L’école mondialisée

C’est reparti. Comme tous les trois ans, la nouvelle fournée de tests Pisa va nous offrir son lot d’atermoiements, d’autocritiques et de pétage de bretelles. Aux quatre coins du monde, on va voir des ministres de l’Éducation, nommés souvent la veille, déchirer leur chemise et promettre tout et son contraire.

Le scénario est chaque fois le même. Les grands prêtres de l’OCDE, ce think tank de la mondialisation heureuse basé à Paris, nous fournissent un palmarès des principaux systèmes éducatifs du monde. Ce hit-parade prétend comparer la qualité de la formation offerte dans plus de 70 pays souvent aux antipodes sur les plans culturel, scolaire et socio-économique. Faisant fi des programmes, ignorant volontairement toute évaluation des savoirs, ces tests ne cherchent à mesurer que quelques « compétences » de base auprès des jeunes de 15 et 16 ans en lecture, en mathématiques et en sciences. Habiletés dont on nous dit bien qu’elles seraient fondées, non pas sur des apprentissages scolaires, mais sur les aptitudes des élèves à appréhender les situations de la vie quotidienne.

On peut donc être champion du Pisa et ne pas connaître la capitale de son pays. Un élève peut obtenir plus que la moyenne en mathématiques sans avoir jamais entendu parler du théorème de Pythagore. Un pays peut même être cité en exemple malgré un taux de décrochage abyssal.

Au début, ces tests ont fait autorité. Mais les ficelles du Pisa commencent à être apparentes. Pour bien se classer, il faut surtout être un petit pays homogène. Les meilleurs élèves sont soit de petites sociétés tricotées serré (Finlande, Estonie), soit des pays asiatiques où les élèves sont soumis à un régime draconien (Japon, Corée du Sud, Singapour). Aucun grand pays multiculturel, même avec les meilleures universités du monde, ne fait d’étincelles. Les États-Unis, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni obtiennent chaque année des résultats plutôt moyens. Les grands pays qui, comme la France, accueillent une immigration pauvre et souvent analphabète ont systématiquement de mauvais résultats. Au contraire, ceux qui, comme le Canada, accueillent une immigration favorisée plus instruite que la moyenne se classent évidemment en tête. « Mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade ! » aurait dit en son temps Yvon Deschamps…

 

Si, depuis 15 ans, ces tests ont pu permettre de mesurer certaines évolutions à l’intérieur de chaque pays, force est de constater qu’ils ont surtout été un vecteur d’uniformisation de l’école et de sa subordination aux besoins de l’entreprise mondialisée. En s’appuyant sur l’expérience de la formation professionnelle et les pédagogies qui en sont issues, les concepteurs de ces tests se sont toujours montrés plus soucieux de former des employés « compétents » et « polyvalents » que des citoyens cultivés et instruits.

En 2014, dans le Guardian, plus de 80 experts internationaux avaient réclamé la suspension de ces tests subventionnés à coups de millions par les États. Ils contestaient la capacité d’un test aussi « étroit » et « peu objectif » à rendre compte de la diversité des systèmes d’éducation dans le monde. Selon eux, le Pisa ne fournit que des évaluations quantitatives très contestables et ne suscite que des réformes à court terme essentiellement destinées à faire du chiffre. Mais surtout, il ne s’intéressait qu’à la préparation des élèves au marché du travail, au détriment des autres vocations de l’école, comme l’éducation morale, civique et culturelle.

Les experts rappelaient que, contrairement aux évaluations comparables faites par des organismes publics, ces tests étaient réalisés par un consortium public-privé à but lucratif. Ils s’élevaient contre un « régime Pisa » impliquant une batterie toujours plus grande de tests et de techniques pédagogiques préfabriqués réduisant d’autant l’autonomie des enseignants et « le plaisir d’apprendre ».

Forts de l’hypermédiatisation de leurs tests, les responsables n’ont jamais hésité à s’ingérer dans la vie politique de certains pays. En France, les représentants de l’OCDE n’ont pas craint de flatter les réformes pourtant controversées de la ministre de l’Éducation Najat Vallau Belkacem et de critiquer le retour aux savoirs fondamentaux que propose le candidat de la droite François Fillon.

