L’espoir et les petits gestes

Le 4 novembre 2008, mes yeux pleins d’eau étaient rivés à mon écran de télévision. Mes oreilles buvaient les paroles de Barack Obama, nouvellement élu. Aujourd’hui, j’accueille défavorablement l’élection de Donald Trump, mais l’espoir qui résonnait il y a huit ans n’est pas éteint. Au contraire, c’est justement quand on a l’impression que rien ne va plus que l’espoir a le plus de valeur. À mon avis, cet espoir repose sur nos propres petits gestes, aussi petits soient-il, relativement au poids des décisions politiques.

Selon John Wooden, l’un des plus grands entraîneurs de l’histoire, « si vous devenez trop absorbés et préoccupés par les choses que vous ne contrôlez pas, celles que vous contrôlez en seront négativement affectées ». Les bons entraîneurs créent un environnement qui permet à leurs athlètes d’agir au meilleur d’eux-mêmes, indépendamment des aléas : jugements erronés de l’arbitre, défaites, blessures. Dans mon quotidien, mon équipe et moi enseignons justement cette notion à des entraîneurs qui oeuvrent en milieu défavorisé. En accord avec cet enseignement, je me permets donc de partager candidement deux pistes d’action que j’entends explorer, en réponse aux élections américaines.

Comprendre l’opinion contradictoire

Premièrement, chercher à comprendre l’opinion de ceux et celles qui sont en désaccord avec moi.

Ma compréhension des élections américaines s’est largement forgée par la consommation de médias démocrates et des échanges avec mon entourage anti-Trump. Coupable de biais de confirmation. Selon ce mode de pensée sélective, l’humain privilégie naturellement les informations qui confirment ses croyances et il ignore ou sous-estime celles qui les contredisent. Cela limite les débats utiles dans une saine démocratie.

Ce biais se manifeste d’autant plus fortement à l’ère des médias sociaux. Les algorithmes de Facebook opèrent de manière à nous présenter les publications provenant de pages qui correspondent à nos propres intérêts. Le tout se complète par des publications de gens qui, souvent, partagent nos opinions. En somme, un cocktail qui empêche de capter les opinions contradictoires. Et pourquoi pas suivre avec curiosité des fils d’actualité qui s’opposent à nos idées ? Mieux encore, échanger de vive voix, sans jugement, avec de vraies personnes ?

Je salue le Youtubeur Frédéric Bastien Forrest, qui s’est rendu en Floride cette semaine pour vivre les élections avec des fans de Donald Trump. « Le monde gagnerait plus à faire ça : aller voir du monde qu’il ne comprend pas et juste l’écouter parler. » Merci, Fred.

Discrimination systémique

Deuxièmement, contribuer à la lutte contre la discrimination individuelle et systémique.

Il serait hasardeux d’attribuer la victoire de Donald Trump à un seul facteur. Néanmoins, force est d’admettre que la discrimination, tant individuelle que systémique, a agi comme élément contributeur de l’élection de Donald Trump. Par leur vote, 58 % des électeurs blancs ont cautionné le racisme, la xénophobie et la misogynie du nouveau président.

Et que dire des institutions ayant limité le vote des minorités ? En Caroline du Nord, la Cour d’appel fédérale a invalidé en juillet les dispositions d’une loi de cet État ayant pour effet de réprimer le vote noir « avec une précision presque chirurgicale ». Le Parti républicain dans cet État, qui gère l’organisation des bureaux de vote, les a néanmoins organisés en novembre de façon à limiter les lieux de vote par anticipation ainsi que les heures de vote en soirée et la fin de semaine, des moments qui auraient favorisé les électeurs pauvres et issus des minorités qui n’ont pas le loisir de voter le jour, sur semaine.

Je n’avance pas que le racisme s’exprime au Québec et au Canada avec la même intensité qu’aux États-Unis. La prudence suggère toutefois de reconnaître que la montée de la droite populiste en Occident, dans toute sa complexité, est alimentée notamment par la discrimination. La curiosité en regard de ce phénomène est pertinente afin d’explorer comment il se manifeste ici, afin d’en contrer les effets.

C’est en ce sens que je souhaite, avec toutes les limites de ma bonne volonté, continuer à lutter contre la discrimination lorsque l’occasion s’y prêtera.

