Dans tous les petits coins du monde

Une toilette stratégiquement située en Colombie-Britannique
Photo: Lonely Planet Une toilette stratégiquement située en Colombie-Britannique

La plupart du temps, on en fait usage sans vraiment les voir, trop occupés que nous sommes par l’envie pressante de passer à autre chose ! Pourtant, les cabinets d’aisances, au-delà de leur fonction d’une utilité crasse, peuvent s’avérer tantôt de véritables oeuvres d’art, tantôt des modèles réduits de bijoux architecturaux.

Dans tous les petits coins du monde, les toilettes, privées ou publiques, en disent long sur la culture et les habitudes d’une société. Un petit livre publié chez Lonely Planet, Toilettes du monde. Une envie pressante de découvrir la planète, en rassemble une centaine, illustrées à l’envi et toutes plus insolites les unes que les autres.

Insolites ? Bel euphémisme ici. Extérieures ou intérieures, elles seront musicales ou avec vue, plantées dans la neige du nord ou le sable du désert, perchées au sommet d’une montagne ou d’un arbre, conçues en porcelaine, en bois ou en quelque aggloméré, élégantes et fleurant bon dans des hôtels chics, ou modestes et « odorantes » dans des sous-sols de bouis-bouis… Il y a de tout, partout, pour tous, tout le temps.

Un souvenir tenace chez moi : les cabinets aux murs transparents dans un restaurant de Bruxelles, qui prêtent flanc, m’étonnais-je lors de mon passage, à un voyeurisme pour le moins intimidant… Comment est-ce possible en pareil endroit aux si « bonnes manières » ? Embarras, ici, malgré un impérieux besoin de se soulager corps et âme ! Et toujours ce fichu sourire en coin sur le visage des habitués… C’est qu’ils savent bien, eux, que l’opacité viendra dès la porte fermée et l’interrupteur enclenché. Soulagés, les clients ahuris le seront doublement en découvrant l’astuce.

Photo: Lonely Planet Les latrines du café Archteck à Berlin, en Allemagne

Quant à ces toilettes dans les chambres de certains hôtels haut de gamme, ma foi, il faut parfois un sacré coup de bol pour en comprendre le maniement : la pression et la chaleur de l’eau à régler (oui oui !), le jet et la température du siège à sélectionner, le bidet ou la chasse à actionner… Alors que le quidam, lui, n’a qu’une idée en tête.

Montréal, P.Q.

En matière de cabinets publics extérieurs, Montréal, comme la plupart des municipalités du Québec, souffre pour le moins de constipation aiguë. Dans toutes les grandes villes du monde, on en trouvera çà et là disséminés à plusieurs endroits stratégiques. Simple normalité pour les citoyens, les touristes, voire des personnes qui pourraient être malades. Et le froid n’est nullement une excuse pour s’en passer, d’autres pays nordiques trônant aux premiers rangs du palmarès.

Où voit-on, en notre Belle Province, des toilettes accessibles en pleine rue, dans les parcs, les stations de métro, les places publiques extérieures ? Et ce ne sont pas les haltes touristiques qui serviront de modèles ! Si quelques-unes sont exemplaires, dans certains cas leurs sanitaires frisent l’insalubrité, tandis que d’autres dégagent une odeur propre à repousser même le voyageur atteint d’anosmie.

Photo: Lonely Planet L’île aux toilettes près de Placencia, au Belize

Au mieux, ces lieux ne sont en général qu’un passage obligé sans autre forme d’attrait ou d’esthétisme minimal. Parlant d’esthétisme, ce ne sont certes pas ces cabanes improvisées, qui servent ici et là de minables dépanneurs de fortune, qui remporteront la palme. Belle image auprès des étrangers… Les cabinets publics figurent pourtant parmi les premières observations « culturelles » d’un visiteur dans un endroit du monde.

À la STM, on nous parle d’un projet-pilote d’installation de toilettes à la station de métro Snowdon, profitant de réfections majeures pour les aménager. Elles devraient être en fonction en janvier, et si l’expérience est concluante — le contraire serait bien étonnant —, on envisage d’investir d’autres stations. Une première. Il était temps !

Quant à la Ville de Montréal, il y aurait une « volonté » de doter le centre-ville de toilettes, selon une porte-parole. On projette ainsi d’implanter, sur trois ans, « jusqu’à 12 » cabinets publics extérieurs sur le territoire de l’arrondissement de Ville-Marie et au Vieux-Port. « Deux contrats ont été accordés plus tôt cette année pour les services professionnels en architecture et en ingénierie, en vue de la préparation des sites qui recevront les unités, dit-elle. Nous sommes actuellement en appel d’offres pour l’achat d’unités préfabriquées. »

Prendre des vessies pour des lanternes

Pour le moment, en cas « d’urgence », prière de prendre son mal en patience. Et gare à qui se hasarde à solliciter un restaurant ou un bar sans obligation de consommer. Il y en a qui affichent d’ailleurs très clairement leurs couleurs. Si les « madames pipi » ont pratiquement disparu des villes où elles sévissaient, certains commerçants jouent à la police en interdisant l’usage des cabinets dans leur établissement. Un minimum d’altruisme, peut-être ?

Au fait, sur le plan réglementaire, peuvent-ils refuser un tel accès à une personne, disons, dans le besoin ? La Ville de Montréal nous indique qu’elle n’a « aucune juridiction en cette matière ». À l’heure où des toilettes transgenres font leur entrée dans des lieux publics comme les écoles, pourquoi ne pas pousser plus loin la réflexion et concevoir des aménagements qui répondent à des impératifs naturels aussi basiques ?

Photo: Lonely Planet Un cabinet extérieur enneigé à Hjartdal, en Norvège

Basiques, mais pas dérisoires. Les toilettes font même l’objet de musées (en Inde, en République tchèque et au Japon), de fontaines de sanitaires (en Chine), de publications et… d’une Journée mondiale. Mais ne nous méprenons point, on parle sérieux ici, d’un projet humanitaire en fait : cette Journée fut officiellement désignée en 2013 par l’Assemblée générale des Nations unies, le 19 novembre de chaque année. Les « Objectifs de développement durable » de l’ONU, lancés en 2015, comprennent l’accès pour tous à des toilettes, partout sur la planète, d’ici 2030.

Manque de pot pour la Journée, c’est loupé en 2016. Mais peut-être pourrait-on tenir un siège, l’an prochain, pour réclamer des cabinets publics extérieurs dans les villes du Québec ? Le mot de Cambronne pour obtenir ça !