Sarkozy, triste fin

Bientôt cinq ans après sa défaite de mai 2012 contre François Hollande, Nicolas Sarkozy a vu hier s’envoler en fumée ses rêves de reconquête de l’Élysée.

C’est avec calme et dignité que cet homme, au naturel habituellement plus agité et imbu de lui-même, a reconnu sa défaite inattendue dès le premier tour de la « primaire de la droite et du centre » qui s’est déroulé hier à la grandeur de la France.

Cette consultation était ouverte à tous les citoyens qui souhaitaient y participer, moyennant un ticket d’entrée de 2 euros et une déclaration formelle d’appui aux « valeurs républicaines de la droite et du centre ». Son premier tour — auquel ont participé hier quelque 4 millions d’électeurs — s’est transformé en référendum sur l’élimination, probablement définitive, de ce personnage de la vie politique française.

L’homme du tristement célèbre « Casse-toi, pauv’ con » (réplique brutale, en 2008, à un concitoyen qui refusait de lui serrer la main, lors d’un événement public) vient de se faire lui-même prier de dégager la scène, par près de 80 % des électeurs participants, en majorité (mais pas en totalité) issus de sa propre famille politique.

Poursuivi par plusieurs « affaires » (qui concernent entre autres le financement de ses campagnes présidentielles de 2007 et 2012) et ayant flirté au cours des derniers mois avec les thèmes favoris de l’extrême droite, Nicolas Sarkozy n’aura pas réussi à recréer autour de sa personne la magie de 2007. Son score de 21 % est une véritable humiliation.

 

L’élimination de l’ancien président pourra apparaître comme un recul des idées de la droite dure et des personnages colorés qui la représentent, en France et ailleurs. Après l’élection-choc du 8 novembre aux États-Unis, et devant plusieurs consultations européennes, en 2017, où la « droite populiste » a le vent en poupe, certains voudront se rassurer. En effet, les électeurs viennent de nommer, comme candidats sérieux à la présidentielle française, deux personnes — les ex-premiers ministres Alain Juppé et François Fillon — qui sont à l’opposé du style « démagogique et coloré » de la droite militante.

Car le gagnant, dans sept jours, du second tour de la primaire — probablement M. Fillon — paraîtra ensuite bien placé pour battre la candidate du Front national, Marine Le Pen, lors du second tour de la présidentielle, en mai 2017.

C’est ce qui a fait dire aux analystes les plus sérieux — et cela a sans doute représenté un facteur de mobilisation non négligeable pour les électeurs — que cette primaire de la droite, en fait, elle ne choisit rien de moins que le prochain président de la République française.

 

La poussée inattendue de François Fillon, un homme sérieux, compétent, concentré et plutôt terne, représente aussi l’avancée d’une droite dure, à peine moins dure que celle de Nicolas Sarkozy — un politicien qu’il avait quand même servi pendant cinq ans, en tant que premier ministre. Et ce, abstraction faite de l’énorme différence de style, et de l’animosité très forte qui s’est développée au fil des ans entre les deux hommes.

Fillon préconise par exemple, en matière économique, une « thérapie de choc » pour la France. Il veut vite sabrer 500 000 postes dans la fonction publique. C’est un traditionaliste, féru d’identité, qui cultive la mémoire du général de Gaulle. En politique internationale, il a plaidé très fort pour un rapprochement avec la Russie.

Alain Juppé, le « centriste » que les médias français et les sondeurs avaient présenté pendant des mois comme le favori, est sous le choc. Le second tour s’annonce très difficile pour lui. Le score époustouflant de Fillon, 44 %, le laisse à 16 points derrière (28 %). Il va tenter de mobiliser à fond l’électorat centriste, voire socialiste, en se démarquant des positions économiques radicales de M. Fillon. Il agitera sans doute aussi le danger d’une diplomatie trop « gentille » avec Moscou, à l’heure d’un immense et périlleux rebrassage des cartes à l’échelle mondiale.

Mais les « intrus » du premier tour — les électeurs centristes ou socialistes qui se sont immiscés dans cette primaire de la droite — l’ont fait d’abord et avant tout, hier, pour bloquer Nicolas Sarkozy. Eh bien, contre toute attente, c’est « mission accomplie »… dès le premier tour !

Pas sûr qu’ils accourront, dimanche prochain, à la rescousse de ce pauvre Alain Juppé.

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