Qui sont ces 1 %?

Ces 1 % les plus riches ne sont pas que des milliardaires se bataillant pour une place dans le classement des plus riches de Forbes 500. On les retrouve surtout à la tête d’une entreprise familiale.

Les auteurs Michael Carney et Robert S. Nason, de la John Molson School of Business de l’Université Concordia, ont épluché les données américaines cumulées par la Réserve fédérale. La population des 1 % comprend quelque 1,6 million de familles. La valeur nette type est de 29 millions $US, et cette fortune vient, dans une large proportion, de la propriété et de l’exploitation d’une PME, généralement de structure familiale.

Les auteurs ont ainsi travaillé à défaire les préjugés que peuvent nourrir les plus nantis de ces 1 %. Ou encore atténuer cet accent mis sur cette élite capitalistique ou sur ces riches familles ancestrales, venant d’un système de valeur priorisant la rémunération liée à la performance et les options d’achat d’actions imposant son diktat de court terme, et faisant de l’ombre à une gouvernance de nature plus familiale.

Ainsi, 76 % de la population composant les 1 % détient et gère activement une entreprise (87 % possède plus d’une entreprise privée sans autre indication quant à la nature de ces entreprises, et si elles sont localisées dans des endroits fiscalement avantageux). Peu importe, « l’entreprise familiale occupe un large spectre du monde des entreprises américaines », ont souligné les auteurs, qui font ressortir le taux d’épargne élevé de ce segment. Et selon les données des auteurs, le membre type des 1 % se retrouve à la tête d’une entreprise générant des revenus de 13 millions et employant une trentaine de personnes.

Bref, « la personne type composant les 1 % exploite une PME lucrative dont l’exploitation lui procure un revenu confortable ».

Concentration de la richesse

Il y a, certes, concentration de la richesse, entre les mains d’une petite élite composant l’échelon le plus élevé des 1 %. Les auteurs prennent soin de préciser que le phénomène des inégalités renferme l’écart des revenus et l’écart de richesse. « Il est démontré que les inégalités de richesse sont plus prononcées. » Et une grande partie de l’accroissement résulte d’une dynamique de transfert intergénérationnel.

Les chercheurs de Concordia reprennent les données d’autres études estimant que les familles les mieux nanties occupant le sommet des 1 % retenaient 30 % de la richesse nationale en 1950. Cette proportion est passée à 38,5 % en 1995. Dans son discours à la nation de 2014, le président américain Barack Obama retenait un poids de 40 % alors que dans ses estimations pour 2016, l’ONG Oxfam retenait un contrôle sur plus de 50 % de la richesse nationale.

Mais en rétrécissant l’échantillon aux quelque 160 000 familles composant la classe des ultrariches, il est mesuré que le poids de leur valeur nette est passé de 12 à 22 % de la richesse nationale entre 1979 et 2012.

Ce groupe favorisé est tout sauf homogène. Pour y accéder, l’Américain devait gagner une rémunération de près de 693 000 $US en 2013. Ou encore, il fallait détenir un actif de près de 8 millions. Aussi faut-il décortiquer la richesse des ménages entre les éléments d’actif non financier et financier. En moyenne, les 1 % détenaient 66 % de leur avoir sous forme d’actif non financier. Mais entre la moyenne et la médiane… Elles étaient respectivement de 52 millions et de 16 millions pour l’actif non financier, de 28 millions et de 9 millions respectivement pour l’actif financier.

Transfert intergénérationnel

La réalité dans ce segment privilégié diffère également de ces scénarios illustrant ces transferts entre générations au sein de riches familles. Ainsi, pour nombre d’entre eux, la richesse est accumulée durant la vie active pour ensuite alimenter les besoins à la retraite. Leur patrimoine est composé d’une résidence principale et d’un régime de retraite, ce qui limite d’autant le processus de l’héritage. Là aussi un écart s’observe selon que la richesse vient d’un revenu de travail ou de la propriété d’une entreprise.

« À l’exception d’une résidence principale, la vaste majorité des ménages [composant les 1 %] détient peu d’éléments d’actif à transmettre aux générations suivantes. Ce faisant, les grandes successions s’observent dans le segment supérieur. » Et les auteurs de rappeler que ce mécanisme de transfert intergénérationnel contribue largement au creusement des inégalités.

Autrement dit, 80 % des individus composant la liste de Forbes 500 en 2011 venaient d’une famille déjà aisée, contre 20 % ayant eux-mêmes bâti leur propre fortune.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 5 novembre 2016 10 h 21

    Et ici ?

    Bien amusant que les économistes de l'U. Concordia analysent la structure de la richesse chez nos voisins, mais ne serait-ce pas encore plus intéressant de savoir ce qui en est au Canada, ou au Québec ?