Le moment Lisée

Jean-François Lisée attendait ce moment depuis longtemps. Quand il s’était porté candidat à la succession de Pauline Marois, il avait déclaré que c’était « le prolongement logique de sa carrière ». L’une de ses rares maladresses.

Le nouveau chef du PQ n’a jamais douté de ses capacités. Bien avant de se lancer en politique, il avait même commandé un sondage pour évaluer ses chances. Plusieurs apparatchiks péquistes en avaient fait des gorges chaudes.

Bien peu auraient parié sur ses chances au début de la course. Pas même lui. II s’était mis la presque totalité de ses collègues à dos en affirmant qu’il aurait démissionné si la charte de la laïcité avait été adoptée. Un manque de solidarité d’autant plus choquant que personne ne l’avait cru. Il avait encore aggravé son cas en déclarant que Pierre Karl Péladeau était une « bombe à retardement ». Un véritable crime de lèse-sauveur. Alors que son avenir semblait définitivement compromis, le député de Rosemont s’est plutôt appliqué à démontrer à quel point il pourrait être efficace dans le rôle de chef de l’opposition, en attendant celui de premier ministre.

Même ses détracteurs ont dû reconnaître que sa performance à l’Assemblée nationale était hors du commun. Alexandre Cloutier avait été le coup de coeur de plusieurs lors de la précédente course. Jean-François Lisée est aujourd’hui le choix de la raison. À tous les égards, il a démontré qu’il est le plus apte à offrir aux militants ce pour quoi ils désespèrent depuis des années : la victoire.

 

Que deviendra le PQ sous la gouverne de M. Lisée ? Ses trois derniers chefs ont fait chou blanc. Aux prochaines élections, il aura été au pouvoir à peine 18 mois en 15 ans. Marc Laurendeau n’avait pas tort de conclure son documentaire sur 50 ans du PQ en disant qu’« il joue maintenant sa propre survie ».

Il joue aussi son âme. La principale raison du succès de M. Lisée est d’avoir convaincu les militants péquistes qu’il était plus urgent de battre les libéraux et de donner un « bon gouvernement » aux Québécois que de tenir un référendum pour lequel le PQ n’est tout simplement pas prêt. Lors de la course précédente, Bernard Drainville avait été cloué au pilori pour avoir osé proférer cette hérésie.

La question est maintenant de savoir jusqu’où ira ce nouveau pragmatisme. Le nouveau chef a promis que le référendum sera bel et bien tenu dans un deuxième mandat, mais rien n’assure que les « conditions gagnantes » seront au rendez-vous. Si tel n’est pas le cas, l’ancien conseiller de Lucien Bouchard proposera-t-il une nouvelle « sortie de secours » ?

Une chose est certaine : les années Lisée seront tout sauf ennuyantes. Durant la course, il a démontré une fois de plus que son imagination est inépuisable, pour le meilleur et pour le pire. Maintenant qu’il est chef, il n’y aura cependant plus personne pour faire le tri de ses innombrables idées.

 

La victoire de M. Lisée, nettement plus forte que prévu, ne laisse aucun doute sur sa légitimité. Les manifestations d’unité ne doivent cependant pas faire illusion. Martine Ouellet ne renoncera sans doute pas à sa croisade pour tenir un référendum dans un premier mandat.

Même les chefs élus dès le premier tour ou par acclamation ont dû composer avec une opposition interne qui les a parfois conduits au bord de la démission. Les 17 % de voix recueillies par Mme Ouellet, dont l’opiniâtreté, pour ne pas dire l’obstination, est maintenant légendaire, ne peuvent que l’encourager à poursuivre sa croisade.

Alexandre Cloutier a nié avoir confié qu’il retournerait à la pratique du droit en cas de défaite. Il faut bien se fier à sa parole, mais encore faudra-t-il que le coeur y soit. Il est difficile de l’imaginer se transformer en chevalier de la laïcité pour séduire les électeurs caquistes dans lesquels son nouveau chef semble voir la clé d’une victoire péquiste en 2018.

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55 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 8 octobre 2016 00 h 31

    De l'intelligence de Lisée

    Suivant le discours de victoire de Jean-François Lisée et une réaction de Sébastien Proulx du PLQ qui a martelé à au moins 3 reprises que le PQ veut clairement la souveraineté du Québec mais qu'il n'en parlera pas aux prochaines élections, on peut dire que la campagne électorale s'amorce en force et que la joute sera pimentée. Mis en présence de l'intelligence de Jean-François Lisée, il me revient ce passage du livre "La fêlure" de Francis Scott Fitzgerald:

    "L'intelligence ne consiste-t-elle pas à se fixer en même temps sur deux idées contradictoires, sans pour autant cesser de fonctionner? On devrait, par exemple, pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et, cependant, être décidé à les changer.''

