Vins: Du vin sur mesure

Cette semaine, de tout pour tous, des vins sur mesure et de la mesure dans tout. À commencer par la disparition — du moins à l'intérieur de cette chronique — des codes relatifs à l'identification des vins (CCNP), qui passeront graduellement, comme l'indiquait mon collègue Benoît la semaine dernière, de six à... douze chiffres (CUP).

Parce que je ne fais pas dans la chronique de numérologie et parce que le vin, tel un bouquin par exemple, est un produit culturel qui se nomme avant de se chiffrer, je vous éviterai donc dorénavant, cher ami lecteur, de vous exposer aux risques d'erreur liés à ma dyslexie congénitale. Cela étant, place aux vins !

Et quels vins ! Beaucoup de bons, de très bons vins proposés par autant de vignerons qui semblent, deux mois avant le Salon des vins, se livrer à un marathon d'enfer de ce côté-ci de l'Atlantique.

Après les Masi et Mellot, voilà que les Duboeuf, Janoueix, Quiot, Kracher, Gardinier et autres vignerons de la belle province italienne d'Émilie-Romagne portent la bonne nouvelle du vin chez nous. « Les rendements ont été trop bas en 2003 avec, pour conséquence, un point d'équilibre — soit autour de 40 hectolitres à l'hectare — qui n'a pas été atteint », dira le grand monsieur du Beaujolais lui-même, Georges Duboeuf. Trop de tout, paraît-il.

En tout cas, moi, je craque déjà pour ses crus de Chiroubles, Brouilly, Côtes de Brouilly, Juliénas, ses Beaujolais-Villages et Beaujolais tout court en attendant son extraordinaire Moulin-à-Vent dans ce millésime solaire qui les rend si lascifs et si sexy. Quand le gamay en arrive là, il ne reste plus qu'à vérifier l'élasticité de ses bretelles !

Du côté bordelais, avec le Château d'Agassac, la nouvelle coqueluche des amateurs et dont le 2000 s'est vendu avant qu'il ne touche les tablettes (restons calme, le 2001 est aussi une bombe !), dégustation des vins de la rive droite avec ceux de Jean-Philippe Janoueix, lui aussi victime de son succès.

Pas donné, mais quelle haute voltige que ses Bordeaux Supérieurs Château Mouton 2001 (32,50 $, ***1/2, 3), 1999 (***, 1) et l'excellent 2000 (***1/2, 2), qui a parfaitement « digéré » son boisé de qualité. De la même écurie, en Lalande de Pomerol, un Château de Chambrun d'un panache mais surtout d'une présence fruitée que viennent souligner avec insistance à la fois le terroir et l'élevage, encore une fois très soigné.

Si vous avez le budget, préférez le 2001 (82 $ chez Signature, ****, 3), vivant et structuré, au 1997 (82 $, ***, 1), ou encore le 2000 (118 $, ****1/2, 3), très complexe et très complet.

Enfin, toujours chez Signature, en Pomerol, un Château La Croix St-Georges 1999 (115 $), dégagé, parfumé, aux saveurs bien nourries (****, 2), mais surtout un 2000 (184 $) qui atteint l'idée que l'on se fait de la perfection.

Couleur, densité, maturité, satiné de texture, élégance, race et distinction : tout y est. Avec cette espèce de réserve et d'assurance discrète typiques des grands vins de Bordeaux. Les clefs du paradis, dirait Jane Birkin ! (*****, 3)

Jérôme Quiot est un incontournable à Châteauneuf-du-Pape. À titre de propriétaire terrien important — 105 hectares en Châteauneuf, 14 autres en Côtes de Ventoux et 85 en Côtes de Provence —, l'homme fait bien, l'homme fait bon, sur toute la ligne.

Vous pourrez d'ailleurs déguster une batterie de ses vins en importations privées au Salon des vins (du 22 au 25 avril prochain) en vous sensibilisant aux grenaches, mourvèdres, syrahs, grenaches blancs, clairettes et autres bourboulencs de ses domaines respectifs.

Parmi ceux-ci, en appellation Châteauneuf-du-Pape, succulent Vieux Lazaret 2001 (31,25 $ et 17,10 $ les 375 ml), sensuel et parfumé, construit sur la profondeur plutôt que sur la largeur (***1/2, 2), ou encore ce complexe Domaine Duclaux 1999 (36,25 $), avec cette part plus importante de mourvèdre (de 15 à 25 %) qui lui donne, sur une trame tannique, tonique et épicée, un côté plus intellectuel et plus secret.

