Si Montréal se souvenait

Journée de tempête rue Sainte-Catherine, 1901, par William Notman
Photo: Musée McCord Journée de tempête rue Sainte-Catherine, 1901, par William Notman

Comme bien du monde, j’ai vu dimanche soir l’info pub Montréal s’allume, aperçu de la programmation du 375e anniversaire de la métropole, sur les grandes chaînes télé en farandole de la joie.

C’était tout l’univers télévisuel qui prenait son pied dans ce Montréal s’allume, avec des encarts timides du côté de l’histoire, de la musique classique, d’une proposition culturelle élargie. L’ensemble semblait s’adresser avant tout à de grands enfants gavés de petit écran, de beaux éclairages, d’icônes musicales et de shows comiques. Voici le ton donné pour l’année à venir.

On sait festoyer par chez nous. Il y aura du pain, des jeux, des spectacles bien montés (et bien chers parfois). Mais quelles traces ces célébrations laisseront-elles dans les esprits au lendemain de la fête, sur gueule de bois ? Ne pouvait-on y greffer un regard sur la ville et ses îles, sur son passé agité, sur son avenir dans un monde embrasé ?

L’histoire y traîne la patte. Pas assez festive, l’histoire, décode-t-on entre les lignes. Mais allons donc ! Les Montréalais (comme les visiteurs attendus en 2017) sont moins bêtes qu’on veut le leur laisser croire et adorent découvrir des pans du passé.

Ce n’est pas un hasard si, mardi dernier, les 15 musées de Montréal à mission historique (le McCord, le Château Ramezay, le Centre d’histoire de Montréal, etc.) se sont regroupés pour proposer un menu OFF, lié à la mémoire, avec une vingtaine d’expositions et animations. Fallait rendre à l’histoire ses lettres de noblesse.

Plusieurs projets muséaux non retenus par le comité officiel des célébrations se réactivent ainsi de leur propre chef.

« 2017 sera peut-être l’occasion de s’interroger sur la place de l’histoire dans notre société », avance André Gauvreau, aux communications du Centre d’histoire de Montréal, admettant qu’un peu plus de contenu historique n’aurait pas fait de tort aux célébrations. Tu parles ! En aparté, des voix muséales avouent leurs frustrations, espérant que l’année à venir offrira aux générations montantes des pistes de réflexion pour le 400e. 25 ans de cogitations, les amis !

Hors du giron ou pas

En attendant, si le 375e anniversaire s’offrira quelques percées historiques, c’est beaucoup parce que la Société des célébrations s’annexe in extremis des initiatives nées hors de son giron. Alors que d’autres activités rouleront sans elle.

Ainsi, dans l’attente d’une prochaine estampille officielle (il le mérite) : ce passionnant coffret de cinq documentaires réalisés par Paul Carvalho (sept ans de travail), avec ajout d’une trame musicale de Daniel Scott, en vente depuis le début de décembre. Intitulés Montréal, mon amour, mon histoire, ces films s’appuient sur un millier de photos, de cartes, de toiles et de gravures avec témoignages d’historiens et d’experts.

On remonte le temps aux côtés des fondateurs, Maisonneuve et Jeanne Mance, s’arrêtant sur la Grande Paix de Montréal en 1701 conçue avec le chef huron et fin renard Kondiaronk. Les épisodes tirés de la chronique plus récente, sur le quartier Hochelaga-Maisonneuve, pivot industriel avant le déclin de ses usines, sur le Red Light en goguette des années 1930, nous éclairent tout autant.

Prenez le circuit si couru de Cité Mémoire dans le Vieux-Montréal, avec les poétiques et instructifs tableaux nocturnes son et lumière sur l’histoire de la ville, conçus par Michel Lemieux et Victor Pilon avec l’aide du dramaturge Michel Marc Bouchard, sous la bannière de Montréal en histoires.

Au poste depuis mai dernier, toujours en expansion mais conçue à l’avance, cette promenade multimédia fut récupérée par la Société des célébrations du 375e de Montréal, qui y gagna un vernis de respectabilité au passage.

Et plus encore. Car les gens raffolent de ces haltes multimédias si chouettes et instructives, comme ils se ruent aussi sur l’expo William Notman au Musée McCord, avec les vieilles photos des notables, des rues et des carrefours de la ville prises par ce pionnier de la photographie.

