La morosité de mi-mandat

Aux États-Unis, les élections de mi-mandat, qui permettent de renouveler la totalité de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat, sont traditionnellement défavorables au parti qui occupe la Maison-Blanche, malgré de rares exceptions. En 2014, les républicains avaient repris le contrôle du Sénat, ce qui avait considérablement limité la marge de manoeuvre du président Obama en deuxième moitié de mandat.

Il n’y a pas d’équivalent de ces élections de mi-mandat dans notre système politique. Il faudrait des circonstances tout à fait exceptionnelles pour qu’une série d’élections partielles modifie le rapport de force à l’Assemblée nationale. Les quatre élections partielles dont le gouvernement Couillard devrait annoncer sous peu la tenue le 5 décembre n’en seront pas moins riches d’enseignement à deux ans des élections générales.

Celles de juin 2002 avaient été annonciatrices de la défaite péquiste de l’année suivante. Contre toute attente, l’ADQ l’avait emporté dans Joliette, que Guy Chevrette représentait depuis plus d’un quart de siècle. Dans la circonscription voisine de Berthier, le candidat-vedette du PQ, David Levine, dont Bernard Landry avait fait un ministre non élu, a aussi mordu la poussière aux mains de l’ADQ.

Même dans la forteresse de Lac-Saint-Jean, la victoire de l’ancien bloquiste Stephan Tremblay avait été acquise de justesse (majorité de 651 voix). L’ADQ avait également arraché Vimont aux libéraux. Dès lors, à l’élection d’avril 2003, la surprise avait été moins la défaite du PQ que la maigre récolte (4 circonscriptions) du parti de Mario Dumont. La défaite dans Vimont n’en avait pas moins été un électrochoc pour Jean Charest, qui avait su se résigner à lancer un S. O. S. à la vieille garde de Robert Bourassa.

 

Le gouvernement Couillard ne semble pas très affecté par ce que nos voisins américains appellent le midterm blues. En tout cas, cela ne se traduit pas dans les intentions de vote du PLQ. Malgré l’arrivée d’un nouveau chef au PQ, le dernier sondage Crop n’a enregistré aucune baisse.

Le PLQ est au moins assuré de conserver le seul des quatre sièges en jeu qu’il détenait déjà. Sans entente entre le PQ et Québec solidaire pour désigner un candidat commun, les chances de déloger le PLQ de Verdun sont presque nulles. Même si, à l’extérieur des milieux politiques, la candidate libérale, Isabelle Melançon, est moins connue que Jacques Daoust, elle ne devrait pas mettre beaucoup de temps à frayer son chemin jusqu’au Conseil des ministres.

À en croire les chiffres de Crop, Jean-François Lisée ne bénéficiera pas de la traditionnelle lune de miel à laquelle un nouveau chef a généralement droit, mais il doit à tout le moins conserver les acquis du PQ. Bernard Drainville l’avait emporté par 3688 voix dans Marie-Victorin en avril 2014. Depuis sa création, en 1980, cette circonscription a toujours été péquiste, sauf pour une brève période en 1984-1985. Une défaite le 5 décembre serait catastrophique, mais elle paraît très improbable.

Le véritable test sera plutôt l’élection dans Saint-Jérôme, où Pierre Karl Péladeau avait été élu avec moins de 2000 voix en 2014. M. Péladeau était cependant un candidat hors norme, comme l’était Jacques Duchesneau, qui avait permis à la CAQ de l’emporter en 2012. La prochaine partielle sera un meilleur baromètre.

 

La première victime de la morosité de mi-mandat est François Legault. Il est aussi celui qui a le plus de choses à prouver. Malgré son virage identitaire, qui devrait être encore accentué au congrès des 12 et 13 novembre, son parti fait du surplace dans les sondages, et chaque nouvelle série d’élections partielles se traduit par un nouveau recul sur le terrain.

M. Legault trouve toujours de nouvelles raisons à ses insuccès. Après la défaite de juin 2015 dans Chauveau, il avait blâmé les électeurs. L’année dernière, il s’était dit victime d’un black-out médiatique. À la fin d’août, il laissait déjà entendre que l’élection d’un nouveau chef pourrait favoriser le PQ. Puisqu’il ne semble pas y avoir de lune de miel, il restera toujours la météo.

En 2014, Sylvie Roy avait permis à la CAQ de l’emporter dans Arthabaska avec une solide majorité (6512 voix), mais le divorce entre les deux a été douloureux, malgré toutes les qualités qu’on lui a découvertes depuis son décès. Dans ce cas-ci, le PQ n’est pas dans la course, mais une défaite aux mains des libéraux serait tout aussi désastreuse.

La CAQ ne peut cependant pas se satisfaire de ses acquis. Pour représenter une solution de rechange crédible aux libéraux, elle doit démontrer sa capacité à faire des gains aux dépens du PQ dans la couronne de Montréal, et Saint-Jérôme en serait un magnifique exemple. En revanche, une autre contre-performance risque de transformer la morosité de mi-mandat en véritable déprime à la CAQ.

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6 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 1 novembre 2016 06 h 47

    La CAQ est le club ferme du PLQ .....

    Pour progresser la CAQ devra se distinguer autrement qu'en étant le club ferme du PLQ et sa succursale en épousant les mêmes orientations .... Ce sont deux partis fédéralistes de centre-droit qui se satisfassent de couper dans les services publiques et de réduire le rôle de l'état .....
    La seule distinction de la CAQ et du PLQ est au niveau identitaire et sur ce point le PQ ne doit rien céder a la CAQ et tenir compte d'un électorat qui est très mécontent que ce sujet n'est en rien réglé aujourd'hui après une décennie de Bouchard-Taylor ...
    De toute évidence , la CAQ est un appendice dans le système politique et fut pensé par le duo Sirois-Legault pour diviser le vote nationaliste ......

  • Pierre Schneider - Abonné 1 novembre 2016 09 h 12

    Le cu-de-sac caquiste

    Même s'il joue la carte nationaliste pour séduire l'électorat francophone, M. Legault sait fort bien que les demandes qu'il voudrait formuler à Ottawa se buteraient comme toujours au refus catégorique du Canada.
    Face à ce refus de non recevoir assuré, il n'a pas de Plan B.

    Les électeurs qui lui accordent leur vote sont donc victimes d'un détournement d'intention. Qu'un seul caquiste me démontre le contraire. Depuis des mois que je le leur demande, au lieu d'argumenter, ils insultent ceux qui mettent en doute leur pensée magique.

    • Lise Bélanger - Abonnée 1 novembre 2016 13 h 26

      Vore commentaire exprime exactement ma pensée!

  • Yvon Robert - Abonné 1 novembre 2016 09 h 16

    Autre alternative

    Et si c'était la candidate du PLQ,Naomie Goyette qui se faufilait entre les deux à St-Jérôme.

  • Patrick Daganaud - Abonné 1 novembre 2016 11 h 57

    DES FOSSOYEURS AFFECTÉS?

    Le gouvernement Couillard ne semble pas très affecté par la morosité de mi-mandat.

    Dans leur rêve de transformer la société québécoise en cimetière, les fossoyeurs libéraux avancent à pas de géants.

    Pourquoi et par quoi seraient-ils affectés?

    Infectés, sans nul doute. Affectés, nullement!

  • Lucien Cimon - Inscrit 1 novembre 2016 16 h 03

    Des élections le plus loin possible du 15 novembre, date repère des indépendantistes, et le plus près possible de Noël... Charest avait déjà misé sur cette carte cyniquement gagnante des abstentions.
    Couillard, un grand démocrate???