IBU, une immersion brassicole unique

La microbrasserie Dieu du Ciel ! à Montréal, l’un des endroits où on refait le monde, une pinte à la fois, jusqu’à ce que mousse la nuit.
Photo: Jean Aubry La microbrasserie Dieu du Ciel ! à Montréal, l’un des endroits où on refait le monde, une pinte à la fois, jusqu’à ce que mousse la nuit.

Je ne sais pas pour vous, mais me proposer une « immersion brassicole unique » (IBU) me fait déjà valser les amygdales de bonheur. À l’image de cette toute première gorgée de bière à partir de laquelle la soif, alors à son paroxysme, ne peut inexorablement aboutir que dans un « cul-de-sec ».

Mais voilà, l’événement IBU a bien plus d’ambition que ça ! Il vous est proposé à partir d’aujourd’hui, et ce, jusqu’à dimanche prochain à la Tohu (ibu-ambq.ca), où seront réunies pour l’occasion plus d’une soixantaine de microbrasseries québécoises. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, la deuxième gorgée de bière n’est pas loin.

Amateur de bière ou de vin ?

Pourquoi faudrait-il toujours opposer buveur de bière et buveur de vin ? Un vieux débat gaulois qui tient à mon sens plus du snobisme-la-bouche-en-cul-de-poule que de la réalité.

Surtout que la réalité a bien changé depuis l’époque de la grosse « Mol » tablette, éclusée en mastiquant une langue de porc dans le vinaigre et accompagnée de son biscuit soda !

Bière ou vin, dans les deux cas, des produits qui invitent à la dégustation.

Et que nous apprend la dégustation ? Qu’il y a matière ici à la réflexion par les sens, sur les plans de la complexité, de la texture, de la profondeur ou de la longueur en bouche. Comme pour l’univers du vin, il existe des bières simples, légères, désaltérantes et sans complexes, utiles pour se rincer la dalle.

Et d’autres, plus complexes, riches et capiteuses, tablant sur une gamme d’amers fantastiques dégagés par des houblons de première classe. Des bières de méditation.

Photo: Jean Aubry La microbrasserie Dieu du Ciel ! à Montréal, l’un des endroits où on refait le monde, une pinte à la fois, jusqu’à ce que mousse la nuit.

Les houblons ? Ils sont à la bière un peu comme l’idée de terroir est au vin. Rares, multiples et souvent très recherchés pour leur fine fragrance aromatique, ils exaltent l’amertume, elle-même considérée comme l’une des saveurs élémentaires les moins populaires parmi les palais contemporains, mais qui, pourtant, ici, porte et ennoblit longuement les finales.

L’événement Immersion brassicole unique s’inspire en ce sens de l’International Bitterness Unit (IBU) pour souligner, mais surtout mesurer numériquement, l’indice d’amertume d’une bière.

Les génies en herbe seront heureux d’apprendre qu’un milligramme d’acide alpha isomérisé par litre de bière équivaut à un IBU.

Si les bières industrielles contiennent souvent moins de 5 IBU, il n’est pas rare, par contre, pour une production artisanale, de « pousser » l’IBU à 20, 40, 60, 80, voire plus. Délicieux délires et vertiges des amers !

Fait à souligner, la culture de cette liane de la famille des Cannabaceae, qui est en forte croissance au Québec, participe à une expertise qui enrichit déjà le succès des bières québécoises d’aujourd’hui et de demain.

Renaissance des microbrasseries

Selon l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), l’année 1987 aurait marqué un tournant dans une industrie alors contrôlée à 99,5 % par trois grosses pointures brassicoles, celles-ci aujourd’hui fusionnées en deux entités.

Actuellement, l’AMBQ, qui affiche comme mission de regrouper les microbrasseries locales afin de défendre leurs intérêts communs depuis 1990, représente plus de 65 entreprises détentrices de plus de 75 établissements décentralisés dans quelque 78 municipalités. Ses membres produisent pour leur part environ 90 % du volume de bières de microbrasserie brassées et vendues chez nous.

Côté chiffres, sur une production totale nationale évaluée à près de six millions d’hectolitres (d’avril 2014 à mars 2015) et générant plus de 3800 emplois (112 millions de dollars en masse salariale), les microbrasseries ont grugé un peu plus de 8 % des volumes (près de 500 000 hectolitres), alors que les producteurs artisanaux se contentaient pour leur part d’environ 40 000 hectolitres.

Une microbrasserie doit brasser moins de 300 000 hectolitres pour avoir le droit d’être désignée comme telle.

Les broue-pubs

Ceux qui sillonnent les routes du Québec connaissent déjà l’existence de ces désormais fameux broue-pubs locaux où se massent les amateurs de cervoises artisanales.

Que ce soit Dieu du Ciel ! à Montréal, Le Castor à Rigaud, La Barberie à Québec, Le Bien le Malt à Rimouski, La Voie maltée à Jonquière ou encore Ras L’Bock à Saint-Jean-Port-Joli, pour ne nommer que celles-là. Des endroits où on refait le monde, une pinte à la fois, jusqu’à ce que mousse la nuit.

L’un des souhaits formulés par l’AMBQ dans son mémoire déposé en février dernier à la Commission des finances publiques sur le projet de loi 88 ?

Vendre en boutique — à l’image des boulangers, des fromagers et autres — les bières brassées sur place à des consommateurs qui en redemandent. Histoire à suivre. 

Saison 2016-2017 des Amis du vin du «Devoir»

Les Amis du vin du Devoir, c’est une initiative qui permet aux lecteurs de se réunir deux fois par mois pour « vivre » la chronique Vins qui nourrira l’espace de votre journal le vendredi suivant. Approche ludique, décontractée, drôlement savante. Dix thèmes sont proposés cette saison avec huit vins dégustés pour chacun.

5 septembre L’abc de la dégustation : nommer ses sensations

3 octobre Cépages insolites

24 octobre Cépages insolites

14 novembre Le gamay fait ses gammes

5 décembre Douceurs de décembre

9 janvier Ode aux gins !

6 février L’Amarone : grand prince de la Vénétie

20 février L’Amarone : grand prince de la Vénétie

6 mars Les vins bios et les autres

20 mars Les vins bios et les autres

3 avril Le chardonnay à Chablis

17 avril Le chardonnay à Chablis

1er mai Pinot noir : l’ancien et le nouveau

22 mai Pinot noir : l’ancien et le nouveau

5 juin Soifs d’été

Lieu : Restaurant La Colombe (554, rue Duluth à Montréal, 2e étage)

Heure : 18 h 30 précises

Disponibilité : 20 places

Coût : 65 $

Adresse pour les chèques : Jean Aubry, 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal H3A 3M9. La réception du paiement confirme votre réservation. Assurez-vous d’apposer la date de la dégustation et votre numéro de téléphone. Une confirmation suivra.

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