    Marc Therrien

    • Normand Carrier - Inscrit 8 octobre 2016 07 h 46

      Les libéraux sont très décus de voir J-F.Lisée a la tête du PQ et on peut même ajouter apêurés par sa venue car ils viennent de perdre leur seul argument qui est la peur d'un référendum a la prochaine élection ..... Ils sont bien mal pris pour devoir sortir la ligne que le PQ veut clairement la souveraineté du Québec .... Ce gouvernement libéral de Couillard devra faire la prochaine campagne sur son bilan désatreux dans tous les domaines ..... Faut se souvenir qu'il l'avait eu facile lors du dernier scrutin contre madame Marois .....

    • Cyril Dionne - Abonné 8 octobre 2016 23 h 00

      Est-ce qu'on pourrait dire que dans le cas de Jean-François Lisée, il a le sourire de l'intelligence ? Tous les libéraux "of Canada" ne doivent pas se sentir très à l'aise aujourd'hui. Pour notre imam québécois, Philippe d'Arabie Couillard, notre médecin sans frontière à but lucratif, il va en prendre pour ses couilles (je voulais dire, son rhume). Assez pour prendre un "Porter" on the ROC.

      Bravo au nouveau chef. Jean-François Lisée fera honneur à tous les francophones d'Amérique. L'intelligence, comme pour la crème, revient toujours à la surface.

      Ceci étant dit, l'élection de M. Lisée, comme pour plusieurs autres à venir, est un avertissement pour tous les establishments et toutes les élites de ce monde. Tous aiment les "underdog". Oui, ceux qui se battent pour leur position et non pas juste faire l'effort de naître avec un nom qui vous ouvre toutes les portes (voir Justin dit de "Bieber" Trudeau").

      Finalement, le gros bon sens a triomphé de la sainte rectitude politique et lui a fait un pied de nez. M. Lisée, avec ses forces et ses faiblesses, a su parler à monsieur tout le monde. Le Parti québécois, c'est pour tous ceux, et ceci, de tous les coins de la planète, qui veulent partager la grande aventure francophone en Amérique. Si vous aimez la liberté, l'égalité pour tous et la communion sociétale, vous êtes chez vous au Québec.

      Le Québec est une nation d'avenir.

      Pardieu que c'est bon d'être francophone d'Amérique aujourd'hui.

  • Jean Régnier - Abonné 8 octobre 2016 01 h 21

    Lisée, chef, ne travaillera pas seul.

    Vous écrivez : «Maintenant qu’il est chef, il n’y aura cependant plus personne pour faire le tri de ses innombrables idées.» je ne suis pas d'accord avec vous, Lisée, chef, ne travaillera pas seul. Il est assez aguerri, expérimenté et intelligent pour s'entourer de personnes de confiance qui peuvent lui dire le fond de leurs pensées et le confronter; il aime s'entourer de personnes qui, comme lui, n'ont pas froid au yeux et qui ne craignent pas de brasser la cage.

    • François Crépeau - Abonné 8 octobre 2016 06 h 41

      Il a d'ailleurs fait explicitement appel aux jeunes pour lui brasser la cage, le confronter.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 octobre 2016 09 h 48

      La fermeture chez Lisée est présente.

      Élu chef, il tint des propos pour rassembler autour d’un alignement pour atteindre l’objectif de la génération des Bourgault, Lévesque et Parizeau.

      Humble dans la victoire, il incita les membres du PQ à emboîter sa marche dpour redresser le cap prisé par les opposants à la souveraineté et invita les Québécois et les Québécoises à procéder en deux temps.

      Le premier, apparemment abordable, sera exigeant. Plusieurs percées de la révolution tranquille sont à revoir sans les transferts des points d’impôt et d'un aval conditionnel du gouvernement Pearson. Devant des débordements, Trudeau-père programma un retour au bercail qui fut activé avec force après 1995 avec les gouvernements Charest et Couillard.

