Nature: Un peu de lumière pour les forêts brumeuses

Un récent rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) indique que les forêts brumeuses de la planète sont moins vastes d'un cinquième par rapport aux évaluations antérieures et que ce patrimoine naturel réduit — 400 000 kilomètres carrés en tout, ou 2,5 % des forêts tropicales humides — est menacé partout, de même que les populations humaines qui en dépendent pour leur alimentation en eau et leur subsistance.

L'étude en question révèle par ailleurs un fait surprenant: l'essentiel de ces forêts se retrouve non pas en Amérique latine mais en Asie.

Un des auteurs du rapport, Philip Bubb, du PNUE, décrit ainsi les forêts brumeuses qu'il a tout particulièrement étudiées au Mexique: «Les forêts brumeuses sont d'une beauté et d'une luxuriance époustouflantes. Des orchidées, des fougères et des mousses couvrent toutes les surfaces. Chaque branche d'arbre est un jardin en elle-même. L'atmosphère y est humide et fraîche; une étrange brume flotte au-dessus de la forêt tout au long de la journée, ce qui fait que le chant des oiseaux y porte très loin. Quant le soleil perce à travers la voûte de feuillage, la lumière fait ressortir les couleurs vives du feuillage et des fleurs.»

Les forêts brumeuses ont la propriété de capter l'humidité de l'air en se servant du mécanisme de condensation qui forme les nuages, ce qui les rend particulièrement sensibles aux changements climatiques. «Si les températures augmentent d'un degré dans les plaines, explique Philip Bubb, cela revient à une augmentation de deux degrés dans les montagnes, ce qui pourrait entraîner la dissipation des nuages et, donc, la disparition de la forêt. Le phénomène El Niño de 1987, qui, selon certains chercheurs, était plus intense à cause du réchauffement de la planète, a provoqué plusieurs semaines de climat sec dans la forêt brumeuse du Monteverde, au Costa Rica. En conséquence, 25 des 50 espèces de grenouilles et de crapauds de cette forêt ont disparu et seulement cinq ont réapparu depuis.»

Ces forêts sont essentielles aux humains car elles constituent souvent leur principale réservoir d'eau potable, particulièrement en période de sécheresse. Par exemple, les forêts brumeuses du parc national de La Tigra, au Honduras, assurent près de 40 % des besoins en eau des 850 000 habitants de la capitale, Tegucigalpa. Quito, Mexico et Dar es-Salaam sont autant de villes elles aussi dépendantes des forêts brumeuses.

Une douzaine de menaces pèsent sur ces forêts dont la disparition progressive, souvent au profit de grandes entreprises, menace généralement les moyens de subsistance des peuples indigènes. L'exploitation forestière, le défrichement à des fins agricoles et les percées routières qui segmentent la forêt, comme des barrages sur un cours d'eau, viennent en tête du palmarès des menaces. Pour le PNUE, certaines de ces forêts vont prendre jusqu'à 300 ans à se remettre du déséquilibre de simples percées routières. La culture illégale de l'opium et des feuilles de coca frappe aussi ces forêts en Colombie, en Bolivie, au Pérou et au Venezuela. À certains endroits, comme à Hawaii, des plantes et des oiseaux ont disparu à la suite de l'introduction d'espèces étrangères comme les cochons sauvages.

Pour les responsables de la Convention sur la biodiversité, la protection de ces forêts uniques constitue une priorité car, même à l'ère de l'exploration de Mars, on y découvre encore des espèces vivantes. En 1990, le jocotoco antpitta, un oiseau, a été découvert dans les 5000 hectares brumeux de l'Équateur. Un autre a été repéré à la même époque près des sources du rio Cushabatay, au Pérou. En Asie, en 1996, on a découvert rien de moins qu'une espèce inconnue de vache alors que deux nouvelles espèces de cerfs ont été découvertes dans les forêts brumeuses de l'Annamite du Vietnam et du Laos.