La grand-messe qui entoure chaque année les tests Pisa est bien le symptôme que nos dirigeants ne savent plus à quel saint se vouer face à la crise de l’école. Pauvre social-démocratie ! Incapable de réduire sur le terrain les inégalités engendrées par la mondialisation, elle s’est rabattue sur l’école, quitte à la détourner de sa mission première, à en rabaisser le niveau et à s’en remettre à des slogans aussi vides que l’« école de la réussite ».

Tel est en effet le nom d’une école d’où la culture, les savoirs fondamentaux et la littérature ont progressivement été expulsés. Pourtant, l’école ne saurait être une machine à fabriquer de l’égalité et encore moins une machine à « réussir ». C’est d’abord une institution faite pour instruire et éduquer. Et c’est à cela que l’on devrait avant tout mesurer sa réussite.

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45 commentaires
  • Michel Laforge - Abonné 9 décembre 2016 07 h 22

    Réthorique inversée

    L'auteur du papier nous présente une réthorique inversée. L'espace et le temps ne sont pas respectés.

    «Pour bien se classer, il faut surtout être un petit pays homogène. Les meilleurs élèves sont soit de petites sociétés tricotées serré (Finlande, Estonie), soit des pays asiatiques où les élèves sont soumis à un régime draconien (Japon, Corée du Sud, Singapour).........»


    Ô! Est-ce un sophisme de Dirac? (Je ne suis pas un philosophe mais un scientifique) La cause avant l'effet.

    Il aurait été préférable de dire que le test nous permet de constater que les pays les plus homogènes ont un meilleur classement. Présenter la cause avant l'effet est un peu pernicieux.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 11 h 24

      "Il aurait été préférable de dire que le test nous permet de constater que les pays les plus homogènes ont un meilleur classement."

      Vous avez essentiellement raison. Mais il le fait en partie, je dis bien en partie, par l'a contrario. Il laisse entendre que les mauvais ou médiocres résultats de certains pays multiculturels occidentaux s'expliquent par le fait qu'une proportion importante de leur population soit issue d'une immigration pauvre et peu instruite...

      Je dis bien "laisse entendre" - il est assez intelligent pour ne pas le dire explicitement.

    • Patrick Daganaud - Abonné 9 décembre 2016 18 h 24

      C'est l'OCDE qui pilote PISA (et PEICA, incidemment).

      Malgré toutes les tergiversations ici présentes, quatre choses :

      1-Les tests sont construits correctement, mais selon une voie didactique où ce sont des compétences qui sont mesurées, jusqu'au biais potentiel où l'exercice pratique de la compétence ne garantit ni l'ancrage de ses savoirs constitutifs ni l'aptitude absolue d'y référer. C'est une bonne mesure de l'intelligence pragmatique.

      2-L'OCDE n'est pas l'Immaculée Conception : son déterminisme est d'abord et avant tout économique et elle est au service du libre marché, de tendance utilitariste et de nature libertarienne.

      3-Il est indéniable que L'OCDE exerce un ascendant politico-économique puissant sur les pays participants au point de changer leur système éducatif, leurs programmes et leurs politiques d'évaluation pour les conformer aux exigences diverses découlant du traitement des données du PISA. En termes plus directs, il y a biais par symbiose. Il s’ajoute des tricheries diverses que tait PISA.

      4-Le classement du Québec (C'est PISA qui le dit) est sujet à caution : il y a surreprésentation des élèves des rangs 1, 2 et 3 ( très forts, forts, moyens) dans la série 2015. Le boycottage « savant » orchestré par les directions témoigne des dérapages qu'occasionne PISA : les classements des écoles et ceux des systèmes éducatifs et des États selon un formatage néolibéral; les récentes révélations de l'apprentissage effectué en vue des examens standardisés, eux-mêmes de plus en plus construits selon « l'esprit « PISA ».

      Le principe de précaution impose minimalement de ne rien généraliser à partir de PISA (contrairement à ce qu'a fait le professeur Potvin) et de traiter les données avec circonspection.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 décembre 2016 08 h 23

      À M.Daganaud. Sur votre point 1.

      D'accord, avec cette nuance près que le test mesure aussi les capacités d'abstraction - compréhension de textes, mathématiques sciences. Se rappeler aussi que ce sont des élèves de 15 ans dont on mesure les capacités, pas des étudiants universitaires.

