Le PQ est-il coupable du mal du Québec?

Expert en démolition, le philosophe Christian Saint-Germain enfonce souvent son marteau, non sans raison, là où ça fait mal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Expert en démolition, le philosophe Christian Saint-Germain enfonce souvent son marteau, non sans raison, là où ça fait mal.

Pour un Québécois nationaliste et indépendantiste, le temps présent n’est pas réjouissant. À Ottawa, l’héritier d’un des grands négateurs du concept de nation québécoise règne en maître adulé, avec l’assentiment d’une majorité de Québécois. Au Québec, un poussif gouvernement libéral multipliant les faux pas et cultivant une allergie à tout discours favorable à l’identité québécoise se maintient en tête des sondages. Le Parti québécois (PQ), en quête d’un nouveau chef inspirant, ne récolte l’adhésion que du quart des électeurs et traîne sa raison d’être comme un boulet. La conjoncture, dans ce camp, est si pénible que même un intellectuel indépendantiste aussi déterminé que Mathieu Bock-Côté en est réduit à suggérer de « sauver les meubles » (L’Actualité, septembre 2016).

Ce n’est pas en lisant Le mal du Québec, de Christian Saint-Germain, que les partisans d’un Québec libre et français trouveront du réconfort. « Il y a quelque chose de pourri au royaume de Menaud maître-draveur », lance d’entrée de jeu le pamphlétaire. Le Québec, écrit-il, est devenu « une société dépossédée de tout idéal, remise à ses comptables, à ses médecins et au reste des âmes damnées qui mènent le monde à sa perte ». Atteint d’une profonde « maladie de la volonté » qui le rend incapable de justifier son existence, devenu étranger à lui-même, c’est-à-dire à la valeur de son exceptionnalité en Amérique, le peuple québécois a troqué sa vieille devise — « Je me souviens » — contre un appel à l’aide de grabataires : « Aidez-nous à mourir. »

Honneur et fragilité

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Expert en démolition, le philosophe Christian Saint-Germain enfonce souvent son marteau, non sans raison, là où ça fait mal.

Dans une prose luxuriante et survoltée aux accents prophétiques et nietzschéens, le philosophe, poursuivant sur l’élan de son précédent essai L’avenir du bluff québécois (Liber, 2015), accable le PQ de reproches, l’accusant d’être le principal responsable de cette débandade. L’indépendance nationale, selon lui, qui pense là comme les Bourgault, Falardeau et Ferretti, est une affaire d’« honneur rétabli », de sortie de la dépendance coloniale et « ne saurait être “vendue” à des citoyens “indécis”, comme s’il fallait présenter les avantages comparatifs entre divers modèles de systèmes politiques ».

L’indépendance se justifie, continue Christian Saint-Germain, en parlant d’identité québécoise, voire d’ethnicité, de foi profonde, d’enracinement, de lutte coloniale, de conquête, de patriotes et de fragilité d’un peuple en sursis. Or, au PQ, dans la course actuelle, « ce serait plutôt compost, électrification du transport en commun, garderie à 8 piastres, péréquation, réussite scolaire par réformes successives et changement de barèmes, sans compter la promesse audacieuse d’en finir avec les patates déshydratées dans les CHSLD ».

Le PQ serait devenu un « théâtre d’été », une « comédie de situation », un « forum de palabres tribaux où l’on échange collectivement des excuses, des discours de démission et des boniments de circonstance ». Les grands prédécesseurs des péquistes d’aujourd’hui — les Lévesque, Parizeau, Landry et Bouchard — ne trouvent pas grâce non plus aux yeux du pamphlétaire, qui dénonce « cinquante ans d’argumentaire provincial mené par des politiciens battus d’avance » et habités par la « peur de la rupture ».

Très dur à l’endroit de Pierre Karl Péladeau, cet « esprit confus à la syntaxe boiteuse et à la déclaration approximative », qu’il compare au « Réjean de La petite vie » et dont il se moque du désistement pour des raisons familiales — imagine-t-on de Gaulle, note-t-il, avoir recours à un tel faux-fuyant —, Christian Saint-Germain conclut que « le PQ a toujours préféré l’état stationnaire à l’État sécessionniste », a échoué à faire évoluer « la conscience de soi francophone » et mérite de s’éteindre.

