Cinémoche

Cela est plate à dire et encore plus à imaginer, mais au Canada, on ne l'a vraiment pas, l'affaire. On est là à déplorer et à s'indigner et à entreprendre des enquêtes qui ne donneront rien et, pendant ce temps, on passe à côté de la seule suite logique à donner à l'affaire-dossier-scandale des commandites: faire de l'argent avec. Si ça se déroulait aux États, par exemple, je vous garantis que 25 scénarios de films seraient déjà sur la table à Hollywood.

De sources drôlement bien stipendiées, j'ai d'ailleurs obtenu la liste suivante de productions qui, malheureusement, ne verront jamais le jour parce que, là-bas et ailleurs, le Canada n'intéresse personne.

Le Party. Western spaghetti. Survol de l'histoire récente du Parti libéral du Canada. (Voir aussi L'Argent des autres, The Color Of Money, Les Copains d'abord, A Fistful Of Dollars, Flirting With Disaster, Péril en la demeure, Take The Money And Run, Dirty Pretty Things, Liste noire, Liar Liar, All The President's Men, Les Boys, The Thin Red Line, Something's Gotta Give, Jeux interdits et Help!.)

Le Dîner de cons. Drame culinaire. Des gens d'affaires fortunés quoique crédules acceptent de participer à un souper-bénéfice du Parti libéral du Canada en se laissant convaincre que les profits iront au renforcement de la démocratie canadienne. (Voir aussi Le secret est dans la sauce et La Maudite Galette.)

Being At Home With Claude. Long métrage muet. Un ministre fédéral séjourne pendant quelque temps chez un directeur d'agence de publicité, mais ils ne se parlent de rien. (Voir aussi Les Liaisons dangereuses.)

Le facteur sonne toujours deux fois. Suspense téléphonique. Un appel fait au bureau du président de la Société canadienne des postes aboutit sur son répondeur. Un deuxième aussi.

L'Aile ou la Cuisse. Comédie financière. L'aile québécoise d'un parti fédéral trouve des moyens de graisser la patte de ses amis. (Voir aussi My Beautiful Laundrette.)

The Believers. Film à sketchs. Trois mois à peine après avoir bavé de colère, des citoyens en proie à une épidémie d'amnésie décident de réélire le parti au pouvoir.

J'ai mon voyage. Drame comptable. Une vérificatrice générale relit le rapport qu'elle a elle-même rédigé et perd connaissance. (Voir aussi Tabarnac!, She's Gotta Have It, A Star Is Born et Terminator 2: Judgment Day.)

La vie est un long fleuve tranquille. Feuilleton maritime. Des navires somptueux de Canada Steamship Lines charrient des conteneurs de rêve dans un paradis fiscal, mais c'est pas grave. (Voir aussi Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été.)

Fahrenheit 451. Science-fiction. Dans une société hautement évoluée, des autorités font disparaître des documents.

Le bonheur est dans le pré. Fresque hypothécaire. Un dirigeant de banque de développement démis de ses fonctions pour refus d'obtempérer constate qu'en réalité, le bonheur est dans le prêt. (Voir aussi Chacun cherche son chèque.)

Grumpy Old Men. Téléfilm parlementaire. Des députés de l'opposition déplorent que la période de questions quotidienne à la Chambre des communes ne soit pas aussi une période de réponses. (Voir aussi Mission: impossible, Raging Bull et La moutarde me monte au nez.)

Le Confort et l'Indifférence. Film d'horreur aérienne. Pendant que l'armée est contrainte de travailler dans des zones dangereuses avec des teuf-teufs déglingués, un premier ministre du Canada dépense des sommes faramineuses pour acheter deux jets flambant neufs puis, réfléchissant plus tard à tout ça, conclut finalement que cela ne le dérange pas.

Howard's End. Drame de moeurs. Illustration des grands moments et de la chute d'Howard Wilson, conseiller en éthique d'un premier ministre à qui le successeur de ce dernier dit que l'éthique, c'est bon pour les goujats.

On n'est pas sorti de l'auberge. Comédie pompière. Un hôtel chic du grand Shawinigan métro passe au feu par hasard. (Voir aussi Je suis le seigneur du château et Gone With The Wind.)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Desseins animés. Une nation consternée découvre avec stupeur qu'elle se fait baiser depuis neuf ans.

Groundhog Day. Drame temporel. Un premier ministre fédéral se réveille tous les matins au son de I Got You, Babe et revit la même journée, répondant aux mêmes questions avec le même air d'arracheur de dents. (Voir aussi À bout de souffle.)

The French Connection. Épopée sous-titrée. Des anglophones canadiens croient que le Québec est corrompu de nature mais ne veulent quand même pas qu'il se sépare. (Voir aussi La Grenouille et la Baleine et Ça n'arrive qu'aux autres.)