      Vouloir mesurer la capacité de se débrouiller avec des contenus n’est pas une prise de position contre l’apprentissage de contenus. La question de la détermination des contenus est simplement laissée à la discrétion des autorités compétentes. Favoriser le développement des capacités qui permettent de mieux comprendre et appréhender tout contenu me semble malgré tout une bonne chose. Ce qui ne veut pas dire de ne pas avoir de contenu, bien entendu.

      Et ces capacités arment mieux contre les mensonges de toute idéologie, y compris l'idéologie dominante.

      Il y a un effort d'objectivité dans le PISA qui est un exercice différent de l'examen des autres questions dont traite l'OCDE - mais rien n'est parfait. La modestie fait aussi partie du véritable esprit scientifique.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 décembre 2016 08 h 30

      À M. Daganaud. Sur votre point 2.

      OCDE - "Tendance utilitariste ou libertarienne" - je crois que vous exagérez.

      L'OCDE a développé un indice comparatif de l'état des différents pays inspiré, en fait créé sur commande, par Sen, le prix Nobel d'économie progressiste qui refuse de limiter l'évaluation économique au PIB par habitant. Il est au premier rang du combat contre cette notion.

      L'OCDE propose très souvent de lutter contre les inégalités par la création d'un filet social, reconnaît que la fiscalité est un moyen de lutter contre ces inégalités et fronce les sourcils quand les inégalités sont trop grandes. Propose souvent de faire de stimuler l'économie et d'accepter les déficits. S'oppose à l'austérité.

      C'est l'OCDE diffuse largement l'application de l'indice GINI pour mesurer les inégalités dans le monde, explique ces résultats, ce qui est une forme de combat contre les inégalités.

      Quelqu'un qui veut me contredire pourra trouver un rapport ici et là allant dans une autre direction, mais si vous allez sur leur site et regardez l'ensemble de ce que l'OCDE présente, vous verrez que le portrait d'ensemble que j'en présente est assez juste.

      Bon, je vous accorde que l'OCDE ne propose pas de faire une révolution prolétarienne armée. Et qu'il a aussi un certain devoir de réserve, ayant étant été créé par un ensemble d'États, dont plusieurs sont des États socio-démocrates d'Europe occidentale.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 décembre 2016 09 h 13

      À M. Daganaud. Points 3 et 4. À considérer. M. Cyril Dionne, ci-dessous, évoque certaines pratiques dont il aurait été témoin dans le ROC - comme par exemple, envoyer les meilleurs élèves au test.

      Ceci dit, si l'administration de ces tests et l'autorité de l'OCDE incite à améliorer la capacité de comprendre des textes, à développer la logique mathématique et le développement de l'esprit scientifique, il ne s'agira pas que d'une mauvaise influence.

      Et aux autorités compétentes de décider si elles veulent vraiment connaître l'état des lieux. De façon équilibrée, vous parlez de circonspection - vous ne jetez pas tout par la fenêtre.

      Sur le point 4 - passe en partie le résultat aux stéroïdes, comme vous l'expliquez bien, mais cette déformation est un "dommage collatéral" d'une autre dynamique - le boycott du test par les écoles publiques pour protester contre les coupes budgétaires. Le but n'est pas d'avoir des résultats surestimés, mais c'en est bien l'effet.

    • Patrick Daganaud - Abonné 10 décembre 2016 14 h 26

      Bonjour Monsieur Labelle,

      SUR CE QUI EST MESURÉ
      # 1- Vous m'avez relativement bien lu, mais je ne dis pas que « Vouloir mesurer la capacité de se débrouiller avec des contenus est une prise de position contre l’apprentissage de contenus. » Je dis que PISA contribue à mousser une approche par compétences qui, toute pragmatique qu'elle soit, amplifie la capacité de synthèse au détriment de la capacité d'analyse en omettant des constitutifs du savoir jugés secondaires alors qu'ils ont des impacts majeurs sur la connaissance dont ils sont des piliers.


      SUR L'OCDE ET SON RÔLE INTERNATIONAL
      #2-L'OCDE a une tendance utilitariste ou libertarienne que révèlent plusieurs études indépendantes que ne produit pas l'OCDE. Je ne vois guère comment vous pourriez les retrouver sur...le site de l'OCDE!

