Séoul, ce laboratoire créatif

Démesuré et décadent, le quartier de Gangnam, le plus riche de la capitale sud-coréenne, est un paradis du magasinage.
Photo: Ed Jones Agence France-Presse Démesuré et décadent, le quartier de Gangnam, le plus riche de la capitale sud-coréenne, est un paradis du magasinage.

La première impression est souvent la bonne. Dès la descente de l’avion, l’aéroport Incheon de Séoul, à l’architecture ultra-contemporaine, donne le ton et clame haut et fort : Bienvenue dans le XXIe siècle. À la sortie de l’aéroport et tout au long du parcours qui nous mène vers le centre-ville, on remarque de gigantesques bannières qui affichent le récent leitmotiv qui transforme le pays, « Creative Korea ».

Au cours de ce séjour d’une semaine dans la capitale de la Corée du Sud, je voguerai de surprises en émerveillements devant tant d’imagination et d’intrépidité qui marient pourtant, avec harmonie, traditions et modernité.

Séoul, avec ses avenues de plus de 100 mètres de largeur bordées de gratte-ciel futuristes, ses ruelles qui fourmillent de vie avec leurs boutiques, leurs restaurants, leurs ateliers et leurs galeries d’art, s’est métamorphosée en moins de 10 ans en plaque tournante du design international et en capitale branchée incontournable. Le buzz créatif qui ensorcelle Séoul n’a rien d’un feu de paille. Il suffit de partir à la découverte de ses quartiers à la fois typiques et singuliers, de Gangnam, là où tout n’est que démesure, à Itaewon, le village planétaire à l’effervescence créative stupéfiante, pour constater que cette mégalopole de plus de 25 millions d’habitants est un kaléidoscope fascinant qui n’en finit plus de se réinventer.

Au tournant du design

Photo: Ahn Young-joon Associated Press Séoul s’est dotée en 2014 d’un centre de design innovant, le DDP (Dream Design Play). Chef-d’œuvre de la défunte starchitecte Zaha Hadid, le bâtiment futuriste s’est imposé comme un incorntournable de l’avant-garde design.

Sacrée ville UNESCO de design, à l’instar de Montréal, en 2010, puis élue la même année Design Capital of the World par le très prestigieux International Council of Societies of Industrial Design (ICSID), Séoul s’est dotée en 2014 d’un centre de design multidimensionnel totalement révolutionnaire. Le DDP (Dongdaemun Design Plaza) s’est imposé depuis son inauguration comme le symbole de l’inventivité coréenne.

Ce chef-d’oeuvre futuriste conçu par l’illustre architecte irakienne Zaha Hadid, décédée en mars dernier, est venu se poser à la manière d’un gigantesque ovni au coeur du district de la mode, alors délabré, morne et sans âme. Aujourd’hui, ce carrefour spectaculaire du design mondial est devenu le pivot central de la revitalisation de cette zone en pleine renaissance.

Le complexe se compose d’une multitude de pièces polyvalentes, de salles d’exposition, de galeries d’art, de boutiques de designers, d’ateliers éducatifs, de halls pouvant accueillir des défilés de mode, des conférences et des congrès, de laboratoires, d’un centre de documentation et de recherche, d’un square et d’un jardin.

Le DDP est d’abord né dans la tête de l’ancien maire de Séoul, Oh Se-Hoon, qui a gouverné la ville de 2006 à 2011, un homme visionnaire, audacieux et passionné qui n’a pas hésité à faire démolir un stade de baseball décrépit afin de le remplacer par un monument célébrant le design. Il va sans dire que cela a nécessité un courage politique hors du commun.

Aujourd’hui, ses détracteurs se sont tus et ont dû faire leur mea culpa devant l’incroyable succès de ce labyrinthe unique qui a reçu plus de huit millions de visiteurs depuis son ouverture, voilà deux ans.