Tragédie et relance

Le polémiste est peu disert, cependant, à l’heure de nous dire comment cette extinction pourrait permettre un nouvel élan indépendantiste. Sa thérapie de choc n’inclut pas de plan de relance et semble oublier que, quand la maison brûle, un PQ sauveur de meubles vaut mieux qu’un vide perpétuellement rempli par les libéraux et qu’il est préférable de survivre dans une décevante modération stratégique que de mourir dans la dignité du pur. Dans le premier cas, l’avenir reste possible.

Le mal tel que diagnostiqué par Saint-Germain, et qu’il attribue au « modèle québécois » issu de la Révolution tranquille, est si profond qu’il confine à la tragédie. Ayant démissionné de « la suite collective des choses », le Québécois serait désormais obsédé par sa seule fin individuelle et animé par une « passion de l’ignorance ». Indifférent au respect de sa langue qu’il porte comme un fardeau et à la débâcle de son système scolaire qu’il abandonne à des enseignants choisis parmi les étudiants les plus faibles et « frappés pour la plupart des troubles envahissants de l’inculture »,comme leurs ministres, le Québécois accepte avec enthousiasme qu’on fasse du « geste de tuer » une pratique de soins légitime, laissée aux mains d’une « caste médicale » plus occupée à accaparer le budget de l’État qu’à améliorer la qualité des soins, se scandalise Saint-Germain, qui ajoute que « l’assurance maladie est l’opium du peuple québécois », la seule religion à laquelle il adhère.

Expert en démolition, le philosophe enfonce souvent son marteau, non sans raison, là où ça fait mal. Toutefois, emporté par son énergie ravageuse, il excède sans cesse la mesure, laisse le plaisir du défoulement gagner sur le devoir de justice et de justesse et oublie qu’au milieu des décombres, il faut avoir un peu de lumière pour pouvoir retrouver le chemin.

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Le mal du Québec. Désir de disparaître et passion de l’ignorance

Christian Saint-Germain, Liber, Montreal, 2016, 144 pages

19 commentaires
  • Cécile Comeau - Abonnée 1 octobre 2016 04 h 07

    Le tabou de l'indépendance du Québec

    L'establishment du PQ ne veut pas parler d'indépendance avec une vraie stratégie gagnante comme celle de Martine Ouellet; et cela depuis Lucien Bouchard et ses conditions gagnantes sans rien faire pour les faire émerger. Cela a contribué largement au désintéressement des Québécois pour la question et pour toutes les autres dites identitaires et nationalistes. Bien certainement, il y a eu la Charte de la laïcité proposée par le ministre Drainville qui a ranimé le feu sacré, car plus de 60% des Québécois appuyaient cette charte dans les sondages. Mais des ministres du gouvernement Marois l’ont décriée, dont Cloutier et Lisée. En fait, il n’y a que Martine Ouellet qui nous offre l’opportunité de reprendre le flambeau laissé par monsieur Parizeau avec sa stratégie gagnante de 1994. Regardez comment les députés péquistes réagissent. Ils se sont rués majoritairement vers Cloutier dès le début, le plus mou, à l’appel de Bernard Landry qui ne désirait pas de campagne, mais le couronnement de son poulain. Et puis, vu que Cloutier était favori en partant, c’était la meilleure manière d’être du bon bord. La position de Cloutier est nulle en matière de souveraineté. Le dauphin multiculturaliste ne voulait pas se mouiller sur le sujet. Quant à Lisée, appuyé plus tard par quelques députés, son échéancier référendaire est tellement tardif et improbable que bien des députés actuels pourront prendre leur retraite ou se retirer de la course aux élections de 2022 ou de 2026; tandis que les autres savent fort bien que cet étapisme à la Claude Morin est la stratégie à prendre si le PQ veut perdre un troisième référendum. Oui, le sujet de l’indépendance est tabou peut-être pour l’establishment du PQ, mais pas pour ses membres. Ils veulent passer à l’action, fatigués d’avoir le pied sur le frein et de ne travailler que pour faire élire des gouvernements provincialistes. Ils ne sortiront pas voter en 2018, si cette élection ne porte pas sur l’indépendance dans un premier mandat.

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 1 octobre 2016 11 h 00

      Un vote pour le PQ est toujours un vote pour l'indépendance.

      Moi je suggère que le PQ porte à son programme, en plus de tous les autres volets, sociaux et économiques, et ce à toutes les futures élections générales le volet de l'indépendance. Un vote pour le PQ est un vote pour l'indépendance. Point.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 2 octobre 2016 18 h 51

      Jean-Paul Carrier voter actuellement pour Alexandre ou Lisée n'est pas un vote pour l'indépendance mais un vote pour le pouvoir.

