NPD: retour aux sources

Thomas Mulcair doit-il abandonner plus rapidement que prévu son poste de chef intérimaire ? La retraite du caucus du NPD qui commence ce mercredi à Montréal se prépare à être le théâtre d’une franche discussion sur la pertinence de le laisser en place, comme prévu, jusqu’à l’élection de son successeur en octobre 2017. Derrière ce débat latent qui a fait surface ces derniers jours se profile le grand questionnement sur l’orientation d’un parti surpris sur sa gauche par le Parti libéral lors de la dernière campagne électorale.

Après le désaveu de 52 % des membres au congrès d’Edmonton en avril, M. Mulcair a sobrement accusé le coup et choisi d’assurer en quelque sorte son propre intérim jusqu’au choix du prochain chef. Le caucus l’a alors soutenu. Réflexion faite au NPD, on a ensuite opté pour la longue course à la direction, forçant M. Mulcair à rester en place jusqu’en octobre 2017. En d’autres mots, une lente marche d’un an et demi vers la porte de sortie.

Des membres ontariens et britanno-colombiens du caucus aimeraient maintenant accélérer cet échéancier. La trop grande discrétion de M. Mulcair cet été leur sert de premier prétexte.

Le financement qui périclite et la cote de 12 à 15 % du parti dans les sondages motivent tout autant les députés alarmés. Le doigt de certains s’approche maintenant du bouton panique. Ceux que Jean Chrétien aurait probablement qualifiés de « nervous Nellies » s’appuient sur les derniers déboires du parti pour mettre à l’ordre du jour du caucus la question du départ devancé de M. Mulcair.

On s’agite au sein mais aussi autour du NPD. En témoigne cette sortie fort révélatrice du président du géant syndical UNIFOR, Jerry Dias. Ce dernier affirmait ce week-end au réseau CTV qu’il y a longtemps que Thomas Mulcair aurait dû avoir quitté son poste. Le parti est « coincé et sans gouvernail », selon lui.

Derrière ces tractations en coulisse et ces propos tenus au grand jour, on décèle une greffe qui n’a pas complètement pris. Il faut se souvenir que c’est après quatre longs tours de scrutin que M. Mulcair a été élu à la succession de Jack Layton face au candidat de l’establishment néodémocrate, Brian Topp. M. Topp jouissait entre autres de l’appui d’un des bonzes du NPD, Ed Broadbent, qui accusait M. Mulcair, quelques jours avant le scrutin, de vouloir renier les principes sociaux-démocrates du parti.

C’est autour de ce doute, de cette suspicion qu’on avait mise sous le boisseau, que se reforme un certain clivage. Les militants de la base syndicale traditionnelle du NPD se sont pincé le nez et ont accordé la chance au coureur Mulcair. On misait sur son expérience et surtout ses talents de bagarreur pour tenir Stephen Harper en respect. Rappelez-vous les interrogatoires musclés du procureur Mulcair en Chambre dans l’affaire Wright-Duffy.

Restaient en arrière-plan son passé libéral au Québec, son adhésion récente au parti et son ascension expéditive qui le rendaient suspect auprès de la gauche néodémocrate. La campagne trop à droite de l’an dernier a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis ce moment, ce sont autant l’individu que les orientations qu’il imprimait au parti qui sont contestés.

Preuve supplémentaire du regain de popularité d’un retour aux sources au NPD, la décision prise, au même moment à Edmonton, de soumettre à la discussion des membres en prévision du prochain congrès le fameux Manifeste pour un bond en avant. Le document qui va très loin en matière de lutte contre les changements climatiques mettait Thomas Mulcair mal à l’aise, sur la défensive même. Il l’a embrassé du bout des lèvres pour sauver sa peau, sans succès. Depuis, il en minimise la portée en le présentant comme un simple document d’inspiration à être discuté dans les associations locales. Le document a braqué l’Alberta et son gouvernement néodémocrate, les mettant en porte à faux avec le parti fédéral.

Par ailleurs, le soutien du caucus québécois à M. Mulcair semble acquis et solide. Non seulement on l’appuie, mais on s’empresse de rappeler qu’on a opté pour cette longue transition en toute connaissance de cause. Aucune raison de réévaluer. Autre grande préoccupation maintes fois entendue dans nos conversations des derniers jours, le NPD doit éviter une décision qui donnerait l’impression d’une division Québec-reste du Canada.

Devant ces manoeuvres et déclarations, M. Mulcair n’a pas contre-attaqué comme sa nature le lui aurait dicté dans le passé, mais il a quand même répliqué. Il a l’intention de « tenir fermement la barre » du parti pour le mener à bon port, soit jusqu’au congrès qui choisira son successeur.

Le ton est mesuré, détendu même. Il entend remplir la commande reçue du caucus.

Il y aurait donc une petite ouverture si cette dernière change ? Oui, et elle est réelle quand on connaît M. Mulcair.

Une aussi longue et lente relève ne colle pas à l’ADN du combatif Mulcair. Le rôle de canard boiteux politique ne lui sied pas très bien.

Pour peu qu’on lui en fournisse l’occasion avec une transition fidèle au savoir-vivre des néodémocrates en la matière, M. Mulcair pourrait profiter d’un nouveau mandat du caucus pour écourter sa sortie.

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2 commentaires
  • Christian Leclerc - Abonné 14 septembre 2016 02 h 53

    joke de retourner denis ferland

    quel excellente recrue que Denis Ferland ! son analyse ns manquait. cette chronique est assez simple, mais ayez confiance, cher Denis, et vs saurez ns surprendre comme vs le faisiez à radio-can.

  • Gilbert Turp - Abonné 14 septembre 2016 11 h 39

    Le problème du NPD

    Comme celui de QS au Québec, c'est je crois le mode de scrutin. Jusqu'à présent, les élections finissent toujours par devenir des élections à 2.