Une proie facile pour les «vendeux»

Dernièrement, ma mère a vendu son condo au prix de 169 000 $ pour aller vivre en résidence. Elle est âgée de 86 ans, en bonne santé physique et je gère ses affaires. Je suis la deuxième d'une famille de cinq enfants.

Ma mère a des économies de 230 000 $ placées dans des CPG tous sécuritaires d'un, deux, trois et cinq ans à différents taux faibles. Elle a un FERR de 65 000 $ et n'a jamais travaillé à l'extérieur du foyer et elle n'a aucune pension de mon père. Donc, elle reçoit mensuellement du gouvernement 900 $ par mois et vit dans une résidence qui coûte 2000 $ par mois avec un repas compris. Alors, elle vit de ses économies.

Ma question: vu son âge et ma responsabilité de gérer son nouvel avoir de 169 000 $, dois-je continuer à placer ce montant dans des CPG de courts et moyens termes ou avez-vous une autre suggestion de placement tout en restant dans le sécuritaire?

Je vous remercie de l'attention que vous portez à ma demande. Évidemment, tout le monde autour de moi a le meilleur investisseur, le meilleur comptable, le meilleur fiscaliste et les meilleures banques. Très stressant et inquiétant. J'ai l'impression d'être entourée de vendeurs à pression.

Votre aide et votre opinion seraient très précieuses.

L. C.

Votre mère et vous, deux novices en matière de placement. Et donc deux proies idéales pour les vendeux de produits financiers de toute sorte. Et quand je dis vendeux de produits...

Pour illustrer ce dernier point, prenez mon cas personnel. Vu mon expérience, rien de plus normal pour moi que de gérer les économies de mes parents. Il y a de cela plusieurs mois, j'ai acheté des actions d'une firme X au prix de 8 $ pour le compte de mon père. Puis, le cours de l'action a grimpé régulièrement. Au cours de 9,50 $ environ, le courtier m'appelle pour me dire que je devrais les vendre, les analystes financiers de sa boîte ayant un cours cible de 10 $. Puis, le cours est passé à près de 10,50 $ ce qui m'a valu un autre appel de sa part me conseillant de vendre les actions. Puis, le cours de l'action a atteint 11,50 $ environ. Un autre appel du courtier a suivi, celui-ci m'incitant toujours de vendre les actions. Et, cette fois-là, d'ajouter d'emblée: «Vous savez, j'écris une petite note à chaque fois que je vous appelle M. Chiasson». Depuis, l'action a passé le cap de 14 $ et, curieux, point de nouvelle de sa part (il a dû relire ses notes).

Cela illustre bien le type de pressions que peut subir un petit investisseur de la part de certains courtiers. Je n'ose même pas imaginer ce qui peut arriver à une personne âgée, sans aucune expérience du monde du placement, et qui, à cause de son ignorance des marchés, s'en remet totalement à un tel courtier.

Être prudent et acquérir les connaissances nécessaires sont les deux mots d'ordre à suivre dans votre cas. Par mesure de prudence, vous ne devrez vous en tenir pour les prochains mois et trimestres qu'aux instruments d'épargne et autres titres à revenus fixes de très grande qualité. Donc, malgré leurs faibles taux d'intérêt, conservez les dépôts à terme et certificats de dépôt que possède déjà votre mère (montant de 230 000 $) jusqu'à leur échéance. Puis, vous les réinvestirez au fur et à mesure qu'ils arriveront à l'échéance dans les obligations à taux progressifs et celles à taux fixes de Placements Québec (l'adresse Web de cet organisme est: http://www.placementsqc.gouv.qc.ca/accueil.html). Quant au produit de la vente du condo, investissez-le dès maintenant à part égale entre les deux produits précédents. Pour ce qui est des obligations à taux fixe de Placements Québec, vous verrez à répartir vos placements entre les échéances de quatre et sept ans tout en donnant un peu plus de poids au terme de sept ans dont le taux annuel affiché est présentement de 4,20 %.

En tenant compte du retrait minimum annuel du FERR (il doit être autour de 7013 $) et du rendement du capital hors REER de près de 400 000 $ (même si le rendement est autour de 3 %), les revenus de placement générés combinés à la rente mensuelle de 900 $ suffiront à couvrir les frais mensuels de résidence de votre mère. Et, advenant qu'elle veuille se payer un peu de luxe, votre mère peut entamer quelque peu son capital. À ce titre, les obligations à taux progressifs du Québec sont avantageuses alors qu'elles peuvent être encaissées une fois l'an à leur date d'anniversaire sans pénalité. Notez également que, pour plus de flexibilité, vous pouvez opter pour le versement mensuel des intérêts tant avec les obligations à taux progressifs qu'avec celles à taux fixes du Québec (à partir du moment que le montant investi dans ces obligations est d'au moins 10 000 $).

Par ailleurs, vous verrez à acquérir les connaissances requises en matière de placement dans le but éventuel d'investir une partie de ces sommes dans les actions de grandes compagnies canadiennes versant de généreux dividendes. La lecture de quelques livres sur le sujet et l'adhésion à une bonne lettre financière ou son équivalent (qui couvre expressément ce type de placement comme ma classe Internet) permettront de vous familiariser avec le monde du placement. Dans un an environ, vous pourriez considérer amorcer la construction du portefeuille d'actions en consacrant une somme de près de 80 000 $ de l'avoir hors FERR de votre mère à l'accumulation graduelle et sur faiblesse des cours des actions de quatre grandes compagnies canadiennes vous permettant de participer à trois secteurs d'activité distincts de notre économie. Ces entreprises doivent montrer un solide historique de versement de dividende. Cette période d'accumulation devra s'étendre sur une période d'un an et demi environ. Et, vous verrez à accumuler ces actions par le truchement d'un courtier à exercice restreint (courtier escompteur) ou encore en participant au programme d'achat d'actions et d'investissement des dividendes en actions si un tel programme est offert par l'entreprise considérée (dans ce dernier cas, vous pouvez accumuler les actions sans aucun frais de courtage).

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