Au minimum

On peut retirer des données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) sur l’écart salarial entre le public et le privé que l’administration québécoise n’a pas été épargnée par la crise et par l’austérité qui a suivi. Et que ces emplois à bas salaires toujours plus nombreux dans le privé justifient cette réflexion sur le salaire minimum à 15 $ l’heure.

L’exercice de l’ISQ comparant salaire et rémunération entre les secteurs public et privé devient une occasion annuelle de récupération des données à des fins d’analyse, de compréhension et d’interprétation. Deux observations, parmi d’autres, peuvent être ressorties de l’édition 2016 et justifier une méditation profonde.

Selon les populations étudiées, le salaire des employés de l’administration québécoise est inférieur de 13,8 % à celui des autres salariés québécois évoluant dans des entreprises de 200 personnes et plus, de 10,9 % par rapport aux employés du secteur privé. Sur la base de la rémunération globale, l’écart passe à 9,3 % dans le premier cas, pour se transformer en parité dans le second. Entre ces deux balises se déploie toute une série de variantes selon que la comparaison se fait avec des salariés syndiqués ou non syndiqués, avec des employés des sociétés d’État, des universités ou des administrations municipales et fédérale.

Une première conclusion peut attirer l’attention. La situation comparative de l’administration québécoise s’est affaiblie entre 2009 et 2016. Le retard salarial défavorable par rapport aux autres salariés québécois est passé de 8,7 à 13,8 % dans l’intervalle. Même constat pour la rémunération globale. L’écart défavorable s’est creusé, de 3,7 % à 9,3 %. La situation de l’administration québécoise par rapport au secteur privé s’est également détériorée sur le plan salarial, mais est demeurée stable au chapitre de la rémunération globale, nous dit l’ISQ. On peut, ici, ressentir les effets de la crise de 2008 et de l’austérité budgétaire qui a suivi.

Syndicalisation

Une deuxième conclusion invite également à la réflexion. S’il y a parité de la rémunération globale entre l’administration québécoise et le secteur privé, le public prend sensiblement le dessus en l’absence de syndicalisation. C’est ici que toutes les subtilités de l’exercice se manifestent. D’abord, la présence de loin supérieure des régimes complémentaires de retraite dans la fonction publique, les sociétés d’État, les universités et les administrations municipales et fédérale, avec une proportion plus grande de régimes à prestations déterminées. Ensuite, les semaines de travail légèrement plus courtes et les heures chômées payées plus élevées dans le public. Sans compter la sécurité d’emploi, le taux de perte d’emploi pouvant être neuf fois plus élevé dans le privé. Aussi, la comparaison est faussée par l’absence de fonctions comparables dans le privé, notamment pour les infirmières et les enseignants. Et par la comparaison avec les entreprises de 200 employés et plus, une grande majorité des travailleurs dans le privé se retrouvant au sein de PME ou dans le rang des travailleurs autonomes, avec une surreprésentation dans le commerce de détail, la restauration et l’hôtellerie.

C’est également ici que peut prendre un autre sens l’actuel débat sur le salaire minimum. Un analyste de la Banque CIBC relevait lundi que les emplois à bas salaires ne cessaient de gagner du terrain, la proportion des personnes ayant un salaire inférieur à la moyenne atteignant 61 % en 2015 contre 58 % en 1997. Les emplois moins bien rémunérés se sont multipliés plus rapidement que les autres, ce qui n’est pas sans s’arrimer avec le creusement des inégalités. L’analyste reconnaissait, au passage, que les changements dans les politiques sur le salaire minimum avaient agi tel un adoucisseur pour les personnes occupant les échelons inférieurs.

La semaine dernière, l’Organisation de coopération et de développement économiques allait dans la même direction, soulignant que les inégalités de revenus restent à des niveaux records dans la plupart des pays de l’OCDE. Entre 2007 et 2010, le revenu réel disponible a davantage reculé pour les 10 % de ménages les plus modestes que pour les 10 % de ménages les plus riches. Il y a eu redressement par la suite, profitant davantage aux ménages les plus aisés, dont le revenu a progressé deux fois plus vite que celui des ménages les plus pauvres.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 décembre 2016 08 h 44

    Mauvais signe

    Quand se multiplient les jobines à bas salaire cela signifie que la productivité stagne, ce n'est pas le signe d'une économie dynamique tournée vers l'innovation.

    • Louis Saint-Jacques Solutions Archimède - Abonné 1 décembre 2016 18 h 12

      M. Terreault,
      Je ne crois pas que ce soit la multiplication de jobines qui soit en cause mais plutôt le fait qu'un nombre grandissant de gens qui peuvent les occuper sans qu'il y ait plus. Prenez l'exemple de la fermeture de l'usine de Mondelez (Biscuits Viau). Ce bassin de travailleurs va t'il retrouver les mêmes conditions ? Peu probable et pire ils vont êre en compétion avec les travailleurs qui occupent déja des postes précaires. Les emplois pour la classe moyenne fondent à vue d'oeil depuis quelques décennies. Les emplois rémunérateurs d'aujourd'hui demandent des études universitaires ou collégiales dans les secteurs de pointe sauf pour les métiers syndiqués. Je ne veux pas paraître élitiste mais c'est ce qui se passe en Amérique du Nord et le déplacement des bonnes jobs se concentre de plus en plus vers les centres urbains. Voilà pourquoi Trump a été élu, la grogne des petits salariés et de ruraux.