La génération végane

Un bol de poké chez Antidote comptoir végane à Montréal : ananas grillés, edamame, tofu frit et sauce chili sucrée. Le jus cardinal : carottes, pommes, gingembre et citron.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Un bol de poké chez Antidote comptoir végane à Montréal : ananas grillés, edamame, tofu frit et sauce chili sucrée. Le jus cardinal : carottes, pommes, gingembre et citron.

Nous amorçons aujourd’hui la publication d’une nouvelle chronique qui abordera notamment les tendances, les mouvements et les nouveautés dans le monde de l’alimentation, et qui présentera des personnes clés de ce secteur riche en transformations. Tour à tour aide-pâtissière, aide-cuisinière, animatrice d’ateliers culinaires pour enfants et auteure, Sophie Suraniti possède aussi une formation en communication.

Dans les milieux de travail et même scolaires, bien des lunchs virent au vert depuis quelque temps. Et il est fréquent d’entendre des histoires de telle personne qui a passé le cap et officialisé sa nouvelle couleur alimentaire : végane.

Ils sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser. D’abord de loin, à travers les réseaux sociaux, les chaînes de YouTubeurs, les sites Web, et ensuite de près.

En général, la première grande transition se passe dans l’assiette. D’omnivore, on devient végétarien, puis végétalien (oeufs, laitages, miels sont alors abandonnés).

Par la suite, pour porter la casquette végane, chacun y va de ses envies et convictions, pouvant aller jusqu’à ne plus porter de cuir, réduire son impact sur l’environnement en éliminant les emballages inutiles, etc.

Être végane, c’est refuser tout produit de consommation issu d’animaux ou de l’exploitation animale : du fromage au lait de vache et au miel de forêt en passant par les cosmétiques testés sur des souris, les lainages et jusqu’à la colle des semelles de chaussures. Un truc de filles ?

Certes, les clients d’Élise Bellerose, propriétaire du café-resto Antidote comptoir végane, dans le quartier Hochelaga à Montréal, et de Sylvain Karpinski, fondateur de Gusta (petite fabrique de saucisses et de fromages véganes), sont majoritairement des femmes dans la fin de la vingtaine, début trentaine. Mais pas seulement. Sexer le véganisme serait une erreur.

« Mes clients sont principalement de jeunes adultes du quartier : des étudiants, des végés confirmés, des curieux, mais aussi des familles. Tous s’intéressent à ce qu’ils consomment. C’est sûr qu’il y a plus de filles, mais souvent, le gars va la suivre ! » explique Élise.

Pour Sylvain, le mouvement végane connaît un gros boom depuis 2012. Il s’est ouvert et démocratisé. « Avant, ce mode de vie était surtout le choix de gens plus radicaux, plus politisés. Aujourd’hui, n’importe qui peut devenir végé — tarien ou talien) ! »

La déco dans l’assiette

L’offre alimentaire suit donc le mouvement. En matière de proposition, mais aussi de présentation. Car la génération végane carbure pas mal à l’image. « Il faut que ce soit bon et beau! » confirme Élise, qui bichonne la déco de son resto et celle de ses assiettes.

À peine servies, aussitôt « instagramisées ». Beau et bien pour soi. Bon pour la planète. Mais pas à n’importe quel prix.

La jeune propriétaire en sait quelque chose, elle qui a dû revoir sa copie de départ, qui était d’ouvrir une épicerie végane avec une microsection pour consommer sur place, et non l’inverse, comme deux ans plus tard.

La raison ? Des coûts jugés trop élevés et donc boudés par la clientèle (hormis pour les préparations maison). Jongler avec divers critères d’appel (végane, biologique, sans OGM, local…), tout en proposant des prix acceptables, n’est pas un exercice facile pour ces marchés émergents.

Sylvain Karpinski, qui a lancé son entreprise en 2015, se sent à l’aise avec le fait que son huile de coco provient des Philippines et sa protéine de blé, des Prairies canadiennes. Des compromis, il faut savoir en faire.

Par contre, la fabrication de ses saucisses et fromages végétaux affiche 100 % local. C’est d’ailleurs au coeur du marché Jean-Talon qu’il ouvrira prochainement son comptoir-boutique.

Entre ceux qui virent véganes pour des questions d’éthique et d’autres pour des raisons de santé personnelle, il y a un champ de possibles.

En croissance

Et même si le manque de données ne permet pas encore de chiffrer significativement le mouvement, la courbe des consommateurs végés, toutes allégeances confondues, est incontestablement en croissance.

Aussi ne devrait-on pas tarder à voir poindre plus d’offres et d’originalités dans les assiettes.

Comme tout ce qui tourne autour des imitations de viande (Impossible Foods et Beyond Meat, deux entreprises californiennes qui se démarquent avec leur steak plus vrai que végétal !), ou une version végane de la malbouffe (un végane ne se nourrit pas que de feuilles de laitue).

Histoire de se départir du gros bol « énergisant » qui prime encore dans nombre d’établissements, ou des fameuses « options » inscrites sur bien des menus. Une option, le végane ? De moins en moins.