      L'OCDE concourt à la marchandisation de l'éducation, nonobstant ce qu'en pense Monsieur Dionne qui, par ailleurs, confirme la sélection des écoliers qui, dans le ROC, passent par PISA.

      SUR LES DÉDUCTIONS EN SILOS
      # 3- Je ne prétends pas que PISA n'a que de mauvaises influences. Je dis que son approche non systémique est teintée de biais multiples attribuables à une méthodologie réductionniste.

      SUR LES TRICHERIES
      #4-Pour nous inviter à nous réjouir de la comparabilité des résultats québécois ( à ceux du ROC - comme, j'ajouterais, à ceux des autres pays), Monsieur Dionne nous rapporte que « C'est la crème des étudiants de 15 ans hors Québec qui participent à ces tests de PISA. »
      Cela est généralisé.

      SUR LES ÉHDAA
      Ce qui signifie que PISA témoigne des apprentissages comparés des élèves très forts, forts et moyens de tous les pays et que les écoliers faibles et très faibles sont couramment exclus.

      De ce fait, PISA rapportent les résultats d'élèves qui réussiraient sous n'importe quel régime pédagogique et didactique et n'est que de piètre utilité pour améliorer le sort des élèves vulnérables, même si ses extrapolations ne se gênent pas pour ce faire.

  • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 07 h 56

    M. Rioux erre dans cet article.

    J'invite les lecteurs, voire M. Rioux, à lire le rapport du PISA lui-même. On y trouve aussi des questions de l'examen visé - que le lecteur juge par lui-même s'il est raisonnable.

    Par exemple, je vois mal comment quelqu'un qui est mauvais dans les facultés de compréhension de texte mesurées dans le PISA pourrait être bon en littérature.

    Le test de mathématiques ou de sciences mesure la capacité pour la personne testée de bien raisonner en utilisant des connaissances normalement connues. Quelqu'un qui a un bon résultat comprend ce qu'il fait et raisonne bien. Pour avoir un mauvais résultat, il faut avoir un problème de raisonnement.

    Par exemple, dans un test passé en sciences, l'examiné devait déterminer laquelle de deux couronnes était du toc tout en gardant l'intégrité physique des couronnes - l'examiné devait connaître la loi d'Archimède, et déduire comment en tirer les conséquences pour résoudre le problème (le problème n'était pas formulé comme "appliquez la loi d'Archimède" - il fallait déduire pour trouver qu'il fallait appliquer cette loi). Que l'étudiant X soit capable de raisonner et de trouver la méthode pour trouver la réponse et que l'étudiant Y, non, est bel et bien significatif.

    Apprendre par cœur des capitales d'un pays sans être capable de comprendre le sens d'un texte que l'on lit ou apprendre par cœur des formules mathématiques sans être capable de faire des raisonnements logiques, c'est vraiment sans intérêt.

    M. Rioux mentionne que le test ne tient pas compte du décrochage. Ben oui, on n'a pas pu mesurer les capacités des jeunes qui ne fréquentent pas l'école. Suggestions? Le test est administré à des jeunes de 15 ans, qui n'est pas l'âge où le décrochage sévit le plus. Et le test vise à mesurer les élèves, pas les non-élèves (SA est pour "student assessment").

    Pour ceux qui veulent vraiment savoir de quoi il s'agit, à la source: http://www.oecd.org/pisa/test/

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 décembre 2016 09 h 23

      Très intéressant, monsieur Labellle. Merci.

    • René Pigeon - Abonné 9 décembre 2016 10 h 15

      Pourriez-vous commenter l'affirmation suivante de C Rioux :
      En 2014, dans le Guardian, plus de 80 experts internationaux avaient réclamé la suspension de ces tests subventionnés à coups de millions par les États. Ils contestaient la capacité d’un test aussi « étroit » et « peu objectif » à rendre compte de la diversité des systèmes d’éducation dans le monde. Selon eux, le Pisa ne fournit que des évaluations quantitatives très contestables et ne suscite que des réformes à court terme essentiellement destinées à faire du chiffre. Mais surtout, il ne s’intéressait qu’à la préparation des élèves au marché du travail, au détriment des autres vocations de l’école, comme l’éducation morale, civique et culturelle.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 13 h 01

      À M. Pigeon. Je devrais lire l'article du Guardian, ce que je n'ai pas fait. Je ne peux que donner des impressions pour l'instant d'après ce qu'en dit ici M. Rioux, ce que je ferai quand même, sous toutes réserves.

