Le rééquilibrage

Même après réflexion, le premier ministre Couillard n’en démord pas : Jean-François Lisée a un lien de « parenté familière » avec les partis « populistes » d’Europe.

Une aussi grossière association, à la limite de la diffamation, qui a même semblé gêner certains ministres libéraux, est une véritable insulte à l’intelligence. S’il est vrai que M. Lisée a parfois dérapé de façon navrante durant la course à la chefferie, ses propositions n’ont rien à voir avec celles des partis d’extrême droite européens et M. Couillard le sait parfaitement. Cet homme qui promettait la mesure et le respect de l’autre lors de son retour en politique démontre plutôt qu’il fait partie de ceux pour qui la fin justifie les moyens.

Si répréhensibles qu’ils soient, l’exagération et le mensonge ont cependant en commun qu’à force de répétition, ils pénètrent les esprits. M. Lisée n’est pas tombé de la dernière pluie. Il sait très bien qu’après toutes ces années durant lesquelles il s’est employé à glorifier le « Nous », il prête facilement flanc aux accusations d’intolérance et d’exclusion.

Dans une entrevue accordée à TVA mardi soir, il a expliqué vouloir trouver un « point d’équilibre » entre ses positions et celles d’Alexandre Cloutier sur la laïcité et l’immigration. Son rival a peut-être donné un coup d’épée dans l’eau en dénonçant sa « dérive identitaire », mais la course est maintenant terminée et M. Lisée ne s’adressera plus seulement aux membres du PQ.

La « ligne de fracture » qu’évoquait M. Cloutier n’existe pas seulement au sein du PQ. L’épisode de la charte de la laïcité a révélé une profonde division dans l’ensemble de la société. Il n’est pas dans l’intérêt du Québec, ni dans celui du mouvement souverainiste, de la cultiver. L’image du AK-47 caché sous une burka a peut-être plu aux militants péquistes, mais elle serait du plus mauvais effet si M. Lisée la reprenait durant la prochaine campagne électorale.

François Legault pourrait cependant imposer des limites à ce rééquilibrage. À partir du moment où le PQ renonce à tenir un référendum dans un premier mandat, c’est en bonne partie sur le terrain de l’identité, qu’il s’agisse de laïcité, d’immigration ou de langue, que les deux aspirants à la succession de M. Couillard se feront la lutte, et le chef de la CAQ ne semble pas particulièrement préoccupé par l’équilibre. De toute manière, les réactions de Québec solidaire à son arrivée à la tête du PQ ne sont pas de nature à inciter M. Lisée à mettre beaucoup d’eau dans son vin dans l’espoir d’en séduire les partisans.

 

M. Lisée a également laissé entrevoir un certain rééquilibrage dans son discours sur la souveraineté. Les rencontres en tête-à-tête qu’il a eues avec ses députés auraient fait apparaître certains « malentendus » qu’il entend dissiper.

Certains ont manifestement interprété comme autant de signes de tiédeur souverainiste son insistance sur la nécessité de reporter le référendum à un éventuel deuxième mandat et sa promesse de ne pas utiliser les fonds publics pour faire la promotion de l’indépendance.

Bien entendu, il compte s’employer à démontrer le contraire. « Ne pensez pas qu’on va manquer l’occasion du 150e anniversaire du Canada pour dire les 150 fois où on s’est fait avoir par le Canada ! Ça va être un moment pédagogique extraordinaire ! » a-t-il déclaré.

Là encore, le point d’équilibre ne sera pas facile à trouver. Soit, il n’y aura pas de référendum, mais jusqu’à quel point le chef du PQ pourra-t-il axer son discours sur la souveraineté et prétendre ensuite qu’elle ne constitue pas l’enjeu de l’élection ? Cela dit, il faudra bien que le premier ministre Couillard explique aux Québécois ce qu’ils devraient fêter en 2017.

 

Depuis sa création, tous les chefs du PQ ont tenté, avec de moins en moins de succès, de concilier l’impatience grandissante de ses militants avec l’appréhension de la population. Dans cette toujours délicate opération, M. Lisée aura peut-être les coudées un peu plus franches que ses prédécesseurs. Si on excepte le putsch qui a permis à Jacques Parizeau de succéder à Pierre Marc Johnson, le PQ ne s’était encore jamais donné un chef qui n’avait pas l’appui de son establishment.

Dans son livre intitulé Coup de barre, dans lequel il dressait le bilan de sa participation à la course à la chefferie de 2015, Pierre Céré avait porté un jugement très dur sur le « conformisme aveugle » de l’establishment du PQ, « qui participe depuis des années à son propre déclin et ne sait plus ni comprendre, encore moins traduire les aspirations de son propre peuple […], qui a entraîné son parti dans une sorte de huis clos où il ne se parle plus qu’à lui-même, entre autres de mécanisme d’accession à l’indépendance ».

Sortir de ce huis clos où il ne se parle qu’à lui-même est peut-être le plus grand défi du PQ. Il est certainement à la hauteur des talents de communicateur de son nouveau chef.


 
39 commentaires
  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 13 octobre 2016 00 h 46

    Couillard dans les dunes de sable

    «… il faudra bien que le premier ministre Couillard explique aux Québécois ce qu’ils devraient fêter en 2017. »

    On comprend que Couillard veuille augmenter le seuil d’immigration; il apporte ainsi de l’eau au moulin de ses petits copains médecins. Il joue le jeu des millionnaires du bistouri.

