Petites boîtes, bons lunchs

Après une heure et demie de popote, de découverte d’un aliment vedette et de b.a.-ba culinaire (techniques, vocabulaire), les jeunes repartiront avec une boîte à lunch et une collation pour le lendemain.
Photo: Dépôt alimentaire NDG Après une heure et demie de popote, de découverte d’un aliment vedette et de b.a.-ba culinaire (techniques, vocabulaire), les jeunes repartiront avec une boîte à lunch et une collation pour le lendemain.

Chaque rentrée entraîne la même ritournelle : quoi mettre dans la boîte à lunch ? On pense alors équilibre, variété, qualité. Une évidence pour certains, un cube Rubik pour d’autres ! L’exercice s’est d’autant plus complexifié avec la liste des interdits (allergènes, emballages, retrait des micro-ondes dans certains établissements) et les irritants budgétaires.

Les ateliers Boîte à lunch Centre-Sud

L’organisme Carrefour alimentaire Centre-Sud — à qui l’on doit plein de projets pertinents, comme Fruixi, ces vélos qui se baladent de parcs en zones alimentaires désertiques pour vendre des fruits et des légumes frais, ou le tout récent Dépanneur fraîcheur — a décidé de brasser la boîte en implantant des ateliers de cuisine pour les jeunes du primaire durant l’année scolaire 2016-2017.

La première école à avoir embarqué dans ce nouveau projet est Jean-Baptiste-Meilleur, qui a perdu en 2015 sa « mesure alimentaire ». (Il s’agit d’un programme d’aide créé en 1991 pour pallier les besoins d’insécurité alimentaire. Financé par le ministère de l’Éducation, il permet aux jeunes issus de familles vivant sous le seuil du faible revenu et inscrits dans les écoles classées comme les plus défavorisées de l’île de Montréal, d’avoir accès chaque jour à un service de dîner subventionné.)

« Idéalement, les ateliers vont débuter le 3 octobre. J’aimerais qu’il y ait une dizaine d’enfants de 9 à 12 ans par atelier et pouvoir offrir au moins quatre ateliers par semaine. Un groupe le lundi, un groupe le mardi, etc. J’ai déjà contacté d’autres écoles du quartier », explique Marie-Claude Morin Ouellet, coordinatrice de ce nouveau projet.

Chaque enfant ira une fois par semaine, après la classe, dans un local prêté et expressément équipé comme chez l’un de leurs voisins partenaires, La Relance jeunes et familles. Après une heure et demie de popote, de découverte d’un aliment vedette et de b.a.-ba culinaire (techniques, vocabulaire), les jeunes repartiront avec une boîte à lunch et une collation pour le lendemain.

Ce nouveau programme s’inspire directement de ce que fait son alter ego depuis 2003 à Notre-Dame-de-Grâce, le Dépôt alimentaire NDG. En fait, il s’agit bien plus que d’une inspiration. Car les deux organismes communautaires ont décidé de s’affilier et d’opérer un transfert de compétences, une première qui devrait à l’avenir encourager les rapprochements et les échanges de ce type.

Dans le quartier Centre-Sud à Montréal, le tiers des élèves du primaire bénéficient de la mesure alimentaire et la moitié au secondaire. En 2015, certains établissements jugés moins démunis ont perdu cette mesure à la suite des mises à jour de la carte de défavorisation du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal (CGTSIM).

L’unité mobile de l’Université Laval

Autre contexte, autre profil de mangeurs : l’université. Cela fait déjà plusieurs années que l’Université Laval, à Québec, s’active auprès de ses étudiants et de son personnel avec Mon équilibre UL, un programme qui encourage et valorise les saines habitudes de vie et qui se déploie en trois grands volets : nutrition, activité physique et gestion du stress.

« Chaque session, nous développons une unité mobile formée majoritairement d’étudiants à la maîtrise. Cette escouade circule un peu partout sur le campus (à raison de 16 à 18 sorties par session) pour sensibiliser les gens à différents sujets ayant un lien avec le programme. C’est une formule très interactive », explique Julie Readman, chargée de communication pour le programme Mon équilibre UL. Le thème de l’unité mobile de la session d’hiver 2016 s’intéressait justement à la boîte à lunch.

« Quels sont vos trucs et astuces pour préparer des dîners santé, écologiques et économiques ? » Tel était le fil conducteur de l’équipe Boîte à lunch futée, partie enquêter sur le terrain. Ce thème devrait revenir. D’ici là, en janvier 2017, tout étudiant pourra suivre à distance le cours « Le plaisir de cuisiner sainement », qui donne droit à un crédit et surtout… à de l’autonomie alimentaire !

Ces initiatives — surtout celles qui s’inscrivent dans un contexte socio-économique fragilisé — font plus qu’apprendre à mieux s’alimenter en solo, en groupe ou en famille, à être créatif avec peu de moyens, à acquérir et développer des compétences culinaires permettant à terme d’avoir une certaine autonomie alimentaire : elles colmatent tout bonnement des brèches en matière d’insécurité alimentaire et de désengagement étatique. Pour faire en sorte que boîte à lunch ne rime plus avec « creux ».


Aussi...

La récolte de dons (en cours) dans le cadre de la sixième campagne Moi, je fais mon lunch aide à financer le programme de formation des Brigades culinaires de La Tablée des chefs, destiné aux jeunes du secondaire dans tout le Québec.

Le Collectif de la table des écoliers et le Club des petits-déjeuners souhaitent cartographier toutes les initiatives alimentaires en milieu scolaire (ateliers de cuisine, potagers, etc.) sur l’île de Montréal. La collecte des initiatives est en cours.
 

À suivre

Les réflexions et travaux de la Table québécoise sur la saine alimentation, créée fin 2015 et présidée par Sylvie Bernier, ancienne médaillée olympique (plongeon). Ainsi que ceux de la Coalition pour une saine alimentation scolaire au niveau canadien.