Vins: Fonseca Guimaraens, une leçon de porto

Les experts de la statistique qui, à l'instar de leurs collègues de la balistique, savent lire le tir comme d'autres les feuilles de thé, avancent que le marché du vin de porto au Québec arrive tout doucement à maturité.

Et là, je ne parle pas des Vintage 2000, dont les as de la divination confirment déjà les 20 ans d'émancipation personnelle nécessaires à l'adoubement du preux chevalier portugais.

S'ils se goûtaient bien en mars 2003 lors de la livraison du Courrier vinicole, les Porto Vintage 2000, tout comme les Bordeaux du même millésime d'ailleurs, se tassent actuellement dans leur coquille. Patience, donc.

Cela étant, j'écrivais à l'époque que les Vintage 2000 étaient, dans l'ensemble, plus élégants, moins massifs, que les 1997. Je le maintiens.

Et à propos de Fonseca (119 $, contre 132 $ aujourd'hui), je poursuivais : le dandy du groupe, qui prend un malin plaisir à devancer tout le monde.

Ensemble hors norme : caramel fin, bonbon à la violette givrée au sucre et bouche de première fraîcheur, satinée et consistante, brillant d'un fruité tel qu'il s'accroche sur la finale et la prolonge longuement. Après cela, même le paradis paraît fade (*****, 3). Je le maintiens toujours.

Dégusté la semaine dernière en compagnie de Nicolas Heath, le Fonseca 2000 affichait la même race, la même densité satinée, le même moelleux dans le fruité, la même profondeur abyssale, seulement en plus austère. Grand vin qui, ne soyons pas chiche, mérite son prix.

C'est en 1948 que Fonseca Guimaraens et Taylor Fladgate & Yeatman s'associent tout en maintenant leur indépendance respective au chapitre de la gestion. Trois propriétés — les quintas do Panascal (27 hectares), do Cruzeiro (13 hectares) et de Santo Antonio (neuf hectares) — fournissent environ 30 % de la matière première à Fonseca Guimaraens.

L'année de la récolte est exceptionnelle, comme en 2000, par exemple ? L'approvisionnement se fait, dans ce vintage déclaré « classique », à partir du meilleur de la production des domaines.

L'année de la récolte est légèrement en deçà sur le plan qualitatif, à l'image du 2001 ? Ce vintage « non classique » sera assemblé à partir des parcelles d'une seule quinta, le potentiel de longévité du vin étant le principal critère retenu.

Assurément plus « légers » que le formidable Fonseca 2000, les Vintage Quinta do Panascal et Vintage Guimaraens offraient, dans les millésimes 2001, des profils plus aérés, quoique Guimaraens affichait une force de caractère peu commune avec sa trame puissante et serrée alors que Panascal, plein et moelleux, était plus floral, plus sensuel.

Le clou de la dégustation ? Les cépages touriga nacional, tinta barroca et tinta roriz, goûtés pour eux-mêmes, dans l'excellent millésime 1985. Fascinants.

Mais surtout l'occasion rêvée (et rare) de circonscrire les personnages avant que les « nez » de la maison ne scellent, par l'assemblage (soit en 1987), le sort du vintage, en l'occurrence, ici, Fonseca 1985.

Bien sûr que la somme des parties s'avérait être meilleure que les parties prises séparément tant Fonseca 1985 brillait par sa complexité (****1/2, 2), mais diable, que de révélations livrées par chacun des cépages !

Ils donnaient l'impression d'être complets, de se suffire à eux-mêmes. Touriga Nacional : coloré, fin, profond, dense et structuré. C'est l'armature du vintage.

Tinta Barroca: aromatique, accrocheur, ample, moelleux et séduisant. C'est le physique charnu et charnel du vintage.

Tinta Roriz : gracieux et opulent avec un registre épicé des plus enlevants. On y plonge comme dans un grand Pauillac. C'est l'aspect intellectuel du vintage. Une bien belle leçon de porto !

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À noter que l'excellent Porto Blanc Fonseca, à la fois vineux, riche et plein avec ses saveurs de zestes confits et de fruits secs, sera vendu 12,55 $ entre le 4 et le 14 mars. Il serait imprudent de ne pas en faire provision pour les heures apéro qui baliseront les torrides journées d'été qui s'annoncent (***).

