Hors-jeu: Nouvelles du Qatar

Pour commencer, on sert une bonne main d'applaudissement à John Henry. Une seule main. La gauche, de préférence, pour des raisons générales de progressisme social. John Henry, précisons-le pour ceux d'entre vous qui préfèrent les galas de cinéma au baseball — les deux, d'ailleurs, ont un point fondamental en commun: ce sont toujours les mêmes qui gagnent —, est le propriétaire des Red Sox de Boston, ayant acquis l'équipe il y a deux ou trois ans à l'occasion d'une petite vite qui impliquait aussi le commissionnaire du baseball majeur Bud Selig et son valet de pique Jeffrey Loria.

(Selon un dictionnaire de l'usage de la langue dont j'ai obtenu copie, l'utilisation des expressions «petite vite», «majeur», «Selig» et «Loria» dans la même proposition subordonnée constitue un pléonasme, mais elle permet de mettre les choses en contexte pour les néophytes.)

Donc, une main pour M. Henry, qui s'est rendu auteur de la citation de la semaine lorsque, après que les Yankees de New York lui eurent volé Alex Rodriguez, il a déclaré qu'il fallait un plafond salarial, là, tout de suite, envoye déguédine, j'ai pas juste ça à faire, alors ça vient ce plafond oui ou merde, vite, j'ai un sanglier sur le feu, vite j'ai dit, on passera pas la journée là-dessus, mais qu'est-ce t'attends, ça urge, qu'on m'apporte un plafond ou je vais endommager du matériel, grouille calvette, et un plaftard un, mon foutu royaume pour un foutu plafond, allons allons on se magne, et plus vite que ça.

Or les Red Sox auront en 2004 une masse salariale aux alentours approximatifs d'à peu près 125 millions $US (grosso modo), la deuxième en importance de Majeure Ligue Baseball. C'est plus de trois fois plus que nos Expos, pour prendre un exemple au hasard.

Elle est bonne, non? Bon, peut-être pas aussi bonne que celle du joueur de balle qui était tellement rapide que lorsqu'il frappait la balle à travers le monticule il recevait la balle sur la tête en plongeant au deuxième but, mais subtile. Voilà toujours le problème, avec l'humour financier: son raffinement. Tenez, c'est l'histoire d'un courtier qui voulait rentrer dans la Bourse, mais la Bourse a chuté, et le gars s'est ramassé au-dessus de ses affaires. Pas facile de saisir toutes les nuances d'un tel conte philosophique.

Quant à nos Expos, les dirigeants de MLB ont annoncé la semaine passée que là, ça va juste faire: 2004 sera la dernière saison de l'équipe à Montréal. Tout comme 2003 devait être la dernière saison où le calendrier à domicile était divisé entre Montréal et Puerto Rico. Tout comme 2002 devait être l'année de la dissolution du club. Tout comme 2001 devait voir Jeffrey Loria emmener nos Expos vers de nouveaux sommets.

Il s'agit d'ailleurs d'un record toutes catégories: le dossier de nos Expos en est maintenant rendu à sa 538e date-butoir. Toutes butées.

Si nos Expos étaient un yaourt portant date de péremption, George W. aurait envahi notre frigo sous prétexte de potentialité d'arme de destructive mission.

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La Fédération internationale de football, la FIFA de son petit nom, s'inquiète d'un procédé qui gagne ces temps-ci en popularité: la «naturalisation de complaisance». En gros, il s'agit d'accorder la citoyenneté à un joueur étranger afin qu'il puisse jouer pour l'équipe nationale du pays hôte. (Cela devrait vous rappeller une histoire de bateaux immatriculés dans d'autres pays.)

Par exemple, lors de la récente Coupe d'Afrique des nations, le joueur clé de la sélection tunisienne, championne, fut le Brésilien Santos. Santos a bien joué pendant deux ans en Tunisie avant de gagner la France, mais il n'a obtenu le passeport tunisien que quelques semaines avant le début du tournoi. Cinq autres Brésiliens ont aussi déjà joué pour le Togo et trois Français pour la Mauritanie.

Dans la ligne de tir de la FIFA se trouve le Qatar, à l'entraîneur chef de la formation duquel, le Français Philippe Troussier, on prête l'intention d'engager des «mercenaires». Fort de gros bidous, le Qatar a déjà prouvé qu'il pouvait s'acheter des champions. Si vous avez jeté un oeil sur les Championnats du monde d'athlétisme qui avaient lieu à Paris en août dernier, vous y aurez notamment aperçu Stephen Cherono, un Kenyan pur Kenya, conquérir sous les couleurs du Qatar sous le nom de Saif Saeed Shaheen et remporter la médaille d'or du 3000 m steeple. Selon le magazine American Track & Field, Shaheen aurait reçu 1 million $US et un salaire mensuel à vie de 1000 $ pour avoir autre chose de tatoué sur le thorax.

Shaheen et son compatriote spécialiste du 10 000 m Ahmad Abdullah Hassan (anciennement connu sous le nom d'Albert Chepkurui) ont fait sourciller les dirigeants de la fédération internationale d'athlétisme: leur transfert a été effectué pratiquement du jour au lendemain alors que l'IAAF exige normalement un délai de transition de trois ans. Pour la FIFA, de telles pratiques, si elles devaient se répandre dans le merveilleux monde du soccer, équivaudraient à «bafouer l'esprit sportif».

Or les efforts ne touchent pas que le sport amateur. Il y a quelques jours, on pouvait lire dans le quotidien El Mundo, l'une des rares publications au monde à ne pas relever de l'empire Quebecor, que le boss du Qatar, l'émir Hamad bin Khalifa bin Hamad al-Thani, envisageait d'acquérir une équipe professionnelle de football d'Europe. Le Real Valladolid, un club de première division espagnole où l'émir a des contacts, serait particulièrement dans sa mire.

L'objectif de la démarche? Mettre son pays sur la carte. Au dire de son représentant, Munir Abu, Hamad bin Khalifa bin Hamad al-Thani «aimerait créer une équipe qui serait la meilleure d'Europe et qui porterait des maillots au nom du Qatar». Drôle d'idée, mais pas plus drôle que Pepsi, Nike ou Ameublement Elvis, me suis-je répliqué dans mon Ford.

Le nom d'un pays placardé partout, pourquoi pas? Selon mes sources dans le domaine du golfe, l'émir du Qatar s'apprêterait d'ailleurs à visiter le Canada afin de se familiariser avec les techniques modernes de commandite.