Le gamay fait ses gammes

Une voûte du Domaine de la Vieille Église en appellation Julienas. Festif, le gamay ici !
Photo: Jean Aubry Une voûte du Domaine de la Vieille Église en appellation Julienas. Festif, le gamay ici !

Novembre a vu clore le mois du beaujolais. Je suis pour ma part heureux d’avoir pu remettre au goût du jour cette appellation que non seulement j’ai en plus haute estime, mais qui mérite aussi bien mieux que d’être traitée de « sous Bourgogne » par une élite qui la regarde de haut.

J’ai pu m’en rendre compte auprès des vignerons chez eux, mais aussi aux Amis du vin du Devoir qui s’enfilaient à l’aveugle avec un bonheur partagé huit gamays, dont sept beaujolais et un pirate. De quoi éclaircir de leurs rubis violacés un mois de novembre gris bien peu nuancé.

Les voici présentés, accompagnés d’un bref commentaire et de notations résumant la moyenne du groupe. Parce que vous aimez le gamay, j’ajoute à chacun des vins dégustés une nouvelle proposition de mon cru. Yamag ! (en verlan).

Beaujolais Blanc 2015, Trenel (21 $ – 13023906). Saviez-vous que les fruits utilisés pour les crémants de Bourgogne proviennent dans une proportion de 45 % du Beaujolais ? La maison Trenel, entrée récemment dans le giron Chapoutier, nous propose le chardonnay dans sa version tranquille. Un blanc sec, au fruité net, arrondi par une acidité en retrait et doté d’une texture des plus suaves. Bien fait. (5)★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★. À découvrir aussi : Beaujolais Villages Blanc 2014, Domaine Ruet (19,45 $ – 12454667 – (5)★★1/2).

Brouilly 2014, G. Descombes (25,90 $ – 12494028). Ce brouilly a des fourmis dans les jambes et une expression florale des plus colorées. En raison d’une acidité princière qui en avive les contours fruités sur une base saine, légère, naturelle et très crédible. Un régal ! (5)★★★. Moyenne du groupe : ★★★. À découvrir aussi : Les Griottes 2015, Beaujolais, J.M. Chermette (19,55 $ – 11259940 – (5)★★★).

Pisse-Dru 2014, Beaujolais, Patriarche (14,95 $ – 002881). Les 40 personnes penchées sur ce classique n’ont pu s’émouvoir ici : « Manque de personnalité », « Goût marqué de rafle », « Amer et anguleux, sans charme », ai-je entendu. Je partage. (5)★1/2. Moyenne du groupe : ★★. À découvrir aussi : Beaujolais Villages Combe aux Jacques 2015, Jadot (18 $ – 365924 – (5)★★1/2).

Touraine 2015, Henry Marionnet, Loire (18,45 $ – 329532). Une participante a localisé ce pirate en Loire en lui trouvant quelques nuances végétales parfois associées au cabernet franc de Chinon. Intéressant. Tous ont apprécié la fraîcheur, la clarté et l’envolée jubilatoire du point « G » de Monsieur « M ». Fameux, fiable, friand, fastoche mais sincère. À boire même sans soif ! (5)★★★. À découvrir aussi : Première vendange 2015, H. Marionnet (23,90 $ – 12517875 – (5+)★★★).

Fleurie 2011, Clos de Mez « La Dot » (26,95 $ – 12792981). Le bouquet point et s’amplifie avec sa part d’épices, de pivoine fanée et de réglisse avec, en bouche, une fine tension minérale en guise de texture. Un gamay qui chatouille son plateau de maturité, épanoui, profond, racé. Coq au vin ? (5)★★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★1/2. À découvrir aussi : Fleurie 2014, Jean-Paul Brun (27,40 $ – 12184353 – (5+)★★★1/2).

Moulin à Vent 2015, Jean-Paul Dubost (26,50 $ – 12741025). La jeunesse et la verve évidente de ce gamay juvénile et compact a départagé le groupe. Derrière, cependant, une matière fruitée bien construite, structurante, vivace, de grande clarté. L’attendre deux ou trois ans en cave pour mieux le servir sur la volaille aux morilles. (10+)★★★1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★1/2. À découvrir aussi : Chénas 2015, Pascal Aufranc (21,10 $ – 11589869 – (5+)★★★1/2 ©).

