La prise de pouvoir des généraux?

Pendant sa campagne, Donald Trump n’a pas manqué de critiquer, parfois violemment, les généraux américains. Il affirma notamment qu’il en savait plus qu’eux sur comment vaincre le groupe État islamique. Président désigné, il semble vouloir leur accorder une place majeure au sein de sa future équipe. Quels signes y déceler sur sa politique étrangère ? Le contrôle civil de l’appareil militaire, si cher aux Américains, est-il remis en cause ?

Annoncé le 1er décembre, le choix du général à la retraite James Mattis comme secrétaire à la Défense porte à deux (après Michael Flynn, désigné conseiller à la sécurité nationale) le nombre d’anciens hauts gradés appelés à jouer un rôle clé dans la politique étrangère du président Trump. Un troisième pourrait suivre si David Petraeus devait être choisi secrétaire d’État.

La rupture d’une tradition

En optant pour Mattis, Trump rompt avec une tradition privilégiant le contrôle civil et voulant qu’un ex-militaire ne dirige pas ses anciens collègues. Il fait également fi de la législation en vigueur. La Loi sur la sécurité nationale de 1947 imposait en effet une période de dix ans (réduite à sept ans en 2008) avant qu’un militaire retraité puisse exercer de hautes responsabilités civiles au sein du département de la Défense. Cette disposition fut exceptionnellement amendée en 1950 pour permettre au président Truman de nommer l’ancien général George Marshall.

Mattis n’a quitté ses fonctions dans les forces armées qu’en 2013. Avant qu’il puisse exercer ses fonctions, le Congrès devra donc dans un premier temps voter une loi l’y autorisant. Sa nomination devra ensuite être confirmée par un vote à la majorité simple au Sénat.

Cette confirmation ne devrait pas poser problème. Mattis est en effet éminemment respecté, autant par ses anciens collègues que par des civils jouissant à Washington d’une aura certaine sur les questions de défense, tels le sénateur John McCain ou la présidente du Center for a New American Security, Michèle Flournoy.

Surnommé le « chien fou » ou encore le « moine soldat », Mattis est bel et bien une figure incontournable des quinze dernières années. Il a dirigé des opérations majeures en Afghanistan en novembre 2001, en Irak lors de l’invasion de 2003 et en 2004 lors d’assauts sur la ville rebelle de Falloujah. Il est aussi un penseur influent, ayant coécrit avec David Petraeus le manuel de contre-insurrection des forces américaines en 2006.

Mattis et Trump s’entendent sur deux idées. D’une part, la politique étrangère américaine serait dans un état désastreux au point d’affaiblir le prestige et la crédibilité des États-Unis sur la scène internationale. D’autre part, les deux hommes estiment que le gouvernement Obama s’est montré trop faible et naïf face aux adversaires des États-Unis, en particulier l’Iran.

Les garde-fous

Au-delà de cette affinité intellectuelle avec Mattis et d’une fascination manifeste pour la chose militaire, l’intérêt que Donald Trump accorde aux hauts gradés est politiquement fort habile. Alors que les Américains ne font plus guère confiance à leurs institutions, que ce soit les médias, les banques, le système politique et même les groupes religieux, les forces armées bénéficient d’une solide cote de popularité. Depuis 2002, les données de l’institut Gallup démontrent que trois Américains sur quatre en moyenne leur font confiance.

En outre, même s’ils sont habitués de manoeuvrer dans les coulisses du pouvoir, les militaires ne sont pas perçus dans la population comme des politiciens de carrière. Ils sont respectés pour leur sens du sacrifice et leur parler-vrai. Leur expérience reconnue des questions internationales peut également être rassurante quant à l’incompétence évidente du futur locataire de la Maison-Blanche.

Certes habile, le choix d’anciens généraux n’est cependant pas sans risques pour Donald Trump. Il ne doit surtout pas s’attendre à les voir se comporter en béni-oui-oui. Ils devraient en fait formuler les critiques les plus fortes des idées avancées par Trump, comme l’usage de techniques d’interrogatoire assimilables à de la torture, la remise en question des alliances, ou encore la présentation de l’islam et des musulmans dans leur ensemble comme une menace à la sécurité des États-Unis. Les militaires, contrairement à l’homme d’affaires, n’ont pas non plus le goût du risque. Il est donc fort probable que ceux-ci dissuadent d’éventuelles pulsions va-t-en-guerre du 45e président.

La cour que fait Trump à d’anciens hauts gradés peut apparaître surprenante. Elle est en décalage complet avec le message que les États-Unis ont régulièrement envoyé à leurs alliés, que ce soit l’Égypte, le Pakistan ou encore la Turquie pour un plus grand contrôle civil sur le militaire. À l’heure actuelle, elle constitue cependant le meilleur rempart contre les périls de l’inexpérience et de l’incompétence présidentielles en matière de politique étrangère et de sécurité nationale.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 décembre 2016 07 h 29

    La vie er la mort ne sont ils pas intimement liés

    n'étais-ce pas prévisible a partir du moment ou on a dit plus de guerres nucléaires n'est-ce pas contre nature de dire cela a des militaires qui ne rëvent qu'a tout détruire,que l'on a conditionnés a tout détruire n'est-ce pas dans l'âme de certains individus des plus humbles au plus puissant, le comble n'est-il pas Néron qui a decidé de bruler Rome,ou des americains qui ont lâcher des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaqui,, n'étais ce pas l'enjeu de la dernière guerre de détruire complètement l'ennemi avec les fameux V2 et vous voulez dire a ces gens de se retenir,en fait le gout de tuer et de dominer n'est-il pas enfuie en nous depuis toujours, donnez vous la peine d'analyser ce qui se passe en vous meme quand vous désirez, nos amérindiens étaient plus honnetes, ils allaient jusqu'a manger leur ennemis, ne dit on pas que la vie et la mort sont intimmement liés

  • François Dugal - Inscrit 3 décembre 2016 08 h 17

    Proverbe latin

    "Si vis pacem, pare bellum" (si tu veux la paix, prépare la guerre)
    (Et parti comme c'est là, on va l'avoir, la "bellum")

  • Georges LeBel - Abonné 3 décembre 2016 13 h 00

    hallucination

    J'hallucine:
    On nous traitait de catastrophistes quand nous suggérions que la militarisation et la guerre serait le moyen de sortie de crise du capitalisme; voilà que "le Devoir" y voit une solution.....

    "À l’heure actuelle, elle constitue cependant le meilleur rempart contre les périls de l’inexpérience et de l’incompétence présidentielles en matière de politique étrangère et de sécurité nationale."

    On trouve les mêmes élucubrations en 1930, les militaires et les institutions allemandes résisteront aux errences d'Hitler : http://www.cadtm.org/Pour-que-la-tragedie-des-anne
    georges leBel
    Georges, honteux de laisser ce monde à ses enfants.