      Le souffle tranquille des années 1960 s’est alors tempéré, y compris au PQ. L’oxygéner n’annonce rien de stimulant. Les Québécoises et les Québécois, surtout les jeunes et les nouveaux venus, misent aujourd'hui sur des ailleurs nébuleux.

      Le deuxième défi est là. La construction-déconstruction les a rendus alléchants pour les usagers d’un univers politique créé par des guerriers fatigués et enclins, comme leurs héritiers, à faire de la politique un tremplin à leur bien-être. C’est ce que révélèrent l‘appui au NPD et au PLC comme la montée de l’ADQ, de QS et de la CAQ.

      La révolution tranquille, ne l’oublions pas, mobilisa dans un univers perverti en 1840 et se voulut la relance d’une province pour améliorer le statut des membres d’une population à la recherche d’air frais.

      Aussi, le principal défi de Lisée n’est pas de réaliser un remake mais d'enclencher un réalignement clair de la cible et des moyens en misant sur leur ancrage dans la population.

      Le relever impose, comme en 1834, de ramener le patriotisme et la citoyenneté au cœur du projet de pays et de faire du pouvoir l'assise de celui du peuple, tous des points absents de ses propos, ce qui n'annonce rien de novateur, du moins à court terme.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 octobre 2016 09 h 48

      La fermeture chez Lisée est présente.

      Élu chef, il tint des propos pour rassembler autour d’un alignement pour atteindre l’objectif de la génération des Bourgault, Lévesque et Parizeau.

      Humble dans la victoire, il incita les membres du PQ à emboîter sa marche dpour redresser le cap prisé par les opposants à la souveraineté et invita les Québécois et les Québécoises à procéder en deux temps.

      Le premier, apparemment abordable, sera exigeant. Plusieurs percées de la révolution tranquille sont à revoir sans les transferts des points d’impôt et d'un aval conditionnel du gouvernement Pearson. Devant des débordements, Trudeau-père programma un retour au bercail qui fut activé avec force après 1995 avec les gouvernements Charest et Couillard.

      Le souffle tranquille des années 1960 s’est alors tempéré, y compris au PQ. L’oxygéner n’annonce rien de stimulant. Les Québécoises et les Québécois, surtout les jeunes et les nouveaux venus, misent aujourd'hui sur des ailleurs nébuleux.

      Le deuxième défi est là. La construction-déconstruction les a rendus alléchants pour les usagers d’un univers politique créé par des guerriers fatigués et enclins, comme leurs héritiers, à faire de la politique un tremplin à leur bien-être. C’est ce que révélèrent l‘appui au NPD et au PLC comme la montée de l’ADQ, de QS et de la CAQ.

      La révolution tranquille, ne l’oublions pas, mobilisa dans un univers perverti en 1840 et se voulut la relance d’une province pour améliorer le statut des membres d’une population à la recherche d’air frais.

      Aussi, le principal défi de Lisée n’est pas de réaliser un remake mais d'enclencher un réalignement clair de la cible et des moyens en misant sur leur ancrage dans la population.

      Le relever impose, comme en 1834, de ramener le patriotisme et la citoyenneté au cœur du projet de pays et de faire du pouvoir l'assise de celui du peuple, tous des points absents de ses propos, ce qui n'annonce rien de novateur, du moins à court terme.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 8 octobre 2016 11 h 55

      M Bariteau veut-il parler de fermeté plutôt que de fermeture chez M Lisée?

    • Claude Bariteau - Abonné 9 octobre 2016 06 h 15

      Monsieur Saint-Arnaud, j'utilise le mot fermeture pour signaler que monsieur Lisée, qui a une connaissance politique poussée, qui exprime clairement ses orientations et qui a mis de l'avant une stratégie en deux temps, fera face à deux défis. Chacun -il le sait- l'obligera à composer avec des contraites qui demanderont de revoir ses principales propositions.

      D'abord celle de revoir des pans majeurs de la révolution tranquille abandonnés ou détournés avec des ressources limitées. Ensuite, celle du référendum dont il sait, pour l'avoir écrit, que le processus est piégé. Dans les deux cas, il devra manifester de l'ouverture, qui déborde son intention de rassembleur au sein du PQ et son désir d'enthousiasmer jeunes, moins jeunes, nouveaux venus et immigrants que nous sommes tous sur le territoire du Québec.

