et...pour cette raison, nous faisons du sur-place depuis plusieurs années ! Moi, c'est ce que me disent les récents sondages....

    • Serge Morin - Inscrit 17 décembre 2016 13 h 45

      Ben oui il y a un petit parti régional sur une île avec des moulin à vent qui tournent à gauche.
      Leurs chefs qui ont déjà inspiré sont expirés.

    • Hélène Paulette - Abonnée 19 décembre 2016 09 h 31

      Veuillez excuser monsieur David s'il a omis d'égratigner JFLisée au passage. Il se reprendra bientôt, n'ayez crainte.

    • Gilles Théberge - Abonné 19 décembre 2016 11 h 29

      Oui madame Paulette, il faut qu'il ait l'air d'être objectif sans quoi son analyse ne tiendrait pas la route.

  • Roger Blais - Abonné 17 décembre 2016 07 h 53

    Partialité du sondage

    "En tenant pour acquis que les sondeurs des deux maisons connaissent leur métier et qu’ils le font honnêtement, on peut se demander si la composition de l’un des deux échantillons ne fausse pas les résultats."
    Tout est dans l'échantillonnage effectivement mais pour des sondeurs de ce niveau, une erreur d'échantillonnage n'est pas le fruit du hasard. C'est même une façon de manipuler les résultats. Alors dans le cas de Crop qui se trompe à la faveur du PLQ à deux reprises de suite, il faut plutõt considérer la première partie de votre énoncé. Deux sondages consécutifs alors que les élections sont encore loin leur permettent d'expérimenter les effets des résultats faussés d'un sondage sur l'autre. Il faut d'ailleurs s'attendre à un troisième sondage Crop dans un avenir rapproché qui sera par contre plus près de la réalité pour se réhabiliter un peu. Ils devraient avoir résolu la question de échantillonnage comme par hasard. De la recherche opérationnelle mal appliquée ou partiale, c'est comme on veut.

  • Pierre Desautels - Abonné 17 décembre 2016 07 h 57

    Ah! les sondages...


    L'opinion des électeurs est très volatile, comme on a pu le constater lors des dernières élections provinciales et fédérales. À deux ans des élections, il est beaucoup trop tôt pour prendre ces "photos" au sérieux et les résultats des partielles, ça vaut ce que ça vaut. Ce sont les sondages précédant les élections qui sont plus intéressants.

    En février et mars 2014, Crop donnait une forte avance au PQ et Léger annonçait une lutte plus serrée. Par contre, les deux maisons de sondages accordaient seulement 16% des intentions de vote à la CAQ, qui a finalement obtenu 23% du vote, soit presqu'autant que le PQ. La CAQ ne performe pas très bien dans les partielles, mais dans une élection générale, attention.

    Quant à Philippe Couillard, il ne lâchera pas le morceau. Il va encore jouer sur la peur d'un référendum en 2018, même si reporté en 2022. Et il se fera un plaisir de regarder le PQ et la CAQ se chamailler avec la question de l'identité et de la peur que trois femmes au Québec portent le Tchador. Donc, y'en aura pas de facile...

    • Normand Carrier - Abonné 17 décembre 2016 14 h 39

      Les sondages ne sont pas plus volatiles que l'opinion des électeurs et représentent a un moment précis l'opinion des voteurs ....
      Vous confirmez l'importance des campagnes électorales ou le résultat se joue dans ces quatre semaines et dans les débats comme lors des trois dernières élections ....
      La prochaine course sera un marathon et comme électeur averti , je ne misera pas trop sur une chicane PQ-CAQ sur l'identitaire car les chances sont que la CAQ se sera écrasé d'ici l'élection .... Tant qu'au libéraux de Philippe Couillard , ils auront la lourde responsabilité de défendre leur lourd bilan comme le démontre le taux d'insatisfaction de 68% ......