La déconvenue d’un 7-1

Après avoir vu Simone Biles régaler encore une fois la galerie — celle-là promet d’être la Nadia de 2016 —, il ne fallait vraiment pas s’attarder au frigo ou à un quelconque autre appareil ménager à l’heure du souper jeudi, parce qu’on s’exposait ainsi à rater l’essentiel.

Les Fidji et la Grande-Bretagne en finale du rugby à VII masculin ? Le suspense n’a pas duré longtemps, madame, c’en était presque ahurissant. Suprématie totale, règne sans partage, appelez cela comme vous voulez, c’était du sens unique en direction de l’en-but britannique. 29-0 à la mi-temps, le reste relevait de la simple formalité, de la belle ouvrage de qualité totale.

Il s’agit d’une première médaille pour les Fidji, arrivées aux Jeux olympiques en 1956. On imagine que le party doit être pogné dans l’archipel, et on se désole déjà de ne pas en être.

Par ailleurs, il arrive fréquemment que des expressions sportives fassent une intrusion dans le langage de tous les jours. Qui n’a jamais raté la cible, passé le témoin ou franchi le fil d’arrivée, qui ne s’est jamais retrouvé dans les câbles, qui n’a jamais eu le vent dans les voiles, qui ne s’est jamais fait prendre à plonger dans l’action en position carpée ? Hein, qui ?

On raconte qu’au Brésil, une autre formule est passée dans l’usage : se prendre un 7-1. Il s’agit évidemment d’une allusion à la dernière Coupe du monde de soccer, où la Seleção a encaissé une sévère défaite par ce score en demi-finales aux mains de l’Allemagne. Là-bas, ils n’ont pas encore digéré, et ne digéreront probablement jamais — hé, on parle encore du revers contre l’Uruguay en finale du Mondial 1950 au Maracanã —, cette monumentale gifle, et subir un 7-1 est devenu synonyme d’échec. Quand une procédure en destitution a été intentée contre la présidente du pays, Dilma Rousseff, plusieurs médias brésiliens ont titré qu’elle venait d’encaisser un 7-1.

Dans ce contexte, pas besoin de longs discours pour comprendre qu’on tient mordicus à éviter pareil revers de fortune aux Jeux de Rio. D’ordinaire, le tournoi masculin de foot retient peu l’attention parce qu’il est une affaire de très jeunes (23 ans et moins plus la possibilité d’inviter trois joueurs plus âgés) et que les grandes étoiles internationales, qui considèrent la Coupe du monde comme le véritable championnat, n’y participent pas, mais le Brésil a décidé de marquer le coup pour son tournoi en convoquant Neymar, 24 ans, l’étoile après Lionel Messi du FC Barcelone.

Étrangement, le Brésil n’a jamais gagné de médaille d’or en soccer olympique, et on s’est dit qu’avec Neymar comme capitaine le temps aurait davantage de chances d’être venu. Le sélectionneur de l’équipe, Rogério Micale, a tenu à souligner que le foot est un sport d’équipe, mais il n’a pas hésité une seconde à clamer sa « Neymar-dépendance ».

Ça n’a cependant pas très bien commencé, et les critiques se sont multipliées dans un pays où l’absence de succès ne fait pas précisément partie des options offertes. Deux fois, la Seleção olimpica a eu un net avantage sur la concurrence, mais deux fois, sa domination s’est révélée stérile : 0-0 contre l’Afrique du Sud, puis 0-0 contre l’Irak. Bien des choses reposaient donc sur son dernier match de la phase de poules mercredi soir face au Danemark.

Il n’y avait finalement pas trop d’inquiétudes à avoir. Ç’a débloqué, au rythme de 4-0, et les Brésiliens ont terminé au sommet de leur groupe. Rendez-vous avec le voisin colombien en quarts de finale samedi. Et d’ici là, comme l’a dit Neymar, ils sont prêts à accueillir les reproches, mais seulement les constructifs. Pas les malveillants, comme celui qui consiste à rappeler sans cesse cette histoire de 7-1, c’est clair ?

 

On a beau suivre les Jeux olympiques sans discontinuer depuis 1896, il reste toujours possible de faire des découvertes.

Le Daily Telegraph de Londres nous apprend ainsi qu’un entraîneur de la délégation du Kenya répondant au nom de John Anzrah a tenté de se faire passer pour un athlète à des fins de contrôle antidopage. Rien de moins.

Anzrah s’est présenté au test avec l’accréditation de l’athlète pour l’instant non identifié, a fait pipi dans le flacon prévu à cet effet et a signé les documents appropriés. Les autorités en place ont pris conscience du subterfuge en ayant recours à des méthodes d’enquête extrêmement sophistiquées, soit en comparant le visage de l’individu à celui apparaissant sur la photo du carton d’accréditation.

Le Comité international olympique a tenu à remercier le comité olympique national du Kenya d’avoir déjà renvoyé Anzrah à la maison.

On ne le dira jamais assez : l’humain est une créature extraordinaire.