Touche pas à mon zipper!

S’adressant aux femmes complexées par leur élasticité génitale (mais aussi aux hommes qui pourraient y trouver leur compte), cette publicité de vaginoplastie a fait sourciller les Sherbrookois depuis son apparition.
Photo: Josée Blanchette S’adressant aux femmes complexées par leur élasticité génitale (mais aussi aux hommes qui pourraient y trouver leur compte), cette publicité de vaginoplastie a fait sourciller les Sherbrookois depuis son apparition.

Je savais que le mot « hystérie » vient d’utérus, que le vagin est un service public et que toutes les 17 minutes une femme est contrainte d’avoir une relation sexuelle contre son gré. Le mot pussy (chatte) a atteint le pinacle de l’abécédaire féminin ces deux dernières semaines et le délire trumpien son acmé.

Les ados, aimantés par la subversion, les interdits, par tout ce qui peut fouetter leurs hormones, tendent une oreille attentive. Ainsi s’expriment les futurs élus ?

Une vulve, c’est comme une orchidée, y en a pas deux pareilles

 

Si je mentionne des ados et des jeunes ici, c’est que nous sommes à redéfinir les frontières entre ce qui s’énonce en public ou en privé et, parallèlement, entre ce que sont des parties pubiennes, pudiques et publiques.

« Grab them by the pussy » demeurera un slogan graphique dans un discours narcissique et machiste que même les tests antidopage ne peuvent prévenir ni faire oublier.

Michelle Obama, dans son allocution de la semaine dernière au New Hampshire, a eu le bon goût de ne répéter aucune des paroles obscènes de Donald Trump dans cette campagne-cirque. Qu’on s’amuse à en faire des propos de vestiaire, cela tient de moins en moins la route, même auprès des hommes.

Dans l’Abécédaire du féminisme tiré de l’émission radiophonique Plus on est de fous, plus on lit !, on retrouve à la queue leu leu les mots « utérus », « université », « vulve » et « viol ».

Ces termes ont malheureusement évolué vers une culture qui est désormais celle des jeunes étudiant(e)s, tous genres confondus, et se déploie sur toutes sortes de plateformes, de l’innocente initiation en public au viol en résidence en privé.

Cette culture est le fruit de bien des éléments distincts, dont l’accès facile à la pornographie, un manque d’éducation en matière de sexualité, le Far-Web et ses défis : tout le monde le fait, t’es pas game !

Évidemment, la vulve, on ne l’oublie jamais, ça fait partie d’un univers de plaisir, mais ça fait aussi partie d’un univers de chirurgie, de haine, de préjugés

 

Mon B m’apprenait qu’une avocate est venue les mettre en garde en classe récemment : 75 % des jeunes filles du secondaire 5 se seraient déjà dénudées devant une caméra. C’est du moins ce qu’il en a retenu. Et peu importe le chiffre, c’est le comportement (et la culture qu’il suppose) qui l’a marqué.

Rajeunissement génital

J’ai envoyé monsieur mon mari prendre une photo XXX à Sherbrooke il y a quelques jours, celle d’un panneau publicitaire sur lequel la Dre Élise Bernier — une médecin formée avec nos impôts — offre le « rajeunissement génital », une technique de chirurgie esthétique illustrée par une fermeture éclair. Mon mari est un grand naïf ; il n’a pas saisi la métaphore visuelle. J’ai dû être explicite :

– Les filles se font rétrécir l’entrée du vagin pour plaire à leur partenaire ; c’est de la vaginoplastie.

– Hein ???? Ouache ! C’est épouvantable ! Je suis ulcéré !

– Mais oui, autrefois, les gynécologues offraient d’ailleurs aux nouveaux pères d’ajouter un point à l’épisiotomie post-accouchement, histoire de resserrer la zone sinistrée.

La Dre Christiane Laberge en discutait justement chez Paul Arcand cette semaine. Elle appelait cela «  le point du mari ”, pour qu’il se sente à nouveau chez eux », une bataille que les féministes ont gagnée dans les années 1970.

Après avoir appelé l’un des trois cabinets privés de chirurgie esthétique de la Dre Bernier (une généraliste), je me suis entretenue avec la « doc » Laberge. « Vous savez, doc, on parle de deux ou trois traitements au laser, à 750 $ la séance de 30 minutes, pas de chirurgie comme telle. »

Photo: Josée Blanchette S’adressant aux femmes complexées par leur élasticité génitale (mais aussi aux hommes qui pourraient y trouver leur compte), cette publicité de vaginoplastie a fait sourciller les Sherbrookois depuis son apparition.

