L’endettement des Québécois n’inquiète pas

L’endettement moyen des Québécois croît rapidement, mais l’actif suit. La situation financière des ménages n’inquiète donc pas. Même chez les plus jeunes.

Chez ceux ayant contracté des dettes, la dette moyenne des ménages québécois a doublé entre 2000 et 2015. Par groupe d’âges, le bond a été davantage ressenti chez les moins de 35 ans, avec une multiplication par 2,5 en 15 ans. La dette moyenne des ménages de moins de 35 ans atteignait 125 000 $ en 2015, soit 56 % plus élevée que la moyenne générale, à 80 000 $.

Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins, attribue cette forte progression à « la hausse fulgurante » des prix des résidences, qui a gonflé la valeur des emprunts hypothécaires, notamment pour les premiers acheteurs. « D’autre part, le faible niveau des taux d’intérêt ainsi que la souplesse des modalités de l’assurance prêt hypothécaire pendant les années 2000 ont permis à de nombreux jeunes ménages de devenir propriétaires. » L’économiste rappelle qu’il y a 15 ans, la dette moyenne des moins de 35 ans et des 35-44 ans était similaire. Ce n’est plus le cas. Elle était plus élevée de quelque 25 % chez les plus jeunes en 2015.

L’actif augmente également. Grosso modo, il a été multiplié par deux, en moyenne, à l’échelle canadienne, suivant ainsi l’accroissement de l’endettement. Mais il a été un peu moins fort chez les jeunes ménages, se manifestant ainsi par une augmentation du ratio dette/actif. « Les ménages de moins de 35 ans demeurent plus vulnérables que les autres : leurs revenus sont relativement inférieurs au moment où leurs dettes sont généralement plus élevées que leur actif », souligne Hélène Bégin. Mais rien d’anormal selon le cycle de la vie financière des ménages.

L’économiste indique également que le ratio dette/actif moyen demeure bien inférieur au seuil de 0,8 pour 1 considéré comme élevé par Statistique Canada, et à des lieues de celui de 2 pour 1 considéré comme un seuil d’insolvabilité et où 5 % des ménages canadiens se retrouveraient. Près de 85 % des ménages endettés avaient un actif suffisant pour couvrir leurs emprunts en 2015. Ce pourcentage grimpe à 90 % pour les 65 ans et plus, mais tombe à 75 % pour les jeunes ménages. « Les ménages de moins de 35 ans sont, par conséquent, plus nombreux dans la zone d’inconfort [entre plus de 0,8 et moins de 2]. » Mais encore là, rien d’atypique.

65 ans et plus

Un autre phénomène mesuré touche les ménages de 65 ans et plus, qui sont plus nombreux à être endettés et à disposer d’une dette accrue. La dette moyenne dans ce segment tourne autour de 35 000 $, un niveau 2,3 fois plus élevé qu’il y a 15 ans. Mais il leur appartient de revendiquer l’accumulation d’actif la plus importante parmi les groupes d’âge. « En 2015, leurs avoirs financiers et non financiers totalisaient 315 000 $, soit pratiquement le double de ce qui prévalait quinze ans plus tôt. »

L’économiste observe toutefois que « la moitié des ménages de 65 ans et plus n’ont pas recours à l’emprunt. C’est nettement moins qu’il y a 15 ans, lorsque près de 70 % d’entre eux n’avaient pas de dette à rembourser ».

Dette à la consommation

Ce niveau de confort se vérifie également dans les données des agences de renseignements sur le crédit. La semaine dernière TransUnion indiquait que l’endettement des consommateurs québécois s’élevait à environ 17 800 $ par personne au cours du deuxième trimestre, soit sous la moyenne canadienne de 21 580 $. Les données de TransUnion montrent également que le taux de défaillance supérieur à 90 jours des Québécois est de 2,1 %, bien en deçà de la moyenne canadienne de 2,7 %.

Cette lecture trouve également écho dans les données d’Équifax Canada. Selon cette dernière, le taux de défaillance au Québec était en baisse au deuxième trimestre pour s’établir à 1,1 %. Cette agence chiffrait à 18 489 $ la dette moyenne des Québécois (hors emprunt hypothécaire).

Capacité de rembourser

Reste la capacité de rembourser. Dans une étude publiée en juin, Hélène Bégin concluait qu’« à moins d’un choc imprévu, comme une augmentation rapide et importante des taux d’intérêt, la capacité des ménages à honorer leurs obligations financières restera relativement bonne ». Il a été dit que 5 % des ménages éprouvent du mal à rembourser leurs dettes, et ce pourcentage ne devrait pas augmenter advenant une majoration limitée du loyer de l’argent. Mais un choc plus grand élèverait ce rapport à 5,5 %, plus de 25 000 ménages s’ajoutant aux quelque 100 000 qualifiés présentement de vulnérables, pour entrer dans la zone du risque de défaut de paiement, selon la simulation effectuée par Desjardins.

S’ajoute aux facteurs de vulnérabilité le poids toujours plus grand des prêts à taux variable dans le portefeuille de prêts des ménages, notamment sous le coup de la popularité des marges de crédit. « Pour le crédit à la consommation, environ 40 % des prêts sont à taux variable. Pour l’ensemble des prêts accordés, la proportion à taux variable est supérieure à 30 % alors qu’elle avoisinait 10 % il y a 15 ans. »

En revanche, le poids des intérêts a fortement baissé, le coût d’emprunt faisant une énorme différence. Ce faisant, le ratio du service de la dette, soit le total des obligations liées au remboursement des emprunts en fonction du revenu brut, s’est maintenu aux alentours de 16 %, et ce, depuis une dizaine d’années maintenant.

Un ménage ayant un ratio du service de la dette dépassant le seuil critique de 40 % est considéré comme vulnérable selon les paramètres de la Banque du Canada.

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