Ce qui étonne également en Corée du Sud, c’est de constater l’engagement des multinationales comme Hyundai, Lotte ou Kia envers l’art, la culture, l’architecture et le design. C’est le cas notamment de Samsung, qui expose dans son musée Leeum consacré à l’art contemporain le meilleur de la création coréenne et internationale. Ce lieu d’exception à flanc de montagne, entouré d’un parc parsemé de sculptures, compte trois édifices emblématiques imaginés par trois figures de proue de l’architecture mondiale, Mario Botta, Rem Koolhass et Jean Nouvel. Ce temple de la modernité est devenu pour tous les aficionados de l’art contemporain une référence absolue.

Les amateurs de design seront comblés en découvrant les expositions avant-gardistes du D Museum de même que celles du musée du design moderne, qui retrace l’histoire du design industriel coréen depuis 1880. Quatre musées sont consacrés entièrement à la mode : le musée coréen de la broderie, le musée Simone, dédié à l’histoire des sacs à main d’hier à aujourd’hui, le musée Hanbit, qui exhibe plus de 5000 paires de lunettes de toutes les époques, et le musée coréen du costume moderne, qui nous présente les créations des designers les plus marquants.

Et les créateurs de mode ?

Photo: Ed Jones Agence France-Presse Démesuré et décadent, le quartier de Gangnam, le plus riche de la capitale sud-coréenne, est un paradis du magasinage.

Les créateurs de mode séouliens, qui sont légion de nos jours, font rayonner la créativité distinctive du style coréen partout dans le monde. Il suffit de mentionner Moon Young Hee, qui a pignon sur rue à Paris et qui s’est vu décerner en 2008 l’Ordre national du mérite de France, Doo-Ri Chung, installée aux États-Unis et qui a le privilège d’habiller Michelle Obama, Kim Hye-Soon, qui revisite la mythique « handbok », la robe traditionnelle coréenne, et qui collabore avec l’illustre créateur belge Dries Van Noten, Heill Yang, grand maître du sur-mesure, formé dans les ateliers de la haute couture parisienne chez Torrente, Ted Lapidus et Paco Rabanne, notamment, et qui est de retour chez lui afin de participer à l’ébullition de toute cette nouvelle vague déferlante, pour comprendre l’ampleur du phénomène.

Un nom brille toutefois au firmament des précurseurs qui ont su apporter ses lettres de noblesse à la mode coréenne : Lie Sang Bong. Cette star de la mode « made in Korea », encensée par la critique et lauréate de nombreux prix, fait défiler ses collections depuis le début des années 2000 sur les plus grands podiums internationaux, de Paris à New York, en plus d’habiller une foule de célébrités, allant de Beyoncé à Lady Gaga, de Rihanna à Juliette Binoche.

Lie Sang Bong est actuellement le président du CFDK (Council of Fashion Designers of Korea) et vient d’être nommé ambassadeur culturel de la ville de Séoul. Au pays du matin calme, le design, l’architecture et la mode font visiblement partie intégrante du paysage culturel. Une belle leçon de style qui positionne la Corée du Sud comme un chef de file et un influenceur à l’échelle planétaire.

 

Avec mon plus beau souvenir

Voici le temps venu, après plus de huit ans de chroniques mensuelles, de vous offrir mon dernier billet. Merci au quotidien Le Devoir de m’avoir permis de poser un autre regard, de l’autre côté du miroir, sur les milieux de la mode et du design, un monde à découvrir si inspirant et pourtant tellement méconnu. J’espère avoir été utile et je tiens à vous remercier de votre loyauté et de vos commentaires chaleureux qui m’ont aidé à poursuivre ma mission, celle de dévoiler et de promouvoir la créativité québécoise et internationale tous azimuts, contre vents et marées.

Au bonheur de vous retrouver, peut-être un jour, en toute complicité, afin de continuer à vous raconter notre belle histoire, comme un devoir de mémoire.