      Tout d'abord, tous les experts ne sont pas nécessairement d'accord. Le Guardian aurait réuni ceux qui sont contre. Pour avoir une opinion éclairée, on ne regarde pas qu'un côté de la médaille. Il y a minimalement les experts qui ont conçu le test qui doivent être pour et pouvoir justifier leurs décisions.

      Le fait que les tests soient subventionnés ne nous dit rien quant à leur validité. Évoquer ceci appartient à de la démagogie populiste. Aucune pertinence.

      "ne s’intéressait qu’à la préparation des élèves au marché du travail, au détriment des autres vocations de l’école, comme l’éducation morale, civique et culturelle." Affirmation totalement gratuite. Ça n'est pas parce que le test ne porte pas sur la morale que ce qu'elle mesure n'a d'intérêt que pour les employeurs. Les facultés de bien comprendre un texte, de raisonner de façon logique et de reconstruire un raisonnement scientifique sont également des facultés utiles à la citoyenneté. Un bon citoyen doit comprendre ce qu'il lit et être bien armé contre les carabistouilles rhétoriques et la fausse science.

      "ne suscite que des réformes à court terme essentiellement destinées à faire du chiffre" Les réformes que l'on peut faire en évoquant les résultats du PISA sont une question différente que celle de la valeur du test lui-même. Si une autorité évoque un résultat PISA pour faire une mauvaise réforme, ça n'est pas nécessairement parce que le test est mal conçu.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 13 h 03

      À M. Pigeon - suite.

      "le Pisa ne fournit que des évaluations quantitatives très contestables" - c'est facile à écrire.

      Que M. Rioux nous rapporte que c’est là l’opinion de certains experts ne me suffit pas. Je voudrais voir la démonstration.

      Vous avez un chapitre très détaillé dans le rapport du PISA sur la méthodologie – franchement, on dirait qu’ils ont pensé à tout et c’est très rigoureux. À M. Rioux de le lire, de le comprendre et de nous démontrer que c’est faible.

      M. Rioux s’épargne ce travail en référant à des « experts » dont il ne nous dit rien de la démonstration.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 16 h 04

      Voici le texte du Guardian auquel réfère M. Rioux:

      https://www.theguardian.com/education/2014/may/06/oecd-pisa-tests-damaging-education-academics

      Ça serait trop long de commenter en détails ici. Je laisse les lecteurs juger.

      Mon avis général: beaucoup de commentaires et d'opinions sur l'éducation en général, sur ce que l'on croit que devrait être l'éducation, certains ou certaines peut-être valables...

      et aucune démonstration sur la validité du test.

      M. Rioux en rapporte assez bien l'esprit tout compte fait - beaucoup du genre d'erreurs de raisonnement évoquées dans mon intervention.

      Parmi les signataires: des profs d'éducation, des associations de parents, des groupes d'intérêts, des profs d'université tout simplement.

      Le mot "experts" utilisé par M. Rioux mériterait qualification, pour dire le moins... On ne sait pas si, dans leur domaine, ils sont particulièrement qualifiés pour juger de la validité et la pertinence de ce test.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 16 h 17

      De façon générale, je trouve irritant ce procédé de se cacher derrière des supposés "experts", voire des vrais experts, pour présenter comme vrais, incontestables et scientifiques certains avis qui ne sont pas si clairement vrais et incontestables. Et se cacher derrière cette autorité pour enlever toute crédibilité au questionnement critique.

      Mon avis – on peut être complètement et librement critique. Un expert sérieux devrait pouvoir répondre aux objections de manière convaincante et démontrer son point de vue. Sinon, il ne mérite pas le titre d’expert.

      Et, de plus, tous les experts ne sont pas nécessairement d'accord entre eux sur un même sujet.

      Être un expert, ça n'est pas détenir une vérité infuse que le citoyen est obligé de croire et dont toute critique est d'avance considérée comme non-crédible si ne venant pas d'un autre expert.