L'alter ego du premier, en quelque sorte (***1/2, 2). Enfin, avec une dominante de grenache cette fois-ci (60 %), une Cuvée Exceptionnelle 2000 Vieux Lazaret (43 $ et 86 $ le litre et demi), encore sous l'emprise noble du boisé, aux tanins fruités mûrs et abondants et un profil qui évoque le bon bourgogne. Exquis. (***1/2, 3)

Il est passé en coup de vent, ses vins ne sont pas disponibles (ou si peu en importation privée) et la brillance que ses nectars moelleux laissent aux lèvres, aux joues et aux yeux des dames est telle que Casanova lui-même en serait tout retourné.

Il s'appelle Alois Kracher, il est autrichien, il est sympathique, et ses muscats ottonels, chardonnays, traminers, scheurebes et welschrieslings vendangés en état de bonheur avancé comptent incontestablement parmi les plus grands liquoreux de la planète. Le climat continental, l'environnement aux mille petits lacs peu profonds, la tenue du vignoble, la vinification parfaitement maîtrisée et la noblesse de la plus suggestive des pourritures permettent la réalisation de nectars dont l'équilibre suprême est toujours assuré, même avec... plus de 300 grammes de sucres résiduels ! Indescriptibles ? Oui. C'est pourquoi je me tais.

La semaine prochaine: le porto signé Fonseca.

Des fruits pour la passion

Pourquoi attendre la fête des Pères quand des eaux-de-vie de fruits peuvent attiser dès aujourd'hui quelques braises de passion ? Une chose est sûre : évitez le cigare quand vous servirez au dé à coudre les magnifiques eaux-de-vie de chez C. E Massenez, contenues dans le coffret Bar Collection Habana Cigars (75 $). Mirabelle, poire William et framboise sauvage emprisonnent derrière cinq cigares de verre de 40 ml des fragrances nettes, cristallines, harmonieuses et longues, le tout si près du fruit qu'il donne l'impression de lui mâcher la pulpe. Cher, mais de haut niveau. (****)

Info SAQ : % (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1 : moins de cinq ans ; 2 : entre six et dix ans ; 3 : dix ans et plus.

jean-aubry@vintempo.com

***

Les vins de la semaine

Les vins sont notés de 1 à 5 avec des 1/2.

***

La bonne affaire

Castillo de Almansa Reserva 2000, Bodegas Piqueras (12,55 $)

Un rouge de constitution moyenne de la Mancha, au profil floral, épicé, tendre, vivant et bien équilibré qui devrait convenir admirablement sur le couscous. Royal, évidemment. (1) (Note: 2 1/2)

***

Les chardonnays

Bourgogne 2001, Faiveley (20,10 $); Bourgogne 2002, Chartron & Trébuchet (18,45 $)

Superbe bouteille dans ce millésime en raison de la clarté de son fruité, de sa texture fine et étirée et de son mariage de raison avec un boisé juste. Fini net, avec précision. (1). Millésime de rondeur, de fraîcheur et de générosité fruitée pour un blanc accessible, friand et séduisant ; boisé bien dosé. (1) (Note: 3)

***

La primeur en blanc

Saint-Véran 2002, Georges Duboeuf (19,45 $)

Nuances poivrées et herbacées de fougère sur une bouche ronde, vivante et vineuse, devenant plus pointue avec sa touche d'amertume citronnée sur la finale. Viande blanche ou poisson en sauce. (1) (Note: 2 1/2)

***

La primeur en rouge

Château La Raz Caman 1998, Premières Côtes de Blayes (19,80 $)

Encore une fois, une belle bouteille des « côtes », bourrée de caractère, colorée et hautement palpable avec sa texture de feutre mou, son fruité rustique abondant et bien mûr, son armature qui veut jouer les durs mais qui courbe l'échine au premier coup de langue. Beaucoup de vin à ce prix. (2) (Note: 3)

***

Le vin plaisir

Château Gaillard Les Vieilles Vignes 1999, Touraine-Mesland, V. Giraud (19,80 $)

Si boire bon, boire sain et boire digeste vous intéresse, débouchez illico (et à 15 °C) cet assemblage éloquent de gamay, de côt et de cabernet franc. Un rouge léger, fin, frais, friand et ludique qui vous ramène à ces valeurs premières de la dégustation : celles du plaisir pur. Plus vrai que nature ! (1) (Note: 3)
1 commentaire
  • Paulette Reynaud - Abonné 3 mars 2004 19 h 48

    Bravo Jean Aubry

    J'aime beaucoup les chroniques de vin et je suis souvent vos conseils sans jamais avoir à le regretter.

    Continuez à nous faire aimer les bonnes choses de la vie!