Quintessence 2009, Beaujolais Supérieur, Château de Vaurenard (28,55 $ – 12100017). « Celui-là, c’est un wow ! », s’est exclamé une dame qui n’imaginait certes pas le gamay si séducteur. L’opulence, la richesse et le gras des tanins en milieu de bouche font rapidement oublier la petite pointe de sécheresse en finale. À boire à grandes lampées sur un mâchon bourguignon. (5)★★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★1/2. À découvrir aussi : Morgon Les Charmes 2015, Louis Tête (19,40 $ – 961185 – (5)★★★).

Morgon 2014 « Cuvée Corcelette », Jean Foillard (38,75 $ – 12201643). « En voilà un qui vient me chercher ! », avoua tout de go un amateur qui a rapidement reconnu le style Foillard. Avec cette parcelle « Corcelette », tout le charme suranné du climat « Les Charmes » d’une part, et l’intensité profonde du « Côte du Py » d’autre part. Un poème de vin vinifié par un poète du vin qui vit la vigne en rendant lisible le terroir qui la porte. Dépêchez-vous, ce morgon se fait rare ! (5+)★★★★. Moyenne du groupe : ★★★★. À découvrir aussi : Chiroubles 2014, Dominique Piron (21,65 $ – 11299183 – (5)★★★).

D’exceptionnels toscans

Nous sommes au pays du sangiovese grosso, un clone propre à cette Toscane du Sud qui lui donne des airs aristocratiques et de longues gardes. Giacomo Neri veille sur lui depuis 1991, dans la foulée de son père Giovanni Neri à la Casanova di Neri. De passage au Québec la semaine dernière, le vigneron qui exploite 65 hectares de vignoble, dont 35 ha en appellation Brunello di Montalcino, n’avait pas à me convaincre de quoi que ce soit. Les quatre vins dégustés parlaient bien, parlaient juste, parlaient… grand. Les voici déclinés.

Rosso di Montalcino 2014 (28,65 $ – 10335226). Sur près de 15 hectares au sud-est de Montalcino, ce « rosso » a des airs de Brunello, mais en format réduit. Il offre avant tout une sève et une texture bien liées, un fruité d’un rare volume en bouche ainsi qu’une finale particulièrement longue et racée. À ce prix, vous épaterez le beau-frère ! (5+)★★★ ©

Brunello di Montalcino 2011 (64 $ – 10961323). La carte de visite maison, mais surtout une cuvée qui a bénéficié dans ce millésime peu expansif du « repli » de la grande cuvée Cerratalto non produite en 2011. Il en résulte un rouge fin et linéaire au nez, mais nettement plus construit et étoffé en bouche, avec des tanins fins, charnus, sans pour autant être très massifs ni expansifs. Et toujours cette élégante finale propice aux festins gastronomiques. (5+)★★★1/2 ©

Brunello di Montacino Tenuta Nuova 2011 (90 $ – 12833721 – n.d.). Ce vignoble de 19 hectares tout au sud livre une brillance particulière aux sangioveses en raison de sols de graves filtrants. Robe soutenue, éclat et pureté de fruit et bouche dotée d’une architecture stylée, avec ce tracé bien serré de tanins qui, même s’ils apparaissent contractés, demeurent étonnamment sapides. Longue finale racée. À surveiller au printemps 2017. (10+) ★★★★ ©

Brunello di Montalcino Cerratalto 2008 (299 $ – 12167393). Grand vin ! Vieux vignoble fiché dans un amphithéâtre naturel sur galestros et granites sableux décomposés qui lui assurent déjà un nez raffiné et très complexe, ce rouge majestueux réussit le pari de la puissance et de l’élégance, signe incontestable des meilleurs vins. L’approche est tannique, un chouïa virile, oui, dans ce millésime, mais sans jamais être sévère ni trop autoritaire. Un vin profond, à méditer seul ou sur l’osso bucco de maman. (5+)★★★★1/2 ©

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