      Ne pas se faire emberlificoter - que voilà une bonne raison pour le citoyen de développer un esprit logique, de développer son raisonnement scientifique et de bien comprendre les textes qu'on lui soumet... tiens, il s'agit de compétences mesurées par le PISA. Diantre!

    • Patrick Daganaud - Abonné 9 décembre 2016 18 h 47

      Le texte de Monsieur Rioux, fort bien construit, fait un tas de nuances que vous escamotez, Monsieur Labelle.

      Votre lecture de PISA, strictement quantitative, est très réductionniste.

      L'OCDE qui l'administre n'est pas la Sainte-Vierge, loi de là, même si vous donnez à son rejeton PISA le Bon Dieu sans confession et l'élever au rang de messie.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 21 h 35

      "Le texte de Monsieur Rioux, fort bien construit, fait un tas de nuances que vous escamotez, Monsieur Labelle."

      Pourtant, j'ai commenté M. Rioux en le citant et, je ne crois pas, hors-contexte.

      Par exemple, conclure du simple fait que le test ne porte pas sur la morale ou l'éducation civique qu'il n'est destiné que pour la satisfaction des besoins des employeurs est un saut précipité et peu nuancé.

      Ou encore, ne pas distinguer la validité du test par lui-même pour invoquer ce qui tourne autour, comme le fait que certaines autorités en citent certains résultats pour faire de mauvaises réformes, relève de la confusion.

      Enfin, dire qu'il faut examiner la valeur du test par lui-même et ne pas se prononcer sur celui-ci en ignorant ce qu'en disent ses créateurs qui se donnent la peine de décrire leur méthodologie en détail ne m'apparaît pas être "très réductionniste", "strictement quantitatif" et donner le bon Dieu sans confession à l'OCDE. Ça me semble tout à fait raisonnable.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 décembre 2016 22 h 24

      Ce qui fait la valeur des tests PISA, ce n'est pas qu'il mesure bien ce qu'il mesure, ni que ce qu'il mesure soit vraiment fondamental au titre de la formation des personnes, mais que tous les tenants et aboutissants méthodologiques et idéologiques soient suffisamment explicites pour donner prise à un examen critique dont la plupart d'entre nous s'abstient, soit pour ne pas compromettre la crédibilité des conclusions, soit au contraire pour les envoyer sommairement à la filière ronde, soit pour n'en faire que l'occasion de répéter les mêmes préventions, comme monsieur Rioux en donne l'exemple.

      Merci à messieurs Daganaud et Labelle, entre autres, parce que leurs interventions sont particulièrement étoffées.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 23 h 40

      À RMD - je ne peux pas vous mettre un "j'aime" car je boycotte Facebook. D'où mon petit mot de reconnaissance.

    • Patrick Daganaud - Abonné 10 décembre 2016 14 h 36

      Christian Rioux fait une lecture écosystémique, là où la vôtre est sous-systémique.

      C'est en ce sens qu'elle est réductionniste : vous vous placer dans la « planète PISA » et, ma foi, y faites un bon ouvrage analytique interne.

      Le regard de Rioux est plus large et, nécessairement nuancé de visions critiques que vous n'incorporez pas - et que vous avez tendance à refuser d'incorporer.

      Je dirais que, comprise ainsi, votre analyse est valable si elle admet ses limitations .
      Et je dirais que le travail de Rioux l'est dans un contexte élargi, différent du vôtre.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 décembre 2016 08 h 04

    Une autre super chronique !

    Bravo !

  • Cyril Dionne - Abonné 9 décembre 2016 08 h 04

    La Sainte rectitude politique et sociale

    L'école est un endroit pour apprendre à penser et faire un sens de son monde. L'école n'est pas là pour remplacer les parents ou la communauté. L'école existe pour être un rouage très important dans la pyramide maison, école et communauté. L'école commence toujours à la maison.

    Bien entendu, les pays où ils ont une population homogène réussiront mieux. Fait important à remarquer, les pays scandinaves, selon les tests de PISA, ont les pires résultats avec les enfants des nouveaux arrivants. Bonjour l'intégration. Même phénomène entre les filles et les garçons. Les filles supplantent tout simplement les garçons.

    Le Québec se classe 5e mondialement en sciences. En lecture, le Québec obtient la 4e place mondiale. En mathématiques, les élèves québécois obtiennent la 3e place mondiale.