Le Grand Bleu. Comédie biographique. Stephen Harper pose sa candidature à la direction du Nouveau Parti de l'alliance de l'union de la droite conservatrice canadienne sans se rendre compte que s'il gagne, les libéraux seront assurés de conserver le pouvoir pendant au moins dix ans. (Voir aussi Le Retour du grand blond et Legally Blonde avec Belinda Stronach.)

Les Bons Débarras. Documentaire touristique. Un ambassadeur au Danemark reçoit un courriel lui intimant de rentrer à Saint-Léo et de ne sortir de chez lui sous aucun prétexte. Aucun. (Voir aussi Tchao pantin et The Man Who Knew Too Much.)

Ceux qui m'aiment prendront le train. Carnet de voyage. Confortablement installés dans un wagon-buffet à volonté, des clients privilégiés de Via Rail expliquent que le trajet Montréal-Toronto est le moment idéal pour remplir un formulaire de commandite, le faxer puis le passer à la déchiqueteuse.

Eyes Wide Shut. Long métrage aveugle et sourd. Un cabinet n'a rien vu et n'était au courant de rien. (Voir aussi Le Silence des agneaux.)

Catch Me If You Can. Drame sportif. Évocation des vacances de ski d'un ancien premier ministre. (Voir aussi Johnny Got His Gun et Live And Let Die.)

That's Entertainment! Reportage avec des rires en boîte. Pendant que des politiciens suent de trouille et que des citoyens en ont ras le pompon, des journalistes s'amusent comme des bossus en rêvant au Pulitzer. (Voir aussi Analyze This et Deep Throat.)

jdion@ledevoir.com
4 commentaires
  • Jacques Bélisle - Inscrit 21 février 2004 07 h 02

    L'affaire est dans l'sac!

    Excellent article, à la fois hilarant et déprimant! Car l'on comprend, en même temps que l'on rit, qu'un tout autre scénario sera bientôt retenu : l'affaire est dans l'sac!

    Comédie satirique. Un groupe de politiciens à la retraire se remémorent de bons souvenirs et se racontent en soupant copieusement comment ils sont échappé aux pires ennuis.

  • Madeleine Chandonnet - Abonnée 21 février 2004 16 h 28

    Potinage Sportif

    Depuis longtemps je souffre de vous lire. Je n'aime pas vos articles. En fait ce que je vous reproche c'est le manque de profondeur.

    Vous patauger dans l'univers des sports sans en connaitre davantage . Tout ce qui semble vous intéresser , c'est le baseball américains, le football et le soccer .
    Malheureusement il ne reste pas beaucoup de place pour nos athlètes québéçois.

    J'aime votre style d'écriture M.Dion , de grâce laissez les Américains et les Français tranquilles et parlez-nous de nous!

    Sinon trouvez-vous un job pour Sports Illustrated

    Sportivemnet votre

    Madeleine

  • Vincent Roy-Baillargeon - Inscrit 21 février 2004 16 h 40

    Tranchant-dental!

    Sublime! Je n'ai pas d'autre mot... Tout simplement sublime!

    Depuis la fin-août, je suis abonné au Devoir comme mon seul et unique moyen de m'informer, pour ma formation en Techniques de Communication dans les Médias, au CÉGEP de Jonquière. Les professeurs sont unanimes : Le Devoir est LA source d'information par excellence au Québec. Loin devant tout autres Presse, Soleil et Journal de Québec/Montréal !!!

    Par contre, mon cours d'Actualité internationale ne m'exige que de lire les articles internatiaux... et la quasi-totale absence de sports et d'arts & spectacles rend ma lecture plus brève, plus ciblée... mais aussi moins intéressée. Et ça me désole, parce que Le Devoir est vraiment un outil PLUS QUE pratique, à mon avis, et je n'aime pas sentir que je l'utilise aussi peu.

    C'est donc pourquoi aujourd'hui, après avoir lu "Cinémoche", une autre parmi les Ô COMBIEN tant d'autres chroniques de Jean Dion que je lis tout aussi assidûment qu'avec plaisir et en me claquant le cuisses à force de rire, j'ai décidé d'en remercier son auteur et de souligner ce fait magistral à ses lecteurs.

    Merci, merci pour tout ce cynisme, cette ironie, cette dérision, ce sarcasme et cet humour dévastateur.

    J'ai trouvé mon mentor!

    Olivier Roy-Baillargeon

  • Rémi Catafard - Inscrit 13 mars 2004 23 h 57

    Commanditaire

    Décidément, il va falloir vous com-manditer pour votre Cinémoche du 20 février, rien de moins! Il reste peut-être un fond de tiroir oublié et disponible, allez savoir. La vérificatrice générale pourrait vérifier au cas ou...(possible, mais peu probable).

    Ce serait une compensation tout à fait méritée pour cette recherche extensive. J'entreprends un insistant lobbying auprès des autorités consternées...En cas de résultante positive, vous comprendrez sûrement que je me retienne une petite "commission", en passant.

    Il doit y avoir "un nid de coucous" qelque part, peut-être au royaume du Danemark.

    Merci pour l'humour rafraîchissant.