Le plaisir du vin dans sa différence

Le cépage tel un accent, un dialecte, un patois…
Photo: Jean Aubry Le cépage tel un accent, un dialecte, un patois…

Furmint, gros manseng, camaralet, viura, mondeuse, st-laurent, noir de kalavryta, marselan et nero di troia… Vous connaissez à coup sûr ces cépages. D’autres les trouveront curieux, insolites, bizarres ou excentriques. Il est comme ça, l’univers du vin.

J’aime à penser que ces cépages, en somme, sont autant d’accents, de dialectes ou de patois qui, quels que soient la région ou le pays où ils sont plantés, modulent une image, une couleur ou un paysage organoleptique sans cesse diversifié.

Difficile d’imaginer sa vie en ne buvant que du chardonnay et du merlot, même si le chablis et le pomerol sont très loin de créer chez moi la moindre forme de répulsion !

À l’aveugle

Les Amis du vin du Devoir se sont penchés cette semaine sur ces « accents », à l’aveugle, sans balises ni préjugés. Car il y a une nette différence entre connaître ce que l’on boit — avec le risque du renforcement de sa propre opinion pour un sabotage éventuel de celle-ci — et un lâcher-prise salutaire vécu sans avoir la moindre idée de ce qui se trouve dans son verre. Tout le plaisir du vin dans sa différence.

Visiblement, ce lâcher-prise a été salutaire. Mais une question demeure : sur quelle base se justifient ici les opinions des participants ? La notion de qualité pure évaluée selon l’expérience de chacun ?

Et, si c’est le cas, qu’est-ce qui définit la qualité pure ?

Faudra qu’on s’en reparle dans une prochaine chronique. En attendant, voici les candidats, encore une fois évalués en tenant compte de la moyenne du groupe.

Mandolas 2014, Oremus, Tokaji Dry, Hongrie (27,40 $ – 10756400). Le grand cépage hongrois qu’est le furmint mériterait à mon sens beaucoup plus de visibilité. En sec comme en liquoreux, ce cépage princier n’en finit plus de multiplier les pistes aromatiques, brillant par sa race et la dynamique de son fruité.

La maison espagnole Vega Sicilia est derrière cette cuvée fine et précise, au fruité intense et soutenu, vivace et long. Un rien d’élevage lui confère encore un peu plus de rayonnement. Superbe ! (10 +)★★★1/2 ©

Moyenne du groupe : ★★★1/2

Domaine Cauhapé « Chant des Vignes » 2015, H. Ramonteau, Jurançon, France (18,40 $ – 11481006). Quand le gros manseng invite le camaralet à se joindre à lui, tout indique qu’il y aura un bar rayé au fenouil au menu le soir même !

Normal, nous sommes en plein Sud-Ouest, là où la notion même de manger ne veut plus dire nourrir mais s’épanouir.

Personnellement, je ne me lasse jamais du blanc sec de monsieur Ramonteu. Il a du style et de l’envolée ; une façon de surprendre un palais endormi pour le faire danser toute la nuit. À ce prix, la fête est réussie ! (5)★★★

Moyenne du groupe : ★★★

Vina Gravonia 2006, Rioja, Espagne (30,50 $ – 11667927). La viura (macabeu) et la futaille savent fraterniser avec classe. Elles s’élèvent l’une l’autre sans qu’il y ait décrochage ou le moindre assèchement.

Là se joue alors une lente, très lente oxydation nourrie à même le fruit qui, peu à peu, se transforme.

Noix de coco, ananas frais, pain d’épice… ce blanc sec bien vivant et persuasif pousse loin le goût du voyage. La volaille au citron confit ne s’en plaindra pas. (5 +)★★★1/2 ©

Moyenne du groupe : ★★★1/2

Arbin 2012, Louis Magnin, Savoie, France (35,75 $ – 10783272). Cépage appelé « gros rouge » en Suisse, cette mondeuse n’a de rouge ici que la couleur. Rien de gros ni de grossier dans cette cuvée signée Magnien, plutôt la délicatesse même, derrière le pourpre juvénile de sa robe.