    Couillard se prend pour Laurence d’Arabie : « Sa très bonne connaissance des Arabes en fait un agent de liaison idéal entre les Britanniques (aujourd’hui on dirait le Canada anglais) et les forces arabes. »

    Le Québec ici, pour notre Philippe d’Arabie, c’est le dernier de ses soucis.

    Qu’une bonne partie de ces nouveaux arrivants considèrent que c’est leur identité religieuse qui constitue leur identité nationale et qu’ils n’ont absolument pas l’intention de s’intégrer et de partager nos valeurs; pour Couillard, cet inclusif abusif, c’est une bonne nouvelle; ça fera juste plus de New Canadians au Québec, à soigner aux frais de Sa Majesté, et à « citoyenniser » pour dire BY BY La Souveraineté.

    C’est ça que Couillard voudrait fêter en 2017.

  • Pierre Deschênes - Inscrit 13 octobre 2016 06 h 05

    Une non-signature, ça se fête!

    En 2017, Philippe Couillard devrait se donner comme défi de convaincre les Québécois de la pertinence de fêter leur non-signature de la Constitution canadienne.

    • Pierre Raymond - Abonné 13 octobre 2016 11 h 47

      YES !

    • Jean-Pierre Papineau - Abonné 13 octobre 2016 14 h 51

      Yes Sir !

  • Pierre Deschênes - Inscrit 13 octobre 2016 06 h 08

    "L'establishment"?

    J'apprécierais qu'on m'éclaircisse sur la composition de ce fameux "establishment" du Parti québécois auquel tout un chacun se réfère à toute occasion?

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 octobre 2016 09 h 57

      J'aime bien votre question, M. Deschênes.

    • Pierre Raymond - Abonné 13 octobre 2016 11 h 56

      Moi aussi M. Deschênes j'aimerais savoir.

    • René Pigeon - Abonné 13 octobre 2016 13 h 27

      J’aimerais aussi que nos chroniqueurs et reporteurs décrivent et analysent le rôle des acteurs politiques qui ne sont pas élus mais qui pèsent plus que ceux qui ont gagné notre confiance en participant à un débat public à l’échelle électorale ou à l’intérieur d’un parti. Peut-on voir une similitude entre les establishments de partis et les conseillers de ministre, qui agissent tous deux comme des mercenaires partisans œuvrant – à l’abri du regard public – pour appuyer le pouvoir d’un dirigeant au pouvoir suprême comme le premier ministre & chef du parti ? Tous deux convainquent leurs pairs ou le dirigeant régnant, de leurs laisser une bonne partie du pouvoir.

      Vous pourrez juger si ce rapprochement éclaire ou égare en lisant l’essai publié par Denis Saint-Martin, ex-conseiller au cabinet du premier ministre Paul Martin (2004-2005), dans Le Devoir du 29 septembre 2016 : Cabinets Ministériels : De ces mercenaires qui servent trop souvent de paravents :
      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/481052/po

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 13 octobre 2016 14 h 35

      René Pigeon

      j'ai souvenir du chroniqueur (peut-être journaliste) Daniel Lessard à Radio-Canada qui a dit de Mme Martine Ouellet "qu'elle devait se taire".

      En tous cas, si ce M. Lessard est journaliste, il fait amplement fi de l'objectivité.

    • Marc Therrien - Abonné 13 octobre 2016 19 h 08

      Je fais du pouce sur la réponse de Madame Gervais.

      Peut-être tous ceux qui avaient 20 ans et + en 1976 et qui sont encore là pour raconter le discours de René Lévesque lors de la première accession au pouvoir du PQ et qui essaient de transmettre aux jeunes qui n'étaient pas encore nés l'émotion qu'ils ont vécue ce soir là afin qu'elle revive. Il n'y a rien qui peut surpasser l'ivresse et l'intensité de la ''première fois". Et malheureusement, on ne vit qu'une fois, l'exaltation de la première fois. Reste ensuite la nostalgie de "quand on était bien".

      Marc Therrien

  • Jacques Tremblay - Inscrit 13 octobre 2016 06 h 20

    Finalement un très bon discours de circonstance


    J'ai écouté en différé le discours de la victoire de Jean-François Lisée attiré entre autres par la critique qui n'avait semble-t-il comme reproche que la longueur de celui-ci pourtant d'à peine 40 minutes et qui ont finalement passées très vite en regard des éléments très pertinents abordés dans ce discours. Cela m'a rappelé un passage dans le film <<Amadeus>> où Joseph II, Archiduc d'Autriche, aurait dit à Mozart en 1782 à la suite de son opéra <<L'enlèvement au Sérail>> "Trop de notes mon cher Mozart". "Comment ça trop de notes?" aurait répondu Mozart. "Sire, pas une de trop!"
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Hélène Gervais - Abonnée 13 octobre 2016 06 h 39

    Le parti au pouvoir ....

    a une peur bleue de Lisée, ce dernier est très articulé, et n'aura aucun problème à faire face aux mensonges de ceux d'en face. Le p.m. s'est très mal comporté à mon avis samedi après l'élection du nouveau chef du P.Q. il n'a qu'à s'en prendre à lui-même. Il croit qu'il va déstabiliser l'opposition, mais sa façon de faire va le rattrapper très vite. C'est dommage car pendant ce temps-là le Kébek stagne.