      C'est dans cette perspective qu'une ouverture au patriotisme, qui n'est pas le nationalisme plaqué sur une nation imaginée, et une approche citoyenne qui rend égaux tous les habitants, hommes et femmes, du territoire du Québec m'a semblé absente de ses propos, comme l'est le recours à une démarche autre qu'un référendum, soit une élection à double majorité, dans le cadre d'un projet de pays mettant de l'avant un régime politique renforçant le contrôle des électeurs et des électrices.

      Il est possible qu'il revoit son approche, mais celle qu'il préconise actuellement annonce plutôt une fermeture, car il ne parle ni de nation à inventer, ce qui est la conséquence incontournable de toute craétion d'un État indépendant, ni de pouvoir exercé par le peuple qui en est le moteur, ce qu'ont démontré les révolutions américains et françaises et celles qui se sont réalisées dans leur sillage.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 octobre 2016 06 h 15

      Monsieur Saint-Arnaud, j'utilise le mot fermeture pour signaler que monsieur Lisée, qui a une connaissance politique poussée, qui exprime clairement ses orientations et qui a mis de l'avant une stratégie en deux temps, fera face à deux défis. Chacun -il le sait- l'obligera à composer avec des contraites qui demanderont de revoir ses principales propositions.

      D'abord celle de revoir des pans majeurs de la révolution tranquille abandonnés ou détournés avec des ressources limitées. Ensuite, celle du référendum dont il sait, pour l'avoir écrit, que le processus est piégé. Dans les deux cas, il devra manifester de l'ouverture, qui déborde son intention de rassembleur au sein du PQ et son désir d'enthousiasmer jeunes, moins jeunes, nouveaux venus et immigrants que nous sommes tous sur le territoire du Québec.

      C'est dans cette perspective qu'une ouverture au patriotisme, qui n'est pas le nationalisme plaqué sur une nation imaginée, et une approche citoyenne qui rend égaux tous les habitants, hommes et femmes, du territoire du Québec m'a semblé absente de ses propos, comme l'est le recours à une démarche autre qu'un référendum, soit une élection à double majorité, dans le cadre d'un projet de pays mettant de l'avant un régime politique renforçant le contrôle des électeurs et des électrices.

      Il est possible qu'il revoit son approche, mais celle qu'il préconise actuellement annonce plutôt une fermeture, car il ne parle ni de nation à inventer, ce qui est la conséquence incontournable de toute craétion d'un État indépendant, ni de pouvoir exercé par le peuple qui en est le moteur, ce qu'ont démontré les révolutions américains et françaises et celles qui se sont réalisées dans leur sillage.

  • Jean-François - Abonné 8 octobre 2016 02 h 54

    Finalement

    En Jean-François Lisée je reconnais enfin le PQ;

    De la rectitude, des idées, de la vigueur

    Mon père, Claude Malette, fut un très proche conseiller de René Lévesque; pour être franc il était son conseiller politique et écrivait ses discours.

    En JF Lisée je me retrouve pour une foi!

    Enfin une personne de convictions; ceux qui disent que les politiciens sont tous pareils
    devont se raviser.


    Le meilleur à gagné.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 10 octobre 2016 18 h 58

      Vous avez raison. Quant à moi, ce leader possède aussi un caractère de transormateur.

      Lisée et son équipe pourraient devenir une véritable force de changement. Un ménage politique s'impose mais nécessite toutefois une mobilisation sociale pour remettre la société en marche. Remettons-nous au travail.

      En aparté. J'ai connu votre père à Pointe-Gatineau, en Outaouais.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 octobre 2016 04 h 07

    … belle inspiration !

    « Une chose est certaine : les années Lisée seront tout sauf ennuyantes. » (Michel David, Le Devoir)

    Bien sûr que certes, mais, il lui reste, maintenant, à séduire le Peuple du Québec !

    Entre-temps, le regarder aller serait une …

    … belle inspiration ! - 8 oct 2016 -

    • Michèle Lévesque - Abonnée 8 octobre 2016 14 h 04

      Très bien dit.

  • Nadia Alexan - Abonnée 8 octobre 2016 05 h 31

    Félicitations en espérant de se débarrasser de la politique de l'austérité, le plus vite possible.

    Je suis très contente de la victoire de M. Lisée parce qu'on pourrait finalement espérer de se débarrasser de ce gouvernement néolibéral têtu et insensible. J'espère aussi que le nouveau chef va retourner aux valeurs de justice sociale envisagées par les pères de la Révolution tranquille et par le fondateur du Parti Québécois, René Lévesque. J'attends le bon gouvernement promis par M. Lisée.