Dre Laberge n’est pas dupe : « On joue sur les mots. Dans une chirurgie au laser, on part du solide vers la vapeur. C’est une plastie vaginale, tu peux faire des fusions artificielles, tu crées des lésions. »

Une auditrice répliquait à Paul Arcand par courriel que c’est son droit le plus strict. La Dre Laberge le pense aussi : « À la condition que tu ne me coûtes plus rien après l’intervention, oui ! » Selon elle, ces chirurgies peuvent très mal cicatriser. « Au nombre de récepteurs nerveux dans cette zone, c’est très complexe à réparer. Nous avons même un médecin à LaSalle, le Dr Claude Fortin, qui s’est fait une spécialité de la réparation de vulves au Québec. Il fut un temps où l’on dénonçait les mutilations vulvo-vaginales en Afrique. Aujourd’hui, on valorise l’automutilation chez nous. »

Territoires intimes

L’incitation à l’épilation intégrale du mont-de-Vénus, la nudité suprême et prépubère, n’a fait qu’aggraver cette situation, exposant au regard ce qui était autrefois caché. La Dre Laberge me signale aussi que cette pratique lors des accouchements fut abandonnée alors qu’on prônait l’hygiène. Les femmes se plaignaient de rougeurs et de démangeaisons. On a découvert, depuis, que le bébé a besoin des bactéries de la mère à sa naissance.

J’ai appris en lisant l’Abécédaire du féminisme que l’équivalent latin du mot « vulve » est pudendum femininum, « parties honteuses » : « La popularité de la labiaplastie augmente chaque année malgré le fait que les petites lèvres dépasseraient chez 80 % des femmes. »

Pour la Dre Laberge, « l’idéal de la lèvre » est un autre mythe alimenté par la porno, principal véhicule d’éducation sexuelle chez les jeunes. « Ton esthétisme ne te donnera jamais ta confiance en toi. Elles sont dans le champ, solide ! La pensée magique, en tant que médecin, je ne considère pas que c’est une solution. »

C’est ton corps, le problème. Celui que tu as construit. Tu fais trop d’efforts.

 

Parmi les batailles que les jeunes femmes auront à mener tout en relisant les Monologues du vagin écrits par Eve Ensler il y a 20 ans, il y a la nécessité de crier haut et fort sur la place publique que se rajeunir le frifri, se rehausser la poitrine, se figer le visage, les genoux ou les mains, cela n’a rien d’innocent. On s’impose une norme fixe, un idéal voué à être déçu et systématiquement balayé par de nouveaux canons esthétiques.

L’écrivaine Nelly Arcan, ex-escorte automutilée, autodisparue et très déçue, le mentionnait dans Burqa de chair : « Une femme, c’est d’être belle. Même en jouant à la marelle, même en s’accouplant, même en enfantant, c’est toujours d’être belle. C’est un sort atroce parce que la beauté est à l’abri de toutes les révolutions. Pour être libre, il faut faire la révolution. Les femmes ne seront jamais libres. »

Dans cette nouvelle prison de chair qui ne connaît plus d’âge, les femmes sont plus que jamais soumises aux lois cruelles du marché, celles d’un animal de foire destiné au plus offrant.

Une révolution ? Peut-être que Nelly avait raison. Ne restera plus qu’à prendre le taureau… par les couilles.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

Manterrupting, Mansplaining et Amplification

Les filles se font interrompre plus que les hommes (Hillary Clinton en sait quelque chose dans ses débats avec Trump), elles se font expliquer ce qu’elles pensent par les hommes et certaines ont développé une façon de s’appuyer mutuellement, notamment celles qui font partie de l’équipe de Barack Obama. Vidéo explicative en français ici.
Vérifié la définition exacte d’« hystérie » dans Antidote : « Névrose caractérisée par une exagération des modalités d’expression psychique et affective qui peut se traduire par des symptômes physiques et par des manifestations psychiques telles que le théâtralisme, la dépendance et la manipulation de l’entourage. » Me vient un nom en tête : Donald Trump ?

Noté que les Monologues du vagin créés en 1996, traduits en 46 langues et présentés dans 130 pays depuis, sont à nouveau à l’affiche à Montréal, tous les lundis soir jusqu’au 12 décembre. À découvrir ou redécouvrir ; ils sont malheureusement toujours d’actualité.

Aimé le livre Les superbes, une série d’entrevues et d’échanges épistolaires entre Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras. On a parlé du livre cette semaine car un tweet violent évoquant la fameuse liste de Marc Lépine a incité la Sureté du Québec à ouvrir une enquête. Mais, au-delà des réactions que suscite la prise de parole de femmes inspirantes telles que Louise Arbour, Pauline Marois (sa défaite fut soulignée par un événement sanglant), la médecin Joanne Liu, l’avocate Sonia Lebel, on constate que des femmes comme la comédienne Mariloup Wolfe ont dû porter plainte contre des agresseurs comme Gab Roy qui encouragent par leurs propos la culture du viol. Amir Khadir fait partie des rares hommes du livre, « One of the girls ! ».