      La seule qui propose l'indépendance est Martine Ouellet et elle a désormais l'appui de Lisette Parizeau.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 octobre 2016 08 h 14

    Christian Saint-Germain

    Est-ce que ce philosophe est déçu ou si ce n'est qu'une idée que je me fais ???
    Quand j'ai écrit l'autre jour que je nommerais l'après-Meach «la grande déprime», je crois que ce monsieur en est atteint sérieusement. Évidemment… ça fait toujours un peu mal en dedans quand tes rêves et aspirations sont défaits et c’est toujours pire quand c’est de ta faute. Mais quand ça dépasse l’idée de «j’aurais donc du» et qu’on ose même plus le penser, là c’est encore pire. La souffrance est palpable dans sa rage. Elle dégouline à travers ses lignes. Il n’est pas que déçu, il est démoli. Et c’est un peu comme une insulte de se le faire rappeler.
    Voici un philosophe qui y a vraiment «pensé» et qui finalement se range au même constat que n’importe quel quidam : «Ici, vivait un jour un Peuple qui a refusé d’exister.»
    Il ne reste que la vente de feu de quelques pièces encore valables à travers les décombres. (C’est suffisant pour mettre quelqu’un qui y pense en rogne.)

    PL

  • Claude Bariteau - Abonné 1 octobre 2016 08 h 35

    Coupable le PQ, non.

    Il peut être dit responsable, mais il n'est pas plus coupable qu'ont pu l'être le clergé et les promoteurs d'une nation ethno-culturelle accolée aux descendants des ressortissants français dont l'enfermement politique, comme celle des nations autochtones, est l'oeuvre des dirigeants britanniques désireux de faire de ces « sujets » issus d'une conquête territoriale des «sujets » différents des Britanniques qu'une élite politique gouvernait.

    Ce sont ces points que n'abordent pas clairement le philosophe obsédé à décortiquer des malaises et incapable d'en décoder parce qu'à ses yeux seule importe le dénigrement pour reprendre une lutte dont il prétend connaître la façon de faire alors qu'il passe à côté de l'essentiel qui fut la recherche constante d'alliance.

    À preuve, celle avec les peuples autochones en 1763, celle avec les Patriots américains en 1774-1776, celle avec des habitants du territoire du Bas-Canada en 1834-1838 et celle avec d'autres habitants analogues avec le PQ de 1976 avant le rejet d'une approche citoyenne dans les années 1980 au profit d'une approche valorisant un peuple fondateur mythique auquel seraient invités de converger les autres habitants du territoire, créant de facto un groupe imaginé comme moteur de l'avenir, qui est et demeure une assise qui rebute.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 1 octobre 2016 08 h 56

    Le mal dont souffre le Québec ???

    Le seul mal dont souffre le Québec est la corruption collusive des libéraux qui alourdit politiquement et financièrement l'essor d'un Québec florissant...Le PLQ travaille davantage, met ses ressources et définit ses politiques pour conserver son pouvoir au lieu de faire la promotion d'un Québec maître de sa destinée...Le PLQ travaille davantage pour son maintien au pouvoir que pour donner plus de pouvoir au Québec...Le mal dont souffre le Québec est d'être dépossédé par ceux qui dirigent sa gouvernance...Le mal dont souffre le Québec est d'être trahi par ceux qui en prennent le pouvoir...Le mal dont souffre le Québec est l'égocentrisme de ses dirigeants qui pensent plus à se servir qu'à servir le peuple... Et ça ne date pas d'hier...Duplessis, Taschereau...et vogue la galère mafieuse...

  • Gilbert Turp - Abonné 1 octobre 2016 09 h 03

    Il faudra bien faire sauter le cadenas

    En ce moment, les souverainistes, nationalistes, socio-démocrates, progressistes moraux, se comportent comme des bêtes enfermés dans une cage : ils se rongent entre eux (je devrais dire entre nous, car je me reconnais dans les termes souverainiste et social-démocrate).
    C'est comme ça quand on est dans une cage. Et si on commençait par faire sauter le cadenas ? Peut-être qu'on aurait un peu plus d'air pour libérer quelques idées rafraîchissantes.

    • Yves Rousseau - Abonné 1 octobre 2016 11 h 53

      Pour faire «sauter le cadenas» il faut avoir envie d'être libre.

      Or la Liberté (celle de Pierre Falardeau) implique des responsabilités.

      Le Québec actuel se contente d'avoir la «liberté» de choisir sa marque de yogourt...

      Et on s'étonne de la médiocrité de nos dirigeants?