    Selon les résultats de 2015, le Québec arrive premier au Canada selon PISA. En plus, les élèves québécois de 15 ans sont un des groupes les plus doués en mathématiques. Le seul hic dans tout cela, ce test représente ce qui a été fait en éducation durant les dix dernières années. Aujourd'hui, avec le gouvernement libéral en place et ses coupures en éducation, le Québec risque de se retrouver bon dernier parmi les provinces dans une décade.

    Mais quel triste constat pour les pays qui jadis dominaient le monde. Le Royaume-Uni et la France se retrouvent en 26e et 27e en mathématiques. Pour les sciences, c'est 27e pour le France et 15 pour l'Angleterre. En lecture, c'est une 19e place pour la France de Diderot et Corneille et une 25e pour le Royaume-Uni de Shakespeare.

    En passant, nos chers Américains se retrouvent 41e en mathématiques, 24e en lecture et 25e en sciences et pourtant c'est un des pays qui dépensent le plus par élève dans les écoles publique. Pour dire.

    Le Québec peut-être fier de ses résultats n'en déplaise à nos Ayatollahs de la culture de la Sainte rectitude politique et sociale. Et ce sont les enseignants en salle de classe qui font la différence.

    • Bernard Terreault - Abonné 9 décembre 2016 08 h 30

      Vous avez beau vous moquer des pauvres résultats au test PISA des États-Unis, de l'Angleterre (ou voulez-vous dire le Royaume-Uni?) et de la France, ces pays avec l'Allemagne, le Japon et la Chine dominent encore culturellement, scientifiquement et économiquement le monde. ils doivent faire quelque chose de correct quand même!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 décembre 2016 09 h 30

      Je suis bien content de vous voir vous réjouir des performances des élèves québécois, même si l'occasion est belle de vous inquiéter des effets du régime libéral honni.

      Malgré tout, comme les gens du PISA eux-mêmes le relèvent à plusieurs reprises dans le rapport , la fiabilité des résultats au Québec est compromise par un biais de non-réponse consécutif au boycottage des tests lié aux dernières négos. Les collèges privés y sont peut-être surreprésentés, ce qui n'enlève rien aux résultats de ces élèves, bien sûr.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 décembre 2016 09 h 43

      Bernard, les universités des pays anglophones reçoivent des étudiants de partout au monde. Pas besoin pour eux d'avoir un grand bassin de talents locaux...

    • Bernard Terreault - Abonné 9 décembre 2016 12 h 51

      À Sylvain Auclair : les universités des ÉU accueillent beaucoup d'étrangers aux niveaux maîtrise et doctorat en sciences (j'en étais un), mais au bacc, en affaires, ingénierie, enseignement, droit, médecine et pharmacie ou sociologie ce sont des Américains ordinaires en grande majorité, et qui savent raisonablement bien lire et compter, pas rien que des joueurs de football et de basketball.

    • Éric Desjardins - Abonné 9 décembre 2016 14 h 09

      Voilà, comme le souligne M. Maltais Desjardins, la fiabilité des résultats du Québec est compromise. C'est de cela que l'on devrait parler. Comment est-il possible que les directions des Commissions scolaires puissent décider de participer ou pas à cette épreuve nationale ?

      C'est ce que je trouve aberrant au cube. M. Rioux remettait en cause l'idée d'une évaluation standardisée malgré la diversité culturelle, économique et sociale des pays évalués. À mon humble avis, c'est justement cela que l'on veut mesurer.. quelles sont les méthodes, approches et/ou programmes qui fonctionnent... compte tenu justement de ces différences. On pourra toujours juger après et décider malgré tout ce que l'on préfère et retient comme société.

      Mais là, impossible de se prononcer, on a envoyé au front que nos potentiels meilleurs, à peu près la moitié des CS pour la plupart comprenant les écoles privées et les écoles anglophones je n'arrive pas à savoir si cela représente par contre la moitié des élèves).