Aussi fort recommandable, de la même maison : le Bin 27 (17,45 $), au fruité soutenu versant allégrement dans la gourmandise (**1/2), et la version LBV 1997 (21,95 $), plus ferme de structure, au fruité abondant à deux doigts du confit. Un LBV traditionnel et donc de moyenne garde (***, 1).

Deux vins maintenant, pas pour toutes les bourses, hélas, mais dignes de mention.

Sena 1999, Valle del Aconcagua, Mondavi-Chadwick (86 $) : cette cuvée s'affine avec les millésimes en offrant déjà, sur une texture fraîche, veloutée et bien serrée, des nuances détaillées de santal, de cassis, de menthe et de fumée. Bon volume mais surtout élégance en milieu de bouche qui termine à la fois sur le fruit et les épices. Harmonieux et long. (***1/2, 2).

Château St-Jean 1999, Cinq Cépages, Sonoma County (87 $) : le quatuor bordelais auquel se greffe le malbec pour un vin corsé et bien vivant, aux tanins fruités et mûrs qui s'enchevêtrent avec rigueur et finesse sur une trame soutenue et, encore une fois, de première fraîcheur. Finale longue, porteuse, vineuse et expressive, relevée avec doigté par un boisé bien travaillé. Très bon (***1/2, 2).

Enfin, pour faire passer les tanins : Riesling Grand Cru Schoenenbourg 1998, Dopp Irion (31 $) ; ce cru est arrivé à un point de saturation tellement fruité et minéral qu'il porte littéralement le palais à bouts de bras, sans le moindre effort, sans même l'idée de le laisser tomber. Un blanc sec arrivé à maturité, majestueux d'intensité, de densité, de race, avec cette longueur sur l'agrume confit qui n'en finit plus de briller. Top ! (****, 2)

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Info SAQ : % (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com.

Potentiel de vieillissement du vin 1 : moins de cinq ans ; 2 : entre six et dix ans ; 3 : dix ans et plus.

jean-aubry@vintempo.com

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Les vins de la semaine

Les vins sont notés de 1 à 5 avec des 1/2.

C = Le vin y gagne avec un séjour en carafe.

La bonne affaire

La Vieille Église blanc 2002, Côtes du Marmandais, Cave de Cocumont (12,65 $)

Un sauvignon blanc sec aux arômes de pomme, de citron et de pêche de vigne, appuyé en bouche par une certaine rondeur que vient renforcer une acidité légèrement en retrait. (1) (Note: 2)

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L'oublié ?

Capitel Croce 2001, Anselmi, IGT Veneto (26,20 $)

Eh bien oui, il en reste, allez savoir pourquoi ! Surtout qu'à ce prix, ce blanc sec suave, ample, velouté, vivant et caressant par l'ampleur de son fruité demeure, à mon sens, la référence en matière de blanc dans la région. Et signé Anselmi avec ça ! Commencez avec le prosciutto melon, terminez avec une volaille à la crème. (1) (Note: 3 1/2 +C)

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La primeur en blanc

Sylvaner Crystal d'Alsace 2001, Dopff & Irion (14 $)

Un blanc sec bien tendu, parfumé, direct et droit de caractère mais qui sait aussi s'amuser autour d'endives au jambon à la crème relevées d'une pointe de muscade. Fini net, sur une impression de minéral qui l'allège plus encore. (1)(Note: 2 1/2)

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La primeur en rouge

Shiraz 2002, Deakin Estate, Victoria, Australie (14,95 $)

Plus musclé que le 2001, il me semble, ce qui en fait un haltérophile doublé d'un lutteur de sumo de premier plan. Heureusement, il y a la fraîcheur pour bien huiler les mécaniques en rendant plus crédible un apport fruité des plus suggestifs. Ouf ! À boire et à manger, surtout sur la terrine de sanglier. (1) (Note: 2 1/2)

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Le vin plaisir

Fixin 2000, Vincent et Denis Bertaut (31,75 $)

Quelque chose qui tient du Gevrey-Chambertin pour la trame tannique et du Marsannay pour les parfums sauvages, tout en demeurant altier et téméraire comme un Fixin vinifié et élevé de façon traditionnelle. Une superbe bouteille déjà très accessible, au fruité net et pur, parfaitement balancé, sans une once de dilution ni d'extraction poussée. (2) (Note: 3 1/2 +C)