Trop fort pour la ligue

Le sprinter canadien An- dre De Grasse n’a pas réussi à renverser le roi du sprint, le Jamaïcain Usain Bolt, qui a remporté l’or du 200 m jeudi. 
Photo: Damien Meyer Associates Press Le sprinter canadien An- dre De Grasse n’a pas réussi à renverser le roi du sprint, le Jamaïcain Usain Bolt, qui a remporté l’or du 200 m jeudi. 

On a passé une bonne partie de la journée à se demander ce qu’Usain Bolt et Andre De Grasse pourraient bien inventer pour marquer l’imaginaire en cas de nouvelle domination à la finale du 200 mètres, après la vague amicale, souriante et probablement la plus relaxe qu’une course olympique a jamais vue mercredi soir. Du moins en apparence, parce que Bolt a déclaré par la suite qu’il trouvait que son principal rival avait ouvert un peu trop la machine.

Mais cette fois, l’écart était pas mal plus prononcé, et s’ils ont bien fini 1-2, on s’est contenté d’une petite tape dans le dos. Bolt aurait eu beau regarder à droite et à gauche, il n’aurait vu personne tellement son avance était considérable. Il aurait pratiquement pu terminer à reculons.

Huit médailles d’or pour l’Éclair donc, en attendant le relais 4 x 100 de vendredi pour un ahurissant triple triple. Remarquons toutefois que Bolt pourrait perdre une de ses huit puisque de nouveaux tests menés sur les échantillons des gagnants par les autorités compétentes ont mené à un contrôle positif dans le cas de Nesta Carter, membre du relais jamaïcain aux Jeux de Pékin en 2008. Mais interrogé il y a quelques jours à propos du dopage, il a répondu : « J’ai toujours suivi les règles. Je suis testé plusieurs fois par saison. Je serais déçu de perdre une des médailles de Pékin, mais les règles sont les règles. »

Quant à De Grasse, qui était pour tout dire inconnu hors des cercles de l’athlétisme jusqu’aux Jeux panaméricains de Toronto l’an dernier, il s’impose comme une révélation après le bronze 100 m dimanche, et à 21 ans, il n’y a personne de mieux placé que lui pour prétendre au statut de dauphin. Le Canada court la chance d’assister à de bien belles courses pendant un bon bout de temps.

 

Si le coup d’oeil complice de Bolt et De Grasse sera sans doute le moment qu’on reverra le plus et qui s’imposera dans la mémoire de l’humanité, il serait injuste de ne pas souligner ce qui devrait être l’esprit même de l’olympisme si on a bien compris le serment des athlètes et autres documents afférents. Une excellente raison d’ailleurs de surveiller la finale du 5000 mètres féminin qui a eu lieu en ce vendredi.

Mardi lors des séries, on en est environ aux deux tiers de la course lorsque la Néo-Zélandaise Nikki Hamblin trébuche. Dans sa chute, elle entraîne l’Américaine Abbey D’Agostino. Visiblement, D’Agostino est blessée, tandis que Hamblin se remet rapidement debout.

Mais au lieu de repartir dans l’espoir de rattraper les autres, Hamblin demeure sur place pour aider D’Agostino. Les deux femmes reprennent la piste ensemble, mais on a tôt fait de constater que ça ne va pas pour l’Américaine : elle claudique et au bout de quelques mètres, elle s’assoit sur la piste en grimaçant de douleur.

Hamblin se penche de nouveau sur l’Américaine, puis se résigne à repartir les larmes aux yeux. Au bout de quelques instants, D’Agostino parvient à se relever et même à terminer l’épreuve. Peu après le fil d’arrivée, elle retrouve Hamblin qui l’attend, et les deux se font une accolade à faire chavirer un coeur de pierre.

Et ce n’était pas tout au rayon des beaux gestes. Bien qu’elles aient terminé 15e et 16e, avant-dernière et dernière de leur vague à quelque deux minutes de la gagnante, l’Association internationale des fédérations d’athlétisme a décidé de repêcher Hamblin et D’Agostino, de même que l’Autrichienne Jennifer Werth, également touchée par la chute.

Malheureusement, D’Agostino, qui a subi une déchirure du ligament croisé antérieur du genou droit, a dû déclarer forfait pour la finale. Parfois, il n’y a que le fichu sort pour se mettre en travers des plus nobles actions.

Mais parions que Hamblin courra pour deux.

 

Légèrement moins édifiante, n’est-ce pas, que cette sombre histoire de braquage apparemment inventée de toutes pièces par quatre nageurs américains, dont l’étoile Ryan Lochte, qui auraient plutôt vandalisé les toilettes d’une station-service de Barra da Tijuca.

Manifestement, les comiques étaient trop éméchés pour songer que nous vivons à une époque formidable, celle de la caméra de surveillance qui nous traque jusqu’à la porte des w.-c., sans parler du poste de contrôle à l’entrée du Village olympique, où se présenter avec sa montre et son téléphone intelligent et un large sourire pour ensuite prétendre qu’on s’est fait faire les poches à la pointe du fusil se révèle une stratégie largement vouée à l’échec.

Alors que la violence urbaine est une question délicate au Brésil, il faut souligner la déclaration un peu étonnante du porte-parole de Rio 2016, Mario Andrada : « Fichons la paix à ces gamins. Ils ont été sous pression pendant quatre ans pour offrir un bon rendement aux Jeux. Ils sont des athlètes magnifiques, Lochte est l’un des plus grands nageurs de tous les temps. Ils ont fait une erreur, ça fait partie de la vie. »

 

 

Ici, on aime la simplicité, pas de chichis oiseux pour tenter d’expliquer que tout est compliqué avec des graphiques et des tartes et des diagrammes de Venn. Non, il faut aller à l’essentiel.

Et c’est précisément ce à quoi s’applique le boxeur américain Shakur Stevenson, vainqueur jeudi chez les 56 kg et qui disputera samedi le combat pour la médaille d’or contre le Cubain Robeisy Ramirez. Le grand Floyd Mayweather soi-même en personne a qualifié cette semaine Stevenson de « prochain Floyd Mayweather », ce qui n’est quand même pas une insulte.

Stevenson a donc dit qu’il a appris de son grand-père la stratégie à observer pour connaître du succès dans le ring : « Frapper et ne pas se faire frapper. »

C’est ça qui est ça.