COP21-2

Les germes de COP21 apparaissent, neuf mois après la signature de l’Accord de Paris sur le climat. Sans autre leadership, force est de déplorer que l’exercice consistera, au final, à l’établissement d’un cadre général à l’adaptation aux impacts du réchauffement.

Une trentaine d’autres pays ont ratifié mercredi, à l’ONU, le texte de l’Accord de Paris conclu en décembre dernier. On en serait donc à quelques émetteurs de GES près d’en proclamer la mise en oeuvre officielle. Cela pourrait se faire avant la rencontre COP22 de Marrakech débutant le 7 novembre, se réjouit-on de sources politiques. Tel un rabat-joie, le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie est cependant venu renforcer le constat se dégageant dans le sillage de COP21, à savoir que la trajectoire retenue n’est tout simplement pas la bonne.

Ainsi, 31 pays ont ajouté leur plume à la liste des États ratifiant l’Accord de Paris. Selon le décompte des médias, on en serait à une soixantaine de signataires, soit plus que le seuil de 55 prévu pour son entrée en vigueur. L’autre seuil, celui de 55 % des émetteurs de GES signataires, est à portée de main, les pays ayant déjà ratifié l’accord cumulant un peu moins de 48 % des émissions. Selon le secrétaire général des Nations unies, 14 autres pays représentant près de 13 % des émissions se sont engagés à ratifier l’accord cette année. Et l’Union européenne devrait le faire « dans les prochaines semaines ». À Paris, on avait estimé que le processus de ratification devait prendre un an. On est sur la cible.

Au-delà de ces réjouissances diplomatiques, un texte de l’Agence France-Presse reprenait les propos du ministre de l’Environnement et de l’Énergie du Costa Rica, Edgar Gutierrez, pour qui le seuil sous les 2 °C — idéalement à 1,5 °C pour répondre aux doléances des pays les plus touchés dans l’immédiat — par rapport au niveau préindustriel n’est pas assez ambitieux compte tenu de l’accélération du réchauffement. « Le changement climatique est déjà dangereux, il a déjà dépassé les capacités de beaucoup de pays à s’y adapter, nous avons déjà des morts, nous perdons déjà des espèces, des terres et des bâtiments », a-t-il souligné, s’exprimant au nom de trois pays particulièrement touchés par le réchauffement, dont l’Éthiopie et les Philippines. Un représentant des îles Marshall a prévenu qu’en dépit des promesses, la planète semblait sur la pente d’un réchauffement de 3 °C.

On n’y croyait pas

Il est vrai que, pour nombre de ces pays, le programme politique comprend une revendication d’aide financière des pays plus riches pour s’adapter au réchauffement. N’empêche, avant même la signature de l’Accord de Paris, on n’y croyait pas. Rappelons qu’il y avait alors consensus sur le fait que les engagements actuels en matière de réduction des GES sont insuffisants pour contenir la hausse de la température mondiale aux 2 °C déterminés comme devant permettre d’éviter le point de basculement. Le Climate Action Tracker parlait d’une trajectoire de 2,9 à 3,1 °C d’ici 2100. Pour sa part, Climate Challenge soulignait que le seuil critique de concentration de CO2 dans l’atmosphère est dépassé depuis 1988. Que nous sommes aujourd’hui à 87 % du niveau de concentration risquant de provoquer ce que les spécialistes appellent une rétroaction positive. Et que les engagements actuels portent sur des pics d’émission s’étendant entre 2020 et 2030, repoussant la neutralité carbone à 2100.

Dans une présentation donnée jeudi dernier à Montréal, Christoph Frei, secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, ajoutait qu’il fallait changer de trajectoire si l’on souhaitait atteindre l’objectif. À 1 % au cours des 30 dernières années, le rythme annuel moyen de décarbonisation doit passer à 6 % pour toucher la cible, a-t-il illustré.

Et tous ces experts de faire ressortir, en cette ère antrhopocène, que l’actuelle hausse de 1 °C de la température moyenne depuis l’ère préindustrielle n’est pas sans déjà produire une fonte accélérée des glaciers et une acidification des océans. Ce que confirment les pays les plus exposés à très court terme.

L’Accord de Paris recherche également l’atteinte d’un équilibre entre l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation des émissions de GES. On devine ce qui en ressortira en réalité.

Et dire que Donald Trump classe le réchauffement de la planète dans la théorie des complots contre l’économie américaine et promet d’annuler l’Accord de Paris. Mais cela, c’est un autre rendez-vous.


 
5 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 22 septembre 2016 06 h 31

    Et dire que ...

    Et dire que notre cher Justin Trudeau et sa conseillère en PR environnemental la ministre McKenna n'ont même pas encore commencé à en parler sérieusement avec les provinces. De toute façon, ce qui semble les intéresser, c'est seulement leur image personnelle. Après tout, si rien n'est fait, ils pourront toujours prétendre avoir essayé mais que, les provinces, vous voyez ... et conserver tout de même leur droit au prochain magazine people.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Michel Léonard - Abonné 22 septembre 2016 08 h 04

    COP21-2

    Bonjour,

    Le texte n'est pas clair concernant les seuils établis pour la mise en oeuvre de l'accord.
    Le nombre d'émetteurs signataires requis (55) en est un. Mais qu'en est-il de l'autre seuil mentionné au deuxième paragraphe ?
    Merci de m'éclairer.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2016 15 h 06

      55 pays représentant 55% des émissions, je crois.

  • Daniel Bérubé - Inscrit 22 septembre 2016 11 h 27

    J'ai de fortes craintes,

    que le réchauffement s'accélère encore plus que prévu, considérant que le nord se réchauffe beaucoup plus vite que le reste de la planète, et qu'il doit, selon moi, avoir un effet comparable à un cube de glace dans un verre d'eau: tant qu'il y a de la glace dans l'eau, cette dernière reste froide, mais quand le dernier cube est fondu... c'est le réchauffement de l'eau qui commence.

    Serait-il possible que ce nord très froid avait influence sur le maintient d'une température dite normale sur notre planète, et que maintenant qu'il réchauffe, il ne nous serve plus de "glacière" ?

    Car reconnaissons une chose: quand des prévisions sont ainsi faite, c'est généralement dans un esprit plus qu'optimiste (comme les gouvernement dans leur budget et les revenus prévu dans l'année à venir), car à ce qui parraît, il faut demeurer optimiste ! Mais, il est tout aussi important, voir plus, de rester aussi réaliste...

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2016 15 h 09

      Une chose est certaine: quand la glace sera fondue, la mer cessera d'être blanche et de réfléchir la lumière du soleil...