Faut-il en finir avec le cours Éthique et culture religieuse?

Depuis son implantation dans le système scolaire québécois en 2008, le cours Éthique et culture religieuse (ECR), même s’il reçoit l’appui d’une majorité de la population selon certains sondages, a été l’objet de bien des critiques. Il y a quelque temps, l’aspirant-chef péquiste Jean-François Lisée en soulignait certains défauts et suggérait de le remplacer par un cours d’éthique et de citoyenneté québécoise. Avant lui, des parents catholiques, partisans de l’ancienne approche confessionnelle, ont contesté le cours afin de préserver leurs enfants de l’influence des autres religions. Des nationalistes l’ont accusé de faire le jeu du multiculturalisme canadien et de contribuer à diluer la culture majoritaire. Des militants de la laïcité, enfin, ont dénoncé la persistance du religieux à l’école par l’entremise de ce cours.

Ce sont ces derniers, principalement, qui signent La face cachée du cours Éthique et culture religieuse, un ouvrage collectif dirigé par Daniel Baril et Normand Baillargeon. Si certaines des critiques qu’ils formulent à l’endroit du volet « culture religieuse » de cette matière sont appropriées, la thèse principale du livre, favorable à l’abolition du cours au nom d’une opposition de principe à la religion, s’avère très contestable. Comme l’écrit Georges Leroux dans Différence et liberté, un plaidoyer pour le cours ECR paru le printemps dernier, « l’hostilité promue par un certain humanisme a pour conséquence un refus de la connaissance, et on ne saurait se ranger derrière cette promotion de l’inculture ».

La religion est une réalité sociale importante, elle est une source de sens pour plusieurs et est au fondement de bien des courants de pensée laïques. L’ignorer est-il vraiment une option ? Il ne s’agit plus, comme l’explique Leroux, de l’enseigner à l’école dans une perspective croyante, mais de la présenter « comme fait social, comme partie du réel et de la culture et objet de connaissance ».

En France, Régis Debray milite lui aussi pour un tel enseignement, en affirmant que « la relégation du fait religieux hors des enceintes de la transmission rationnelle […] favorise la pathologie du terrain au lieu de l’assainir ». En outre, si l’école doit servir à faire comprendre aux enfants le monde dans lequel ils vivent, on voit mal comment le choix de faire l’impasse sur le fait religieux pourrait y contribuer.

Hostilité

Les collaborateurs à l’essai La face cachée du cours Éthique et culture religieuse ont raison de s’inquiéter du manque de formation des enseignants qui donnent ce cours, de déplorer que l’athéisme et l’agnosticisme occupent peu de place dans le programme et ne soient pas clairement présentés comme des options légitimes, de souligner le danger d’amalgame entre immigrants et ferveur religieuse et de craindre qu’on endoctrine les enfants en taisant la « part sombre » (Marie-Michelle Poisson) des religions au nom du respect. Il faut, en effet, être attentif à ces enjeux essentiels.

Or, ceux que Leroux appelle les laïcistes vont plus loin. Hostiles au phénomène religieux, ils ne souhaitent pas améliorer le cours ECR ; ils veulent le terrasser. François Doyon, par exemple, parle de « l’imposture de la religion » comme d’une évidence issue de la culture scientifique, au mépris des principes de base de l’épistémologie (Dieu, en effet, n’est pas un objet de science).

Marie-Michelle Poisson, pour sa part, fait mine de s’étonner de la place prépondérante accordée au christianisme en ECR, alors que d’évidentes raisons historiques la justifient, et assène que la seule méthode dont nous disposons pour comprendre le monde est « la méthode rationnelle et objective ». À ce titre, plaidera-t-elle demain pour l’interdiction de la poésie et des arts à l’école ?

Daniel Baril, enfin, assimile tout discours autre qu’hostile sur la religion à un discours religieux confessionnel et se scandalise qu’on enseigne aux jeunes que le chaman amérindien « a la réputation de pouvoir entrer en communication avec les divinités et les esprits » et que le bénédicité est récité par des millions de catholiques à travers le monde. Dans Le Devoir du 14 avril 2016, Georges Leroux, à raison, se désolait d’une telle posture. « M. Baril, écrivait-il, prône plutôt une laïcité de méconnaissance : il juge en effet préférable de méconnaître ce qu’il prétend combattre ou critiquer. »

Le cours ECR n’est pas sans défauts et pourrait être révisé. Les nationalistes ont raison de s’inquiéter de son penchant multiculturaliste et des partisans de la laïcité soulèvent une bonne question en demandant s’il ne serait pas préférable d’adopter une approche plus strictement historique et factuelle des religions plutôt que de poursuivre dans la veine bienveillante actuelle qui fait non pas de la connaissance, mais de la reconnaissance de l’autre une de ses principales finalités.

Toutefois, parce que, comme l’écrit Georges Leroux, « l’inculture, philosophique, morale et religieuse, n’est pas une option », tout comme l’inculture scientifique ou littéraire d’ailleurs, on ne peut acquiescer à la proposition d’abolir le cours ECR.

