Cinéma - Dépôt et sacrifice

À l'heure où la tourmente financière s'abat sur la Cinémathèque québécoise, plusieurs s'interrogent sur ce qu'il est advenu de la bonne nouvelle annoncée récemment par la ministre de la Culture, Line Beauchamp. À savoir: l'instauration sous peu du dépôt légal obligatoire à la Cinémathèque pour toutes les oeuvres cinématographiques et télévisuelles soutenues par les programmes du gouvernement du Québec.

Cette annonce, survenue le 24 octobre dernier, coïncidait avec le versement à l'institution du boulevard de Maisonneuve d'une somme de 550 000 $ permettant à celle-ci de renouveler ses équipements informatiques (avec la mise en ligne éventuelle de sa base de données), d'aménager les lieux physiques, de normaliser certains espaces de conservation, de procéder à un premier élagage de ses collections, tout ça en prévision de l'instauration officielle du dépôt légal, quelque part en 2004.

La Cinémathèque s'est déjà attelée à la tâche. Et si elle est d'abord la conséquence des difficultés financières, la suspension des activités publiques de l'été, annoncée il y a 15 jours, a pour objectif de faire accélérer les choses. Seule ombre au tableau, à ce chapitre: le dépôt légal est une des nombreuses dispositions comprises dans le nouveau projet de loi sur le cinéma que l'Assemblée nationale devait avaliser dès sa rentrée. Mais celle-ci est repoussée, et le projet fait encore l'objet d'ajustements, selon le directeur de la Cinémathèque québécoise, Robert Boivin: «Notre article n'en est qu'un parmi plusieurs autres de cette loi, et il n'est pas en cause», précise-t-il.

Reste néanmoins au gouvernement à fixer le montant de l'aide financière qui sera attribuée pour le dépôt légal et la forme que prendra cette aide: financement direct d'une équipe dédiée au dépôt légal ou paiement à la pièce pour chaque dépôt de film ou de bande. «D'ici un mois, on devrait s'asseoir avec les gens du ministère pour définir la chose. Ça se fera sans doute après le discours du ministre des Finances et l'annonce du budget alloué.»

À la vue des problèmes de financement auxquels la Cinémathèque québécoise fait face, on se demande néanmoins s'il y a lieu de s'inquiéter pour le sort du dépôt légal ou pour l'usage fait à la Cinémathèque de la somme déjà versée. Boivin précise: «Le dépôt légal, c'est une chose. Le sort de la Cinémathèque, c'en est une autre. Le dépôt légal n'est pas un moyen de remédier aux problèmes financiers de la Cinémathèque. Il s'agit de toute façon d'argent dédié, de sorte que ces 550 000 $ qu'on a déjà reçus, on n'aurait pas pu les affecter au déficit.»

Lequel déficit s'élève à 579 000 $. D'où l'ironie de voir, quelques mois après l'attribution de cette somme, la Cinémathèque demander au même gouvernement une aide supplémentaire, dédiée cette fois au fonctionnement et à la pérennité de l'institution. Sans attendre la réponse, les dirigeants de la Cinémathèque ont retroussé leurs manches: «Nous avons préparé un plan de redressement [un plan quinquennal impliquant des compressions de quelque 400 000 $] afin d'assainir les finances de la Cinémathèque et la rendre apte à poursuivre sa mission. Nous avons cependant épargné dans ces compressions les activités qui sont de l'ordre de la conservation, parce que [avec l'avènement du dépôt légal] nous avons des responsabilités à ce titre.»

Bref, tout en réclamant un soutien supplémentaire au gouvernement du Québec pour cause de dette accumulée et de gêne chronique, la Cinémathèque se voit dans l'obligation de le rassurer sur la mission que celui-ci vient de lui confier. Ne perd-il pas, du coup, sa meilleure carte?

Tout courts

Le ciel du Saguenay serait plus clément pour le 7e art, comme en fait foi l'ouverture jeudi soir de la huitième édition de Regard sur le court métrage, événement organisé par l'équipe de Caravane Films, qui se partage entre l'Auditorium Dufour de Chicoutimi et la salle François-Brassard de Jonquière. L'événement prend fin demain soir avec un programme de huit courts, qui s'ouvre avec Une minute pour l'indépendance, de Pierre Falardeau, présent sur les lieux puisqu'il fait l'objet d'une rétrospective, et s'achève avec L'Homme sans tête, du Franco-Argentin Juan Solanas, lauréat la semaine dernière du César du meilleur court métrage pour ce film puissant et inoubliable.

D'ici demain, les quelque 8000 Saguenéens attendus sur les lieux de l'événement auront eu l'occasion de se farcir quelque 80 courts métrages, dont près de la moitié sont internationaux. Plénières, rencontres, événements Kino, hommages et cartes blanches composent le menu de cette édition qui réquisitionne les responsables des festivals de Clermont-Ferrand, de Bruxelles, de Rimouski, de Trouville-sur-Mer et bien sûr de Montréal, en la personne de Danny Lennon, programmateur des soirées Prends ça court!

Parlant de courts métrages, La Longue Nuit du court a lieu ce soir, ou plus précisément dans la nuit d'aujourd'hui à demain au Cinéma de l'ONF, à la Cinémathèque, au musée Pointe-à-Callière et au Cinéma du Parc. L'heure des séances (20h, 23h) varie d'un programme à l'autre. Les organismes qui les chapeautent (Festivallissimo, Nuit blanche, Silence on court) varient d'un chapiteau à l'autre. À l'ONF, à la Cinémathèque et au MPAC, l'entrée est libre. Pas au Cinéma du Parc. Organisée dans le cadre du festival Montréal en lumière, cette Longue Nuit du court (et tous ses satellites) est un véritable casse-tête. Pour s'y retrouver, mieux vaut aller sur les sites www.silenceoncourt.tv et www.montrealenlumiere.ca.

Vous pouvez entendre Martin Bilodeau trois fois par semaine dans le cadre du magazine quotidien Aux arts, etc. (midi dix) de la Chaîne culturelle de Radio-Canada, animé par Johanne Despins.