Images estivales

Images fortes d’un été finissant… Un petit garçon réveille les esprits sur une guerre de Syrie qui n’en finit plus. Un président turc assiégé, apparaissant sur les écrans des réseaux sociaux qu’il avait pourtant combattus, appelle à la résistance contre un putsch qui avortera. Enfin, un des grands succès médiatiques de cette fin d’été, sur fond d’angoisse et de moqueries : le « burkini ».

 

Le petit Omran Daqneesh, cinq ans — il est né avec la guerre —, a été sorti vivant, jeudi, des décombres d’une des maisons démolies par les raids russo-syriens qui ont redoublé d’intensité, alors que les rebelles d’Alep avaient brisé partiellement le blocus qui les étouffait.

Une partie de cette ville est tenue depuis 2012 par des forces anti-régime de tendances diverses, y inclus des islamistes, mais excluant ceux qui se font appeler « État islamique ». Au fil de ces années tragiques, certains quartiers d’Alep étaient devenus, avec des retournements multiples, le siège d’un contre-pouvoir, alternative à l’État policier haï de Bachar al-Assad, mais aussi à l’islamisme sanglant. Une issue démocratique — le premier objectif des révoltés de 2011 — dont les voies se sont amenuisées lorsque la guerre s’est prolongée.

Le petit Omran sorti, ensanglanté mais vivant, des décombres de sa maison d’Alep, au contraire du petit Alan noyé en mer Égée il y a un an, ce sont les dernières traces de ce contre-pouvoir qui combat sur place plutôt que de prendre le chemin de l’exil. La moitié environ de la population d’Alep en 2011 (1,7 million) y vivrait toujours en 2016.

Les images comme celle d’Omran sont certes des sujets possibles de propagande, qui ne représentent qu’une partie de la réalité : les bombardements aériens de Damas et de Moscou, contre combattants et civils, dans les quartiers qu’ils contrôlent. Mais pour ceux qui auraient décidé que Bachar al-Assad, tout compte fait, représente un moindre mal, ce petit garçon nous rappelle la réalité d’une impitoyable guerre de reconquête, avec « avantage Damas »… mais sans victoire en vue.

Et aussi, que la majorité des personnes tuées dans cette guerre, depuis 2011, l’ont été non pas par des rebelles (toutes tendances confondues), mais par Bachar et ses alliés de l’étranger, essentiellement par la voie des airs, contre des villes assiégées. 

 

Durant la nuit du 15 au 16 juillet, alors qu’une faction de l’armée turque tentait apparemment de le déloger, le président Recep Tayyip Erdogan est apparu sur les écrans par l’application de visioconférence FaceTime. L’homme qui fustigeait l’utilisation de tels moyens par ses opposants, allant jusqu’à les faire interdire ou saboter, et intentant des procès à ceux qui en faisaient usage, allait par cette voie reprendre le collier de spectaculaire façon.

On ne saura peut-être jamais si les accusations de Fethullah Gülen, l’intellectuel musulman exilé, ennemi intime d’Erdogan, selon lesquelles il s’est agi d’un coup « arrangé » pour renforcer ultimement le pouvoir du président, sont fondées. Peu importe : le résultat est là. Ce putsch avorté aura finalement été l’occasion en or qu’attendait Erdogan pour achever sa démolition du libéralisme à la turque, cette « démocratie musulmane » à laquelle le reste du monde voulait croire jusqu’à l’aube des années 2010.

Par une manipulation opportune des médias et des slogans, il a réussi à réduire encore plus une opposition déjà minoritaire, et à faire croire à 70 % des Turcs (selon les sondages) que les impérialistes américains, alliés ou non à Fethullah Gülen, se cachaient derrière cette tentative. Le piège s’est refermé sur les partisans de la démocratie en Turquie, qui ont perdu la partie même si le putsch a échoué. La vague terroriste qui frappe le pays ne peut qu’accentuer la tendance.

Un mot sur le burkini, apparu cet été sur certaines plages françaises. Il a inspiré à des responsables locaux des mesures d’interdiction, qui valent aujourd’hui à la France réprobations et moqueries dans la presse étrangère, surtout anglo-saxonne.

En Europe cet été, j’ai vu un burkini à la plage de Clacton-on-Sea, bastion nationaliste et station balnéaire britannique. Visitant différentes villes où je m’étais rendu huit ans plus tôt, j’ai eu la forte impression que la fréquence du voile intégral avait augmenté à Londres, à Vienne… et même à Cracovie, où j’ai aperçu deux femmes en niqab devant un grand hôtel. Mais là, selon mon souvenir de 2008, on partait de zéro !

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5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 22 août 2016 06 h 10

    Rome ne s'est pas bâtie en un jour!

    Disons que ces ''images'' ne sont pas jojo, c'est le moins qu'on puisse dire! Notre planète, au plan international, se porte plutôt mal. Ça guerroie ou ça joue des gros bras dans beaucoup de régions. Rien de réjouissant.

    Mais il faut bien le constater: depuis fort longtemps... les hommes aiment guerroyer. Mais de fait, je crois que les choses vont un peux mieux. Avec l'arrivée de l'ONU et de nombreuses autres institutions internationales, publiques et privées, depuis 1945, il y a amélioration. Mais en ce temps de l'immédiateté, l'adage voulant que Rome ne s'est pas bâtie en un jour est une donne qui passe bien mal. Mais la réalité demeure la réalité! Sans désespérance.


    Michel Lebel

  • Pierre Grandchamp - Abonné 22 août 2016 12 h 41

    "C'est une insulte. Les Africains souffrent peut-être même plus que les Syriens."

    « Le Canada a bien servi les Syriens, mais a oublié l'Afrique », s'indigne Paul Mulangu, le directeur du Centre d'intégration pour immigrants africains (CIIA) situé à New Westminster en Colombie britannique.

    Crise des réfugiés : les Africains sont-ils les grands oubliés?
    "C'est une insulte. Les Africains souffrent peut-être même plus que les Syriens."

    Paul Mulangu, directeur du Centre d'intégration pour immigrants africains

    http://ici.radio-canada.ca/regions/colombie-britan

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 août 2016 15 h 46

      Les médias d'ici ne couvrent pas, sauf exceptions, l'Afrique. Les horreurs de Boko Haram et de Al Qaeda, les conflits ethniques, l'islam radical, le sort des minorités chrétiennes......

      A ce que je sache, Radio Canada n'a plus de correspondant en Afrique?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 août 2016 07 h 11

      Pour connaitre un tantinet ce qui se passe en Afrique, il faut aller sur des postes de télévision français. Notamment les désastres de Boko Haram.

  • Marc Therrien - Abonné 22 août 2016 21 h 40

    Et pendant ce temps estival, ici au Québec

    Mais quand même, quel beau pays tranquille et plus particulièrement, "belle province'', que nous habitons! Pendant cet été meurtrier un peu partout dans le monde qui a fait disparaître des centaines d'humains, au Québec, c'est la terreur des pitbulls qui nous angoisse le plus. Un problème qui ne devrait pas être trop compliqué à régler d'ici le retour à la tranquillité qui devrait être assuré, entre autres, par la rentrée des émissions ''télé'' qui devraient offrir de nombreuses heures de divertissement.

    Marc Therrien