La face cachée du cours Éthique et culture religieuse / Différence et liberté: enjeux actuels de l’éducation au pluralisme

Sous la direction de Daniel Baril et de Normand Baillargeon, Leméac, Montréal, 2016, 296 pages / Georges Leroux, préface de Charles Taylor, Boréal, Montréal, 2016, 360 pages

31 commentaires
  • Andréa Richard - Abonné 12 septembre 2016 02 h 36

    PROBLÈME D'IDENTITÉ

    J'ai pris connaissance de plusieurs manuels scolaires. Ce cours dévie de l'un de ses objectifs: faire connaître l'autre, l'immigrant; or on ne parle pas de son pays et de ses origines, on ne parle que de sa religion! On l'identifie à sa religion.Cela ne favorise pas le vivre ensemble, au contraire, ca les oppose dans leur identité religieuse. «on ne peut acquiescer à la proposition d’abolir le cours ECR.» écrit M.Cornellier, mais pourquoi ne pourrait-on pas le remplacer par -un meilleur-: apprendre aux jeunes a devenir un bon citoyen? Il y a en ce livre de bonnes propositions de remplacements. On pourrait garder la partie Éthique, mais on enlèverait le volet religion.
    Il faut surtout enlever ce cours du primaire, les enfants sont bien trop jeunes pour comprendre.
    Andréa Richard, abonnée et auteure Au-delà de la religion, Ed.Septentrion.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 12 septembre 2016 10 h 33

      Hors de la religion, point de salut?

      Je suis assez déçue de cette position de Louis Cornellier. A-t-il vraiment lu ce livre? Comprend-il vraiment les implications sur les enfants: notamment lorsqu'il est question des femmes dans les religions? D'autant plus que les stéréotypes culturels et sur les femmes sont notoires dans les manuels scolaires? Les religions sont-elles des incontournables?

      Peut-on apprendre les cultures d'autrui sans tomber dans l'aspect le plus religieux? Comment peut-on enseigner les religions sans faire montre de «partisannerie religieuse» lorsqu'aucune critique n'est possible et surtout lorsque les très mauvais côtés de ces religions sont complètement occultées? Qu'en est-il de l'éthique, de la morale, de la citoyenneté? Pourquoi les religions ne peuvent-elles être présentées dans le cadre d'un cours d'histoire?

      Pourquoi le ministère de l'éducation, qui a aboli« les comités catholique et protestant du Conseil supérieur de l'éducation, les postes de sous-ministres associés de foi catholique de foi protestante, le statut confessionnel des écoles ainsi que les services d'animation pastorale» n'ont-ils pas dit qu'en fait, il changeait, pratiquement, le nom de ceux-ci. Car ils existent encore sour le nom de Secrétariat aux affaires religieuses (SAR) et de Comité sur les affaires religieuses (CAR) alors que les services de pastorales ont été changés en Service d'animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire (SAVSEC), préservant ainsi les «intérêts de facultés de théologie et des facultés de sciences religieuses en leur assurant une clientèle toujours renouvelée d'étudiants» puisque ce service est obligatoire au primaire et au secondaire dans toutes les commissions scolaires?

      Ce service a d'ailleurs pris la place de toute la formation personnelle et sociale, n'en laissant aucune, par exemple, à des cours d'éducation à la sexualité!

    • Nadia El-Mabrouk - Abonnée 12 septembre 2016 13 h 52

      Étonnant que M. Cornellier ignore un autre volet important de contestation du cours ÉCR, pourtant abordé dans un chapitre du livre, et illustré de longue date par l’avis du Conseil du statut de la femme de 2011, celui de l’atteinte à l’égalité des sexes. Pour quelle raison les défenseurs du cours préfèrent-ils passer outre ce volet?

      Il semble que M. Cornellier ait lu le livre un peu trop rapidement. Nous ne demandons pas «l’abolition du cours», mais l’abolition du volet «culture religieuse». Nous ne manifestions pas «d’opposition de principe à la religion», mais l’opposition à un enseignement religieux à l’école publique. Les religions doivent être abordées mais dans un contexte historique ou géographique, de sorte à transmettre un corpus de connaissances et d’éléments d’analyse, et non pas un livre de recettes de croyances et de pratiques religieuses. Par exemple, le cours de géographie culturelle de 5ème secondaire est un excellent cadre pour parler de l’influence de la religion dans les différentes aires culturelles.

      C’est donc un faux procès de la part de Messieurs Leroux et Cornellier d’accuser les laïques de prôner «un refus de la connaissance». D’ailleurs M. Cornellier n’y croit gère, en fait foi son avant dernier paragraphe qui donne raison, finalement, à toutes les critiques sur le cours, et qui contredit les attaques qu’il formule plus haut dans son article. On y apprend qu’on a raison de soulever le penchant multiculturaliste du cours, que «des partisans de la laïcité soulèvent une bonne question en demandant s’il ne serait pas préférable d’adopter une approche plus strictement historique et factuelle des religions plutôt que de poursuivre dans la veine bienveillante actuelle qui fait non pas de la connaissance, mais de la reconnaissance de l’autre une de ses principales finalités». Finalement M. Cornellier soulève l’aspect idéologue du cours, et le fait qu’il ne prône pas la «connaissance» mais la «reconnaissance». Nous sommes d’accord.

