Le plongeon en soi

Vous auriez tort de vous inquiéter. Il existe un truc efficace à tout coup, 100 % garanti, pour conserver sa santé mentale et ne pas se ramasser à l’urgence avec une pathologie des nerfs de nature à gâcher la vie, dont on n’a qu’une (sauf James Bond, mais son cas est particulier, on y reviendra un de ces jours, quand l’actualité s’y prêtera). Il s’agit de plonger en soi-même et de faire comme si cet univers de bruit, de fureur et de stupidité qui nous entoure n’existe pas. C’est tout, et c’est la seule méthode connue.

Quelques exemples pour nous aider à cheminer vers l’inconscience salvatrice ? D’abord, Nick Saban. Entraîneur-chef de l’équipe du Crimson Tide d’Alabama, Saban est l’un des pilotes les plus en vue du football universitaire aux États-Unis. Il est donc normal qu’on lui demande cette semaine ce qu’il pensait de tout cela, tout cela étant bien entendu l’accession de The Donald à la tête du monde libre.

« C’est si important pour moi que je ne savais même pas qu’il y avait une élection, a répondu Saban. Nous nous concentrons sur d’autres choses ici. »

« J’espère simplement que peu importe qui est notre leader, il fera tout en son possible pour que nous ayons un pays sûr et que la qualité de beaucoup de gens s’améliore, et je ne pense pas que je suis qualifié pour déterminer qui cette personne devrait être. »

Dommage qu’on n’en trouve pas davantage pour penser comme lui, est-on vaguement enclin à songer en regardant novembre par la fenêtre.

Ou encore, DeMarcus Cousins, le basketteur et joueur de centre étoile des Kings de Sacramento, à qui on a demandé s’il avait assisté au spectacle de Paul McCartney. Quelques jours plus tôt, l’ancien des Beatles avait été le tout premier artiste à se produire au nouveau Golden 1 Center, le domicile des Kings à compter de cette saison.

« Je ne sais pas qui est Paul McCartney », a répondu Cousins.

Vous voyez, c’est d’une simplicité désarmante.

L’inconscience peut aussi vous venir en aide si vous prenez pour une équipe qui s’adonne à traverser une mauvaise passe depuis 30 ou 40 ans ou encore plus. Les Browns de Cleveland, mettons, qui n’ont rien gagné depuis les beaux jours de Jim Brown — qui est devenu octogénaire cette année —, qui montrent un ronflant rendement de 0-10 cette saison et présentent du jeu si tellement épouvantable qu’on préfère prétendre qu’ils ne sont qu’une projection de notre esprit fiévreux.

Tenez, jeudi encore, contre les Ravens de Baltimore, les Browns ont trouvé le moyen d’offrir à l’amateur qui suit le football depuis près d’un demi-siècle quelque chose qu’il n’avait encore jamais vu. Ils ont en effet pris un temps d’arrêt avant le premier jeu du match depuis la ligne de mêlée. Parfaitement, madame : avant le premier jeu du match. C’est qu’ils avaient 12 joueurs sur le terrain. On appelle cela une mécanique finement huilée.

Ou peut-être les Browns ont-ils eux aussi décidé que le reste du monde ne vaut pas la peine d’exister.