      Alors c'est comme si on trichait au jeu. Assez désolant!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 décembre 2016 15 h 54

      @Éric Desjardins,

      nuance : ce ne sont pas les directions des CS qui ont pris cette décision, mais les membres de la Fédération québécoise des directions d’établissement (FQDE), un regroupement professionnel qui représente les intérêts de ces employés de CS, un qusi syndicat, donc. Cette décision s'inscrit dans le cadre de moyens de pressions initiés en 2014 dont les motifs sont expliqués dans

      http://fqde.qc.ca/wp-content/uploads/2016/12/Commu

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 16 h 42

      Au sujet de l'administration du PISA au Québec - un article du Devoir:
      http://www.ledevoir.com/societe/education/486525/l

      "à peine 51,7 % des écoles québécoises invitées à prendre part au PISA ont participé au test, ce qui est nettement moins que le taux de réponse de 85 % considéré comme la norme par l’OCDE."

      Bonne description de détails par RMD ci-dessus.

      Résultats partiels semblable à ceux du pré-boycott en 2006, 2009 et 2012. Mais on serait de curieux de connaître l'évolution avec de meilleures données.

      Le boycott serait un moyen de pression contre les restrictions budgétaires.

      Je trouve ce boycott infantile, irresponsable, contre-productif et humiliant pour le Québec au niveau canadien et international.

      Et on se prive de renseignements qui pourraient nous aider.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2016 16 h 42

      Le PISA évalue les élèves âgés de 15 ans.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 décembre 2016 17 h 43

      MM. Terreault, Maltais Desjardins et Desjardins,

      D'emblée, je dois dire que je suis un professionnel de l'éducation de l'Ontario qui évolue dans un conseil scolaire anglophone. En fait, les provinces du ROC envient les résultats québécois. Pour ceux qui pensent que les autres provinces n'envoient pas leurs meilleurs pour faire les tests de PISA, détrompez-vous. C'est la crème des étudiants de 15 ans hors Québec qui participent à ces tests de PISA. L'Ontario ne pige pas parmi ses écoles secondaires du centre-ville pour participer à cet exercice pédagogique. Tout comme la plupart des autres pays, ils prennent les premiers de classe pour participer à ces tests de PISA. Alors, chapeau aux enseignants et enseignantes du Québec; vos élèves font parties de l'élite internationale.

      Ceci étant dit, pour ceux qui accusent PISA et les autres méthodes semblables de favoriser la marchandisation de l'éducation, vous êtes dans le champ. Ces élèves, qui réussissent ces tests, ils ne sont pas seulement capables de marcher et mâcher de la gomme en même temps, mais ils sont aussi capables de penser et de raisonner. Ils ont un esprit critique, peuvent aussi bien philosopher et sont culturellement bien épanouies. L'Ontario administre des tests en lecture, écriture et mathématiques aux élèves de 3e, 6e et 9e année. Faisant parti de cet environnement, je peux vous affirmer sans rire que ceux qui ne réussissent pas ces tests, eh bien, vous ne les retrouverez jamais dans les études postsecondaires, universitaires ou collégiales.

      En passant, je suis fier des élèves québécois. Non seulement depuis l'an 2000, ils sont les premiers de classe au niveau international, mais il manipule la langue universel comme pas d'autres, les mathématiques. Les mathématiques qui comprennent la technologie, les sciences, les sciences du génie et la programmation informatique. Elles forment les éléments indispensables aux nouvelles technologies de demain.

      Bravo au Québec!

    • Patrick Daganaud - Abonné 10 décembre 2016 14 h 56

      Voilà, Monsieur Dionne, une description des élèves de rangs 1, 2 et 3.

      Comme professionnel de l'éducation de l'Ontario, avez-vous une pensée relative aux écoliers de rangs 4 et 5, dont vous pouvez nous « affirmer sans rire que ceux qui ne réussissent pas ces tests, eh bien, vous ne les retrouverez jamais dans les études postsecondaires, universitaires ou collégiales. »?

      Sans rire...

    • Cyril Dionne - Abonné 10 décembre 2016 22 h 46

      M. Daganaud,

      Plus de 70% des élèves en Ontario réussissent ces tests standardisés de 3e, 6e et 9e année. Sans rire. Les tests de l'OCDE (PISA) sont plus difficiles.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 décembre 2016 08 h 12

    Najat Vallaud-Belkacem

    et non

    Najat Vallau Belkacem


    https://fr.wikipedia.org/wiki/Najat_Vallaud-Belkacem