Un bio palpable jusqu’en son coeur fruité, séduisant de textures, lisse et frais de tanins. Longue finale. (5 +)★★★1/2 ©

Moyenne du groupe : ★★1/2

St-Laurent 2013, Heinrich, Burgenland, Autriche(30,75 $ – 11375684). On a l’impression ici de grumer du pinot noir survitaminé, tant le fruité exalte et la texture déroule ses plus beaux velours. Un bio qui offre une apparente simplicité, mais il faut se méfier car il y a plus.

Cohérence fruitée, souplesse, fraîcheur poivrée et tanins moelleux persistants, le tout relevé en finale d’une exquise pointe d’amertume. (5 +)★★★1/2 ©

Moyenne du groupe : ★★★

Noir de Kalavryta 2014, Tetramythos, Grèce (17,30 $ – 11885457). Un doigt de cabernet sauvignon vient ici joliment structurer ce noir de kalavryta, qui semble au contraire s’éclaircir à son contact.

Un « noir » plutôt léger de tonalité mais doucement parfumé côté arômes, comme si fraises et framboises venaient de pénétrer un jardin d’épices à y laisser sa propre virginité. Léger, vivant, expressif, ce rouge raffolera d’un ragoût d’agneau aux olives noires. (5)★★★

Moyenne du groupe : ★★★1/2

Marselan 2014, Domaine Attilon, France (18,25 $ – 12719389). Ce croisement cabernet sauvignon–grenache réalisé par un certain Paul Truel en 1961, du côté de Montpellier, offre la sensation d’être à cheval entre l’Atlantique et la Méditerranée, entre le froid et le chaud, entre le fruit noir et l’épice marquée. Un bio qui donne l’impression d’être en colère, tant la robe est soutenue, plutôt simple d’expression mais d’une buvabilité idéale seulement renforcée sur la finale de tanins bien frais. À découvrir ! (5)★★★

Moyenne du groupe : ★★1/2

Il Falcone 2010, Rivera, Castel del Monte, Italie (24,85 $ – 10675466). Passablement acide et doté d’une carrure tannique à faire rugir deux lions en duo, ce rouge des Pouilles où domine le cépage nero di troia (complété de montepulciano pour lui arrondir les angles) offre une fois de plus, dans ce nouveau millésime, beaucoup de vin, à bon prix. Ça respire le Sud avec ce parfum déjà complexe d’herbes et de pierres chaudes rehaussé d’une touche de réglisse et de fumée qui allonge la finale. Un rouge de corps et de coeur, original, à découvrir. (5 +)★★★1/2 ©

Moyenne du groupe : ★★★★

Grande dégustation et salon

Elle est de retour. Oui, de retour les 3, 4 et 5 novembre à la place Bonaventure, La grande dégustation de Montréal (lagrandedegustation.com). Près de 200 vignerons mais aussi des amateurs, des néophytes, des curieux et des gourmands, tous attirés par les belles bouteilles, qu’elles regorgent de bières, de vins ou de spiritueux. Du beau monde réuni dans un contexte pas du tout stressant.

C’est que l’on sait fusionner fun et plaisir au Québec, avec la seule prétention de ne pas tout connaître pour mieux découvrir. L’édition 2016 s’ouvre sur les thèmes syrahs et whiskies du monde, tout en mettant à l’honneur le Chili et l’Argentine. Il y a même une possibilité de passer sa commande sur place.

Pour se mettre en bouche, l’amateur aura tout le loisir de passer au marché Bonsecours à Montréal quelques jours avant, soit les 29 et 30 octobre (le 1er novembre au séminaire de Québec), pour se frotter à l’offre proposée par plus d’une quarantaine d’agences promotionnelles dans le cadre du Salon des vins d’importation privée (raspipav.com).

Près de 2000 produits vous y attendent en présence de vignerons trop heureux de voir la vente de leurs produits en hausse de 10 %, pour des ventes qui sont passées à 122 millions de dollars pour la période 2015-2016. C’est le chroniqueur et auteur Philippe Lapeyrie qui en est le porte-parole cette année. Dans les deux cas et comme le veut désormais la formule consacrée : santé et bien-être social !