 


Antidote comptoir végane, 3459, rue Ontario Est, Montréal % 514 303-6300, info@goan tidote.com.

Gusta : petite fabrique de saucisses et de fromages véganes, 191, place du Marché-du-Nord, Montréal, gustafoods.com. Prochainement un comptoir-boutique au marché Jean-Talon.

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Pour aller plus loin

Le défi végane 21 jours de l’auteure québécoise Élise Desaulniers (Trécarré, 2016) : concis, très pratico-pratique avec des mises en contexte, des conseils, des témoignages et une vingtaine de recettes. Le prochain défi débute le 4 septembre. Très similaire, mais sans le côté défi : Vivre végane de la journaliste française Gwendoline Yzèbe (Livre de poche, 2016). Versus, un magazine végane québécois lancé en 2015

Le 3e Festival végane de Montréal: les 5 et 6 novembre, au marché Bonsecours de Montréal.

Manger végane au Québec

L’Association végétarienne de Montréal publie chaque année, sur son site Internet, un petit guide d’adresses.

Le site Happycow.net permet de trouver des adresses végés partout dans le monde.
13 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 août 2016 21 h 47

    Végane

    Je déteste ce mot, un calque de l'anglais vegan, qui veut avant tout dire végétalien.

    • Vincent Duhamel - Inscrit 28 août 2016 11 h 28

      Il y a une différence.

      Végétalien réfère à une diète (ne pas manger de produits animaux).

      Végane réfère à un mode de vie (s'opposer à l'exploitation animale).

      Certaines personnes sont végétaliennes sans être véganes. C'est notamment le cas des personnes qui évitent les produits animaux pour des raisons de santé. Une telle personne pourrait porter du cuir et aller assister à un rodéo. Ce n'est pas le cas pour une personne végane.

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 août 2016 17 h 24

      Alors, au masculain, ce serait végan. Ceci dit, l'anglais oppose végétarien à végétalien, ce qui n'existe pas en anglais (où l'on parle de ovo-lacto-vegeterianism).

  • Jacques Morissette - Inscrit 28 août 2016 07 h 05

    Rien de meilleur qu'un bon hot dog ou un hamburger, à l'occasion. Le corps n'aime pas qu'on abuse de lui, quel que soit le chemin unidirectionnel qu'on veut lui faire prendre.

    • Vincent Duhamel - Inscrit 28 août 2016 11 h 29

      Bien sûr, le corps a besoin de hot-dogs. C'est une vérité millénaire.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 28 août 2016 19 h 18

      Le corps a besoin de viande...ça, c'est une vérité millénaire...

  • Denis Paquette - Abonné 28 août 2016 10 h 35

    Une diète frugale et saine

    Pas facile de changer notre facon de s'alimenter, de manger moins et mieux et peut etre un peut plus sainement, ne dit on pas que notre facon de s'alimenter est la clée de notre santé, que la diète méditerranée permet de vivre plus vieux,comment parvenir a une diète plus frugale et saine, il faut absolument faire le choix de bons aliments, pour ca il y a quelque clées importantes qui sont des aliments frais et sains, en premier les fruits, en deuxieme les cérèales et les lentilles , en troisieme les poissons et les huiles de qualité et surtout les épices et les assaisonnements, car le gout est déclencheur de tellement de reactions chimiques importantes, de temps en temps un peu de viande surtout aux événements sociaux, vous savez que les anglais sont devenus les maitres du monde parce qu'ils mangeaient de la choucroute sur leurs bateaux, sur les bateaux anglais personne ne souffrait de scorbu, combien de gens encore aujourd'hui, ont des déficites en vitamine C

  • Johanne Fontaine - Inscrite 28 août 2016 13 h 08

    Ne pas exploiter les animaux?

    Afin de ne pas troubler l'onde claire
    habitat de grenouilles, ménés,
    achigans, crapets,
    renoncons aux habitations de ville qui pullulent
    au bord de nos merveilleux et foisonnants lacs;
    bien sûr, ces chateaux au bord de l'eau génèrent
    des revenus fiscaux aux municipalités de comté
    québécoise;
    c'est toutefois le prix à payer
    afin de conserver intact l'écosystème
    millénaire de nos forests boréales.

    Adoptons le style autochte;
    mettons-y du tipi...
    Revenons aux fondamentaux!

    • Yves Rousseau - Abonné 28 août 2016 15 h 29

      Le fondamental de la diète autochtone traditionnelle est fortement constituée de gibier et de poisson.

      C'est loin d'être végan...

      Si des adultes veulent se nourrir uniquement de végétaux, c'est une chose.

      Mais priver des enfants de toute protéine animale lors de leur développement c'est une lubie dangereuse.

  • Maxime Parisotto - Inscrit 28 août 2016 19 h 17

    Le végan est un délire de petit bourgeois gâtés dans les pays occidentaux...

    Dans le même genre de délire imbécile il y a aussi le régime paléo...

    • Pierre Mercier - Abonné 29 août 2016 00 h 50

      Merci beaucoup pour votre commentaire, M. Parisotto. Votre propos résume très bien ma pensée.