Semaine historique

Une grosse semaine vient de s’achever en Amérique latine. Énorme, on pourrait même dire : historique. Dans le positif comme dans le négatif. Chronologiquement, cela donne :

LUNDI : Cessez-le-feu définitif entre la guérilla des FARC et le gouvernement de Colombie.

MERCREDI : Vote final sur la destitution de Dilma Rousseff à Brasilia.

MERCREDI : Visite-surprise de Donald Trump à Mexico. L’indignation des Mexicains.

JEUDI : Le peuple dans la rue à Caracas demande un référendum de révocation contre le président Nicolas Maduro.

Par ordre d’importance, on hésite un peu, pour la première place, entre l’ignominie brésilienne et l’espoir colombien.

Mais c’est bien l’accord conclu à La Havane entre les Forces révolutionnaires de Colombie et le gouvernement de l’opiniâtre Juan Manuel Santos qui l’emporte. Un défi, un acte de courage qui va à l’encontre de clivages sociaux, économiques et idéologiques, profondément enracinés, d’une guerre interminable devenue comme une seconde nature pour des millions de gens.

Une guerre parfois médiatisée (l’enlèvement et la libération spectaculaires d’Ingrid Betancourt, en 2002 puis en 2008 ; et les épisodes du narcotrafic colombien, même s’ils ne recoupaient que partiellement les péripéties de cette guerre). Mais le plus souvent, un conflit oublié : un quart de million de morts, 6 millions de déplacés, des populations rurales maintenues pendant un demi-siècle dans la pauvreté, la terreur, la captivité, entre guérillas et escadrons de la mort.

Le courage, surtout, d’un président, Santos, qui défie son mentor et prédécesseur (l’ultraradical Alvaro Uribe, qui veut faire battre cet accord dans les urnes, le 2 octobre prochain), et sa famille politique de droite, pour parler directement à ceux d’en face. Et qui accepte même, comme médiateurs, des adversaires idéologiques : Cuba, hôte de pourparlers qui auront duré quatre ans. Des guérilléros qui finissent par reconnaître que la voie légale, la voie des urnes, leur vaudra mieux que les impasses de la lutte armée.

Un document reste un document. Même s’il est archi-détaillé, avec des milliers de pages et d’annexes, il ne garantit pas la construction de la paix après un si long conflit.

On l’a vu en Irlande, au Cambodge, au Burundi : la paix est un travail long, périlleux, hélas réversible. L’accord signé n’est qu’une étape. Mais l’exemple de la Colombie est un signe d’espoir au-delà de ses frontières, dans un sous-continent où les clivages idéologiques, socio-économiques, les contradictions de classes, perdurent et se ressemblent.

 

La lutte des classes, on la retrouve, sous une autre forme, dans la politique brésilienne… La droite a repris le pouvoir au Brésil, mercredi dernier, sans attendre la fin d’un mandat légal, incontestable, pour lequel Dilma Rousseff avait été régulièrement élue en octobre 2014, il n’y a pas deux ans.

Finalement évincée par les sénateurs, elle ne pouvait y échapper : rien, absolument rien de ce qu’a pu dire l’ex-présidente — pugnace pendant douze heures devant ses « juges » — n’aurait changé le verdict, un verdict politique qui était annoncé, écrit, décidé d’avance. Verdict rendu par des élus qui, dans bien des cas, ont les poches plus pleines et les mains plus sales que celles, jadis torturées, de Mme Rousseff.

Dilma aura payé pour les autres, c’était l’agneau du sacrifice. Le vieux député Paulo Maluf, champion toutes catégories de la corruption à la brésilienne, au moment du premier vote de mise en accusation à la Chambre des députés (le mémorable freak show du 17 avril 2016), l’avait dit de façon candide : « C’est une pure, une Vierge Marie, une étrangère dans le système »… Elle devait donc tomber.

 

Rapidement, en 3e et 4e positions du palmarès de cette semaine latino-américaine…

Le peuple dans la rue à Caracas — pauvres y compris — a montré jeudi, par sa mobilisation massive, à quel point il rejette aujourd’hui le régime légué par Hugo Chávez. Et à quel point Maduro, le successeur du caudillo décédé, est aujourd’hui isolé, face à une population qui réclame un « référendum de révocation », prévu par la constitution, auquel son prédécesseur s’était plié, lui, en 2004.

Un naufrage tragique, potentiellement violent, qui est celui de tout un régime, de toute une conception du pouvoir.

Trump à Mexico ? Un clown en mal de reconnaissance ; un président mexicain maladroit… et un peuple qui réagit toujours un peu fort, lorsqu’il s’agit des « Yanquis ».