Le capital génétique de ces forêts est époustouflant. Au Pérou, plus de 30 % des 272 espèces de mammifères, d'oiseaux et de grenouilles endémiques habitent les forêts brumeuses. En Équateur, la forêt de Centinella recèle 90 plantes endémiques sur... 20 kilomètres carrés. Un capital alimentaire de premier plan s'y cache: des chercheurs ont récemment découvert que ces forêts abritent des variétés sauvages de papayes, de tomates, de fruits de la passion, d'avocats, de haricots, de mûres, de concombres, de pommes de terre et de poivrons.

Tarification illégale ?

Dans une lettre adressée le 16 février au ministre délégué aux Forêts, à la Faune et aux Parcs, Pierre Corbeil, un saumonier de renom, Guy-Noël Chaumont, demande littéralement une enquête sur un système de tarification mis en place dans les ZEC à saumons, dont il met en question la légalité et la légitimité. Plusieurs ZEC à saumons imposent en effet aux pêcheurs une taxe qui est acheminée à l'organisme connu sous le nom de Gestionnaires de rivières à saumons (GRSQ). Or, note M. Chaumont, les GRSQ n'ont aucun pouvoir de taxation et les membres des ZEC ne peuvent voter sur la pertinence du dollar imposé pour chaque journée de pêche afin de financer cet organisme central que les ZEC à saumons se sont donné et qui menace par son retrait de liquider la Fédération québécoise du saumon atlantique (FQSA).

«Si un pêcheur ne veut pas encourager les GRSQ parce qu'il n'est pas d'accord avec leur politique d'incitation de vente de nos rivières à saumons publiques sur les marchés étrangers, il n'a guère d'autre choix que de cesser de pêcher au risque d'encourager les GRSQ», écrit Chaumont, qui met tout autant en question la légalité des frais de cinq à six dollars exigés — une autre «taxe déguisée» — pour s'inscrire au tirage des droits de pêche disponibles.

Chaumont tire à boulets rouges sur la politique des ZEC, qui éloigne de plus en plus de pêcheurs québécois des rivières à saumons: «La double tarification imposée aux pêcheurs étrangers incite maintenant nos gestionnaires de certaines ZEC à aller vendre nos rivières aux étrangers» en priorité parce que l'opération leur rapporte davantage de revenus. C'est ce que Chaumont appelle le «néoclubbage par le fric», une stratégie d'ailleurs encouragée «par le programme de mise en marché des GRSQ, financé, ai-je appris, par une subvention du gouvernement fédéral qui provient de nos impôts».

«En somme, conclut Chaumont, nous payons maintenant une taxe indirecte sur nos cartes de réservation de pêche et sur nos excursions de pêche pour financer les GRSQ qui, à leur tour, utilisent cet argent et l'argent de nos impôts par la voie de subventions fédérales pour aller vendre nos rivières à l'étranger. Le système n'a pas de bon sens.»

C'est en fin de semaine que les membres du GRSQ décideront s'ils forment une fédération distincte de la FQSA, un organisme qui a peu de chances de se remettre du retrait des gestionnaires de ZEC. Un dossier en forme de baromètre des politiques fauniques, qu'il faudra suivre de près.

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- Lecture: le guide Pêche à la mouche 2004 vient de paraître en kiosque. Incontournable pour les mordus, certes, mais une mine d'inspiration pour les adeptes en rodage.
- Visite: c'est hier soir qu'a commencé le Salon camping, chasse et pêche à la Place Bonaventure. Un incontournable pour qui veut préparer méticuleusement la prochaine saison, ne serait-ce que pour se rappeler qu'après la neige, la raquette et le ski, c'est le temps de la pêche, du camping, du canot et de la randonnée, entre autres. Quand je pense qu'il y en a qui se demandent quoi faire de leurs fins de semaine ou qui croient vivre intensément devant un écran cathodique...