  • Serge Morin - Inscrit 12 septembre 2016 02 h 55

    M.Leroux a donc le bon ton .
    Faut le faire, critiquer un livre en faisant l 'apologie d'un autre.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 12 septembre 2016 07 h 30

    Et les écoles confessionnelles, en sont-elles dispensées?

    Excellente conclusion
    L'inculture n'est pas une option défendable. Par contre le septicisme religieux est une option qui doit aussi faire parti du débat culturel religieux. Peut-on croire en un être suprême sans croire en aucune religion? Peut-on ne pas croire du tout? Le comportement étique et morale a-t-il nécessairement besoin d'une base religieuse pour exister? Si le débat rationnel/croyance n'est pas présenté il y a certainement un manque d'objectivité. Plus que jamais le cours ECR à sa pertinence à l'école publique, un terrain laïc et neutre par excellence. Et les écoles confessionnelles sont-elles dispensées d'enseigner ce cours et/ou son contenu plus universel? Sinon doit-on continuer à subventionner des écoles ségrégationnistes, sources de division sociale? D'où pensez-vous proviennent les plus grands pourfendeurs du cours ECR?
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Cyril Dionne - Abonné 12 septembre 2016 07 h 34

    OUI!

    Faut-il en finir avec le cours Éthique et culture religieuse? Oui. Plus rien à dire.

    • Victor R. Aubry - Abonné 12 septembre 2016 10 h 47

      Et vous pourriez ajouter : À bas l'ėthique et vive l'inculture.

    • Serge Morin - Inscrit 12 septembre 2016 12 h 09

      M Aubry
      Vive l'amalgame de bas étage

    • Richard Lupien - Abonné 12 septembre 2016 12 h 41

      La religion est la pire et la plus désastreuse trouvaille de l'humanité.

      Cette gérémiade malheureusement à aboli la spiritualité

    • Cyril Dionne - Abonné 12 septembre 2016 20 h 03

      @ Victor R. Aubry

      Et moi qui ne voulais plus rien dire sur ce sujet insignifiant et vous me forcez à commenter sur ces idioties.

      Ce qui nous a permis de nous libérer de nos béquilles psychologiques, d’un dieu personnel, des superstitions et allégories religieuses est justement une humanisation de nos sociétés par l’entremise de la séparation de l’État de l’Église et la reconnaissance que tous sont égaux (hommes et femmes) par rapport à la loi dans une société tolérante, égalitaire, démocratique et juste. En créant l’État de droit, basé sur une science naturelle véhiculée par un système d’éducation qui fait la promotion de la libre pensée, ceci nous a permis de nous épanouir dans le respect d’autrui. On a vite compris qu’il pouvait y avoir une éthique de savoir-vivre dans une population dite civilisée sans l’omniprésence de la religion. Pour nous, la religion n’est même plus une affaire du dimanche et qui n'a plus sa raison d'être dans les écoles primaires ou secondaires publiques.

      Est-ce que l’homme, dans sa génétique, a été programmé dans son évolution pour aboutir à la spiritualité ? Spiritualité veut aussi dire moralité, un code de vie qui, dans l’évolution de l’homme, a joué un rôle primordial dans la survie de celui-ci à l’époque de la préhistoire. Dans une ère pas si lointaine, la survie de l’humanité n’était pas assurée et l’être humain a dû s’établir en communautés afin de pouvoir mieux se défendre de ses prédateurs naturels plus gros et plus puissants que lui. Afin que tous adhèrent à cette nouvelle forme de sociologie, des règlements ont dû être institués afin d’assurer la cohésion sociale des membres des familles et des communautés.

      Vous en voulez plus ?

  • Diane Guilbault - Abonnée 12 septembre 2016 07 h 37

    Oui, il faut abolir l'actuel volet «culture religieuse»

    Abolir le cours ECR n’est pas abolir tout enseignement sur les religions. M. Cornellier fait mine que les deux sont synonymes; or, la plupart des gens qui demandent l’abolition du volet «Culture religieuse» le font parce que ce qui est présentement enseigné à nos enfants est désastreux, malgré les bonnes intentions de départ : dans les manuels scolaires, on amalgame « islam et islamisme», on fait la promotion du voile islamique même pour les petites filles, les autochtones ont des plumes et se déplacent en canot, on y présente des petites mariées de 6-7 ans, sans dénoncer la pratique, etc. etc. Le cours ECR, même s’il a été pensé par de bien bonnes personnes, est l’illustration parfaite d’une fausse bonne idée. Les religions font certes partie des phénomènes sociaux à connaître, mais il faut le faire de façon appropriée, à un âge approprié, avec des professeurs mieux outillés et avec un regard critique et historique.

    • Gilbert Turp - Abonné 12 septembre 2016 15 h 24

      Diane Guilbeault, je suis totalement d'accord avec votre position.