Mettez-y du Zingst!

Une œuvre du Vancouvérois Eric Klemm
Photo: Carolyne Parent Une œuvre du Vancouvérois Eric Klemm

En ce jour de mi-octobre dernier, il soufflait sur Zingst, une station balnéaire située sur une péninsule, en ex-Allemagne de l’Est, une bise (mal)venue de Russie qui, normalement, aurait dû nous faire préférer le sauna au carré de sable. Eh bien, nein : Canon ou Leica sous le coupe-vent, nous étions nombreux à arpenter la plage en quête d’un sujet à croquer.

Situé dans le land de Mecklembourg-Poméranie-occidentale, ce village de 3000 âmes tient chaque année depuis 2008 l’Horizonte Zingst, un festival de photographie pour amateurs et professionnels qui déborde allègrement des neuf jours de sa tenue… en mai. « Il a été créé initialement pour promouvoir la destination dans l’arrière-saison », explique Simone Marks, responsable marketing à l’Office de tourisme de la ville. Or voilà qu’il attire du monde presque l’année durant.

Pourquoi ? Parce que, de la vingtaine d’expositions dévoilées pendant l’événement, plusieurs sont présentées à l’extérieur et y restent jusqu’au prochain festival.

Parce que le patelin compte six — oui, six — galeries photo, dont l’une des rares galeries Leica de par le monde (et c’est bien la seule chose qu’il ait en commun avec Tokyo !). Parce que 150 causeries et ateliers photo portant sur une foule de sujets (photo macro, érotique, art du portrait, etc.) sont donnés ici annuellement.

Et c’est sans compter les projets qui se greffent à Horizonte Zingst, comme celui d’embellir les portes de garage de la localité en y apposant des photos géantes présentées lors d’éditions passées du festival. Ou encore celui d’Olympus : la compagnie prête sans frais, à qui le veut bien, un appareil photo à essayer le temps d’un parcours comprenant huit installations qui nous font à la fois explorer le village, découvrir des artistes et amadouer un E-M10-Mark II. Brillant !

Viser juste

Une bourgade pour Kid Kodak, Zingst ? Tout à fait ! En s’y installant, Klaus Tiedge, photographe, auteur, fondateur du festival et conservateur, avait d’ailleurs remarqué que les touristes y venaient spécialement pour photographier la mer, les paysages du parc national du lagon de Poméranie occidentale, qui englobe presque toute la péninsule Fischland-Darss-Zingst, bref, pour immortaliser la nature. « Ça m’a donné l’idée d’un festival de photo qui sensibiliserait la population à la beauté de cette nature, car, quand on apprécie quelque chose, on en prend soin. » Antoine de Saint-Exupéry n’est pas loin...

Ainsi est né il y a presque 10 ans un rendez-vous photographique unique, dédié exclusivement aux images témoignant du rapport de l’homme à son environnement naturel. « Et ce ne sont pas que de belles images, car elles adoptent souvent un point de vue politique », dit Simone Marks, en attirant mon attention sur les photos sous-marines de Reinhard Dirscherl, qui montrent des poissons en mauvaise posture à cause de l’inconscience des hommes.

« Une des raisons de la popularité du festival est d’ailleurs qu’il est controversé », ajoute-t-elle. En 2015, il a attiré 30 000 personnes, soit plus de quatre fois le nombre de ses débuts.

Et le mois dernier, il fallait voir la foule se presser à la Max Hünten Haus, qui réunit des salles d’exposition, une école de photographie, un studio d’impression photographique dernier cri et deux bibliothèques, dont une rassemblant les 2000 ouvrages de photos de la collection personnelle de Klaus Tiedge.

« Ce festival international vise aussi à montrer ce qu’est la photographie de qualité et à inspirer les gens à prendre de meilleures photos », dit encore l’ex-éditeur hambourgeois de Designers Digest. Mais qu’est-ce donc qu’une photo de qualité ? « Disons que ça part de l’oeil et que ça touche le coeur ! »

Mise au point

Bien sûr, un festival de cette envergure ne vit pas que des droits d’entrée à ses ateliers. Il est commandité en long, en large et en travers par Adobe, GEO et autres Hasselblad. Et il profite aussi, tiens donc, de cette fameuse taxe sur l’hébergement que fixent et perçoivent les villes et les stations balnéaires allemandes. À Zingst, elle va chercher dans les 2,80 euros par personne, par nuitée, en haute saison, et 1,20 euro en basse saison. Même le séjour des chiens est taxé !

Au Québec, une taxe similaire, récemment uniformisée à 3,5 %, est levée par nuitée et unité d’hébergement. Et elle aussi sert à promouvoir les destinations et à créer des projets touristiques générateurs d’emplois dans le cadre du Fonds de partenariat touristique.

Au fait, y a-t-il encore quelqu’un qui doute de son bien-fondé et de la nécessité pour tous, y compris les plateformes de location de logements à la Airbnb, de la percevoir ?

Si Zingst a trouvé le moyen de ne pas rouler ses trottoirs l’automne venu comme le font les stations balnéaires voisines, c’est grâce à une kolossal idée, certes, mais aussi à des moyens financiers. Les idées de génie ne manquent pas davantage au Québec. Veillons seulement à préserver l’apport financier qui permet de les réaliser.

Aux amateurs de photographie : la 10e édition de l’Horizonte Zingst se tiendra du 20 mai au 1er juin 2017.