Hors-jeu: Cinq minutes

Il existe d'indécrottables romantiques — j'en connais personnellement dix-neuf — qui croient que la vie est une imitation du baseball, une sorte d'hommage qui lui serait rendu, et non l'inverse. Bien sûr, en fait de romantisme, l'humain et sa moitié ont davantage tendance à s'imaginer une promenade au ralenti au couchant avec une odeur de lilas bio sur une plage de sable frais moulu dans un paradis fiscal que la nécessité, avec un coureur au deux et aucun retrait, de frapper la balle au sol du côté droit de l'avant-champ afin que le gars puisse ensuite rentrer les doigts dans le nez sur un ballon-sacrifice, mais bon, il y a dans l'idée un fond de vérité.

Par exemple, dans la vie, à l'instar du baseball, il peut très bien ne rien se passer pendant un bout de temps, puis tout dégringole. Or, si vous êtes dans la file pour une petite froide au moment où tout dégringole, vous ratez l'essentiel et vous devez endurer un nouveau bout de temps où il ne se passe rien. La petite froide reste alors une bien piètre compensation.

Le baseball est aussi fondé sur la nature surnaturelle du chiffre 3 et de ses multiples. Trois prises, trois retraits, trois coussins, quatre-vingt-dix pieds entre chaque coussin, soixante pieds et six pouces entre le monticule et le marbre, neuf joueurs, neuf manches, trente équipes, cent soixante-deux matchs, six divisions, Babe Ruth qui portait le numéro 3, la Triple couronne. Or regardez-moi un peu comment la vie a copié, la tricheuse, dans tous les secteurs de la création: le cheval de Troie, trois mousquetaires, six personnages en quête d'auteur, douze coups de minuit, l'assassin habite au 21, dites trente-trois, mettez-vous sur votre trente-six, le pastis 51, soixante-quinze chiffres au bingo, 666 le numéro de la bête, 2001 l'odyssée de l'espace, 37,2° le matin, trois dirigeants de sociétés d'État fédérales suspendus.

Voici d'ailleurs qui n'est pas banal: si la vie imite le baseball, que dire de la politique qui plagie le hockey? Hein, que? Prenons par exemple le cas de M. André Ouellet, de Postes Canada. Reconnaissons-le d'emblée, il s'est passé de belles choses sous son autorité, la moindre n'étant pas l'émission régulière, depuis 2000, de séries de timbres mettant en vedette des hockeyeurs du temps où ils jouaient avec pas de casque et où on ne pouvait pas encore envoyer du courrier avec pas d'enveloppe (la dernière livraison de six timbres, comme dans six équipes, comprend Larry Robinson, Marcel Dionne, Brad Park, Johnny Bower, Ted Lindsay et Milt Schmidt, pas des touristes).

Or M. Ouellet a été suspendu avec solde, et ce, mesdames messieurs, jusqu'à lundi. Appelez cela comme il vous siéra, moi, je le dis tout de gros: ce n'est pas une punition, c'est un châtiment. Imaginez un peu, six jours dont quatre ouvrables à rester chez vous tout en étant payé, je ne suis pas certain que vous trouveriez à occuper tout ce temps. Un jour, d'ailleurs, puisque vous êtes gentils tout plein, vous m'expliquerez ce concept de suspension avec solde.

À moins, j'y songe, que ce ne soit comme au hockey: mettons un gars qui effectue une bagarre. Il reçoit cinq (5) minutes de punition, mais son équipe garde le même nombre de joueurs sur la glace. Ça doit être ça, ç'a l'air, mutatis mutandis, comme disait Mel Gibson.

Cette belle histoire nous rappelle par ailleurs les grands moments de la Nationale Hockey Ligue, qui suspend pour une moyenne d'un demi-match le joueur qui arrache la tête d'un rival. Faut comprendre: souvent, le joueur n'était pas au courant de ce qu'il faisait.

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On ne veut pas partir de rumeurs, mais Tiger Woods n'a rien fait qui vaille depuis qu'il a convolé en fiançailles avec la belle Elin Nordegren. Woods, qui vient de signer une nouvelle entente de commandite avec Buick (de laquelle personne au gouvernement du Canada n'était au courant), a même terminé assez loin derrière le vainqueur John Daly, il y a deux semaines, lors du tournoi Buick Invitational.

Daly, soulignons-le, n'avait pas gagné depuis de tournoi de la PGA depuis neuf ans. Il se trimballe un bon 50 livres minimum de surpoids, il boit immodérément, il fume comme une cheminée, y compris sur les links, et il en est à sa quatrième épouse, ce qui, convenons-en, ne donne pas un aussi bel exemple à notre jeunesse qu'un multiethnique multimillionnaire (Buick: 40 autres millions $US pour cinq ans) qui mange chaque matin ses rôties au beurre de cacahuètes en compagnie d'un mannequin suédois.

Bref, si ça continue, le golf professionnel pourrait avoir un sérieux problème d'image, ce dont, si je me fie à des informations glanées par-ci par-là, vous vous contrebalancez presque autant que moi.

Cela étant, pour redorer un peu le blason de — avez-vous remarqué que, tout comme l'on ne dore jamais que la pilule, lorsque l'on redore quelque chose, il s'agit invariablement d'un blason? de même, lorsqu'il est question d'un blason, il est invariablement évoqué qu'il doit être, qu'il est en train d'être ou qu'il faudra travailler fort pour qu'il soit redoré —, la PGA devrait demander à Roch Voisine d'interpréter une nouvelle pièce thème, Elin. L'originale est très golfique, du reste. Ça commence par «Seul sur le sable».

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Selon un sondage publié hier dans La Presse, 82 % des répondants s'opposent à une aide financière gouvernementale au sport professionnel. J'espère, bondance, j'espère.

Tout comme j'espère qu'un jour prochain nos dirigeants de sport professionnel vont nous sacrer patience avec leurs ben on veut juste de l'équité et puis euh nos joueurs paient des impôts et puis euh un club ça donne du prestige à une ville et puis euh vous allez voir ça comment on va te me vous régler le problème des salaires de fous.

C'est cela, justement. Mettez-les en lock-out pendant dix ans s'il le faut. Donnez-vous un plafond salarial strict. Dissolvez une dizaine de franchises. Prenez tous vos revenus et divisez-les également entre chaque équipe. Entre-temps et par la suite, pas de subventions, pas d'exemptions, pas d'en-lieux, pas de mais ni de par contre ni de c'est-à-dire, fichez-nous la sainte et vénérable paix.

Marci.