Un certain désarroi m’habite encore au lendemain de l’élection de Donald Trump. J’appréhende les impacts sur l’échiquier mondial. Cependant, je continue d’espérer. De l’Antiquité à aujourd’hui, l’Histoire a connu des chapitres ressemblant à des tunnels sans fin pour leurs contemporains. Un regard vers le passé permet toutefois de réaliser que, grâce aux humains, tous ces chapitres ont eu une fin. Il nous appartient donc de définir quels petits gestes chacun d’entre nous va poser afin d’écrire le chapitre en cours.

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7 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 11 novembre 2016 07 h 47

    Vision très réductionniste

    C'est le second article sur le racisme que je lis de ce journaliste en quelques semaines. Cet analyse des élections aux États-Unis est discriminante, biaisée et réductionniste. Les Américains souffrent et ont besoin qu'on les rassure sur leur avenir et l'avenir de leurs enfants. L'Amérique profonde a sacrifié beaucoup de ses enfants pour l'amour de la liberté et de la démocratie, et ont été le moteur des industries pendant des décennies. Aujourd'hui, ils sont les premières victimes du mondialisme sauvage et de la désindustrialisation des pays occidentaux. Trump a fait écho à leur détresse. Non, ce n'est PAS le racisme, la xénophobie ou l'islamophobie qui les ont poussés à voté pour Trump, mais bien leur souhait d'élire un leader qui remettra les États-Unis et les Americains sur la voie de la prospérité. J'espère de tout coeur que Trump et les membres de son parti au Sénat réussirontt ce tour de force, bien que je doute de leur bonne foi. Le vrai leader et "sauveur" viendra probablement du peuple, et devra forcément être patriotique et amoureux de ses compatriotes.

    • Christiane Gervais - Inscrite 11 novembre 2016 15 h 46

      C'est le ton habituel de ce chroniqueur qui, par ses textes, nous rappelle que le populisme ne loge pas qu'à droite!

    • Christiane Gervais - Inscrite 11 novembre 2016 17 h 05

      Oui, il y a des personnes qui sont racistes au Québec, comme partout au monde, chez les humains de toutes les origines, de toutes les couleurs, d'Orient et d'Occident, qui se disent de la gauche et de la droite, mais que le Québec soit un état, une province, une nation qui pratique le racisme systémique est, de la part de ce chroniqueur, une affirmation elle-même raciste!

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 12 novembre 2016 12 h 22

      Je suis complètement d'accord avec vous, madame Gervais.

  • Marc Therrien - Abonné 11 novembre 2016 08 h 20

    Sortir de l'égocentrisme

    J'apprécie votre effort de mettre en lumière de façon pragmatique des éléments de compréhension et des pistes de solution permettant de mieux composer avec le phénomène. Permettez-moi d'y apporter ma petite contribution. Pour réussir ce que vous nous proposez, il faut aussi arriver à prendre conscience d'un autre biais cognitif, celui de l'égocentrisme. De pouvoir sortir de son propre cadre d'analyse personnelle pour s'intéresser à celui de l'autre, demande qu'on soit capable de se décentrer de soi-même pour partir à l'aventure à la découverte de l'autre. Pour ce faire, il faut être assez confiant en soi-même pour quitter un sentiment de sécurité personnelle, se détacher du rapport affectif avec les pensées qu'on aime, qui nous sont familières et qui nous valorisent et vivre le risque de la perturbation et des turbulences que peut provoquer en nous la vision du monde de l'autre si différente. Entrer en dialogue demande qu'on soit capable de considérer que nous ne sommes pas nos idées et nos émotions et que l'ouverture au point de vue de l'autre pourrait même nous amener à changer d'idée ou d'émotion sans être anéanti pour autant. L'échande de paroles signifiantes avec autrui, dire-écouter-répondre-redire, etc. peut être une expérience positive de transformation personnelle. Pour la vivre sereinement, il est préférable d'être capable d'accepter "de ne plus jamais être le même'' au sortir d'un dialogue fécond.

    Marc Therrien

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 11 novembre 2016 08 h 27

    Je crois que vous avez une clef importante M. Fabrice Vil !


    " Il nous appartient donc de défénir

    quels petits gestes

    chacun d'entre nous va poser

    afin d'écrire le chapitre en cours . "

    ( Fabrice Vil )

  • André Dumont - Abonné 11 novembre 2016 09 h 36

    L'espoir et les petits gestes

    Félicitations pour votre article. Très éclairant et de bon jugement. Vous n'avez pas peur de nous prévenir de vos biais possibles et de les accepter. Une belle confiance en vous et une belle honnêteté. Bravo .