Participé bien modestement au livre Abécédaire du féminisme (non, je ne reçois rien, sauf un exemplaire du livre). Très bonne idée d’avoir regroupé certains mots de A à Z qui illustrent le féminisme. D’Arcan (Nelly) à zombie, un véritable survol de ce qui nous définit et beaucoup de connaissances utiles sur des sujets actuels. Une jolie édition en plus.
10 commentaires
  • Jean Santerre - Abonné 21 octobre 2016 06 h 19

    Par les couilles?

    « Le taureau par les …couilles »
    Oui, bon, je comprends bien l'image forte et caricaturée de Josée Blanchette, mais c'est vraiment un piège à cons( un autre choix de mot douteux, quant à y être) ou personne ne s'en sort.
    Ce n'est pas les gestes qui sont condamnables autant que les intentions et leurs désirs de se réaliser.
    On dit que ce qui se passe dans la chambre à coucher devrait y rester, pourvu que tous ceux qui y entrent le fassent de leur plein gré et agrémentent à jamais.
    Ce qui cloche c'est quand il y en a qui ne s'amuse pas et cela devrait être compris, senti et exprimé par tous.
    Facile à dire, mais c'est endémique et tant de choses pousse les gens à surmonter toutes les difficultés et obstacle et à ne reconnaitre que le premier, le plus fort, plus rapide, plus futé, et oublié les seconds et les méprisé s’il le faut, en rendant grâce a ceux qui ont pourtant souvent négligé leur santé et celle de leur entourage pour parvenir à une "réussite" sociale, ou d’estime.
    Dans l'expression la plus intime des humains, il y a peut-être beaucoup de cette imposture « auto imposée »
    Personnellement, pour connaître la bête, je ne me risquerai pas à en saisir les parties génitales, ni même en m’en approcher et je ne le suggérerais à personne.
    On ne force pas davantage le plaisir que l’on tire sur les fleurs pour qu’elles poussent.
    Une révolution? Pourquoi pas, mais par où commencer?

  • Raynald Blais - Abonné 21 octobre 2016 07 h 12

    Les chaînes

    Conclure que la femme n'a pas d'intérêt à participer à la révolution parce que les chaînes de la beauté ne peuvent être brisées, c'est de la condamner à une exploitation éternelle et de rendre impossible cette révolution.

    • Marc Therrien - Abonné 21 octobre 2016 18 h 28

      Voilà un beau paradoxe de la liberté. Se libérer de cette nouvelle contrainte, "cette nouvelle prison de chair qui ne connaît plus d’âge" qui elle-même est le résultat d'une dérive de la révolution sexuelle qui visait dans le temps à se lbérer du contrôle du corps, objet de péchés, par les autorités religieuses mâles.

      Quel serait donc cette nouvelle révolution? Accepter de passer pour n'importe qui et ainsi, éviter de faire comme toute le monde qui veut être unique?

      Marc Therrien

  • Marc Lacroix - Abonné 21 octobre 2016 08 h 30

    Merci Mme Blanchette !

    Vous touchez là, si je puis me permettre cette expression, à l'inconséquence et à la superficialité de notre culture, où tout se consomme, même les gens !

    Nous nous chosifions nous-mêmes, et voudrions être considérés comme des êtres intelligents et dignes de respect. Des chartes des droits et libertés, c'est bien beau, mais si tous (toutes) et chacun nous comportons en potiche, au service de la mode, de l'industrie..., nos chartes ne constituent que de belles phrases sans intérêt. Au nom de la liberté, le jugement est mis en veilleuse, nous vendons n'importe quoi, à n'importe qui, sans nous soucier de rien et nous consommons de façon tout aussi nounoune. Nous avons peut-être un problème, mais il ne faut pas en parler au nom de la rectitude politique...

  • Serge Morin - Inscrit 21 octobre 2016 08 h 35

    Tout à fait d'accord avec vous Mme Blanchette.
    Et si on commençait par enlever ce panneau déshonorant.

  • Diane Bouchard - Inscrite 21 octobre 2016 08 h 42

    Mon corps m'appartient..

    Une chose Madame Blanchette: tant que les femmes adhéreront au diktat du corps unique , il n'y aura effectivement aucune liberté possible.La beauté n'est pas à l'abri des révolutions...l'obsession du corps si.Arrêtons d'infantiliser les femmes en les défendant contre les méchants hommes.Que chacune se responsabilise, c'est la seule façon d'y arriver.