N’allez pas croire que… Diverses activités de mémoire sont bel et bien appuyées par la Société, en tant qu’événements de quartier souvent. Des capsules vidéo sur l’histoire et le patrimoine se destinent aux enfants sur le site du 375e. Fin 2017 sera lancé le film historique de François Girard Montréal, Hochelaga, terre des âmes, projet amorcé bien tardivement. Comme si des fragments d’histoire, après les hauts cris des amoureux du patrimoine, étaient venus se coller tant bien que mal à la mosaïque de la grosse fête. Invités de la dernière heure (ou squatteurs), mais non les moindres…

Salut Jean Antonin !

Mémoire pour mémoire, je m’en voudrais de passer sous silence un départ peu souligné. On s’ennuiera de la crinière blanche, du regard brillant et du verbe haut de Jean Antonin Billard, né en France à Tours, transplanté au Québec en 1954, qui fut un prof de cinéma passionné, notamment au collège Édouard-Montpetit, un conférencier et un traducteur hors pair (Prix du Gouverneur général en 1989 pour sa traduction de The Phases of Love (Les visages de l’amour) de Dorothy Livesay.

Dimanche, j’ai assisté avec quelques intimes à une petite célébration en souvenir du disparu, parti doucement le 30 octobre dernier. Et s’il y eut un homme de culture, c’est bien cet ancien intime de l’écrivain Patrick Straram (alias le Bison ravi), pilier de la vie artistique montréalaise après fréquentation des plus grands créateurs de Paris et de New York.

Il avait tout lu, commentait tous les films et toutes les pièces de théâtre avec une passion communicative, grand mélomane aussi, fou de poésie (et ami des femmes et des chats). On le croisait encore cet été dans les festivals, à 86 ans, malade, dans l’éternelle jeunesse de sa curiosité intellectuelle. Il fallait entendre tous ces témoignages d’amour pour saisir le vide laissé par un homme qui fut vraiment quelqu’un. Et tant qu’à aborder un beau visage de Montréal, voici donc le sien.

5 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 17 décembre 2016 10 h 43

    Vous avez raison en effet 375 ans c'est deux fois et demi les 150 ans de la soit disant confédération (?!)

    C'est pas nécessaire de peser sur le crayon outre mesure et souligner l'incongruité d'avoir confié ces fêtes à la gouverne de qui l'on sait.

    On ne donne que ce que l'on peut hein...?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 décembre 2016 15 h 45

    Il y aura bien des jeux et des shows comiques

    mais le pain sera rare.Quand on ne connait pas d'ou l'on vient,il est pratiqument impossible de savoir ou l'on va.Quand un bouffon triste affamé que de "fric"mene la parade comme M.Rozon,il est évident que ca ne volera pas bien haut.Le maire trouvera cela peut-etre drole,que voulez-vous :"On ne donne que ce l'on peut hein..?Comme le dit M.Théberge.L'education et l'histoire,ce sera pour plus tard ...ou jamais.Analphabetes un jour.....

    • Robert Beauchamp - Abonné 17 décembre 2016 17 h 19

      Il faut voir qui compose le c/a du comité des fêtes que je vous invite à consulter; des ultrafédéralistes qui se donnent pour mission de gommer l'histoire comme ce fut le cas pour le 400e de Québec. Il ne faut pas trop donner d'importance à la population française d'origine et de leurs descendants pour de multiples raisons politiques. Les «marketeux» du comité sont affairés à préparer des publicités unilingues anglaises pour les citoyens hors Québec, comme s'il n'existait pas de francophones dans les autres provinces qui pour plusieurs ont des origines montréalaises. Ainsi donc la table est mise pour confondre le 375 de Montréal et le 150e de la Confédération.
      Place au tintamarre dirigé par notre «JOKER bilingue national»

  • François Dugal - Inscrit 17 décembre 2016 20 h 20

    L'Histoire

    Entendu dans une officine gouvernementale :"l'Histoire, c'est de la propagande péquiste."

  • Gilles Delisle - Abonné 18 décembre 2016 13 h 05

    Confier l'organisation du 375e à un amuseur public

    L'erreur part de là, qui a nommé cet énergumène à ce poste? Heureusement, les Musées montréalais ont comblé cette énorme lacune ( l'histoire de cette ville), par des présentations spéciales pour l'occasion. Le bonhomme a fait sa réputation ( ou ce qu'il en reste) dans le rire et la vulgarité. Montréal nous montre qu'elle est encore bien jeune, pour organiser des célébrations de cette manière, comme pour faire oublier au bon peuple, sa misère quotidienne.