Cet obscur objet du désir…

«Silver Shoes» de Jennifer Lyon Bell participe à un courant d’érotisme féministe éloigné du regard macho dominateur.
Photo: Cinémathèque québécoise «Silver Shoes» de Jennifer Lyon Bell participe à un courant d’érotisme féministe éloigné du regard macho dominateur.

Cette semaine, j’ai rattrapé quelques films du cycle érotique présenté à la Cinémathèque québécoise au fil de l’été. Démarré en juillet, il insuffle d’autres vents de chaleur à la canicule d’août.

Dans la salle, on voyait surtout des hommes. Rien de nouveau sous le soleil. Ces séances se jouent de tout temps au masculin pluriel, les rares femmes s’y pointant, en règle générale, en couple. Les vieux et les jeunes rivaient de mêmes yeux sur l’écran, chose certaine. Un gros vendeur, le sexe, tous âges confondus.

Au rez-de-chaussée, une exposition d’affiches coquines attirait badauds et touristes, comme la projection en boucle de l’expérimental Corps exquis de l’Autrichien Peter Tscherkassky, voyage en érotisme des années 1960 à nos jours.

 
L'exposition comprend la projection en boucle de l’expérimental «Corps exquis» de l’Autrichien Peter Tscherkassky, voyage en érotisme des années 1960 à nos jours.

Aujourd’hui, les spectateurs pensent avoir tout vu, mais l’émoi du voyeur devant l’écran demeure inchangé, adapté tout au plus aux fantasmes de l’heure. Et encore…

Catherine Deneuve, en bourgeoise à la double vie du Belle de jour de Buñuel, distille le même poids de mystères lascifs qu’en 1962. Les cinéastes japonais n’ont rien perdu de leur raffinement pervers et David Hamilton, à travers Bilitis et Tendres cousines, caresse encore l’écran avec ses nymphettes aux caresses saphiques.

Le saut des barrières

Grâce à ce cycle aux accents grivois, Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque, accueillait la semaine dernière une douzaine de nouveaux membres annuels : « Des moins de 50 ans, à coup sûr. » Leurs doubles patronymes le révélaient. Ce temple du boulevard de Maisonneuve prend son assistance cet été par les sens, accrochant au passage une partie du jeune public de Fantasia, si friand de films de niche.

Certaines soirées sont plus torrides que d’autres dans cette salle longtemps baptisée Claude-Jutra. Il y a des films hard et violents, à l’instar du saisissant Empire des sens du Japonais Nagisa Oshima, dont la spirale érotique mène à la mort. D’autres se font plus suggestifs qu’explicites, avec éclats du blasphème dont les années 1970 étaient friandes. Ainsi dans Mais ne nous délivrez pas du mal du Français Joël Séria, porté par son duo de jeunes filles éprises de loisirs sataniques. L’inceste entre frère et soeur, thème de My Sister My Love du Suédois Vilgot Sjoman (1966), paraît plus charmant qu’audacieux. Le temps émousse les dents du scandale.

 
Photo: Christian Geisnaes «Nymphomaniac» de Lars Van Trier

Les barrières enjambées hier mènent à d’autres barrières à franchir demain. La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche ou L’inconnu du lac d’Alain Giraudie ont ouvert de nouvelles brèches de représentation sexuelle. D’autres suivront.

Le spectre du cycle est large, de Deux femmes en or de Claude Fournier à La tour de Nesle d’Abel Gance, en passant par Exotica d’Atom Egoyan. Entre l’érotisme flottant et la porno crue du film allemand Taxi Zum Klo.

Sur des vagues

Au menu du vendredi 19 août : une série de courts métrages français muets du début du XXe siècle. La semaine suivante, lui succédera un florilège de courts autrichiens du temps, apparemment plus soft que leur pendant français. « Nés des commandes de collectionneurs privés, ces films sont aujourd’hui de vraies raretés », précise Marcel Jean. Dans leurs chics boudoirs lambrissés, ces fins amateurs s’offraient des parties fines sur vues animées, avant la démocratisation du genre.

Chose certaine, l’érotisme s’est collé à l’écran dès l’invention du septième art. Et l’évolution du créneau fascine ; avançant sur un plan, reculant ailleurs. Des scènes confinées hier au XXX des écrans spécialisés gagnent désormais les circuits commerciaux, tel Love en 3D de Gaspar Noé, dont les spectaculaires effets de jaillissement font oublier la minceur du scénario.

Le « montrable », ça va, ça vient. « Tout ce qui a trait à la pédophilie est devenu délicat à présenter », précise Marcel Jean. Beau-père de Bertrand Blier, dans lequel un homme cède aux avances de sa belle-fille prépubère, faisait déjà hurler à sa sortie en 1981… La Cinémathèque, qui l’avait projeté en rétrospective des oeuvres du cinéaste français, préféra sous cette bannière érotique passer à côté. Absent du lot, aussi, Pretty Baby de Louis Malle (1978), avec sa fillette de 12 ans mise aux enchères dans une maison close.

Pas là davantage le quasi insoutenable Salo ou les 120 jours de Sodome de Pasolini revisitant Sade, sur fond de fascisme. Le directeur de la Cinémathèque affirme le considérer avant tout comme un film politique. Par ailleurs, si les cinéastes des années 1970 adoraient se repaître des fantasmes sexuels de nazis, le thème fait moins sourire. Autres temps…

Les scènes de viol de femmes sans condamnation implicite choquent les mentalités en éveil. Des femmes, Catherine Breillat en chef de file, redessinent à leur manière la carte érotique. Ainsi, dans Téléphone rose de Farzin Farzaneh est capté le one woman show d’une ancienne prêtresse de la téléphonie licencieuse, éclairant ce métier sous un nouveau jour. Silver Shoes de Jennifer Lyon Bell participe à un courant d’érotisme féministe éloigné du regard macho dominateur. Les films de fesses sont aussi des révélateurs de sociétés.

Quand la littérature s’en mêle

Feuilleter le calendrier de ce cycle érotique, c’est mesurer par ailleurs à quel point la littérature sert le cinéma au rayon du fantasme, images mobiles sur écrits célèbres de Sade, d’Apollinaire et de Pauline Réage. C’est à une novella d’Henry Miller que s’est abreuvé le Quiet Days in Clichy de Jorgen Thorsen, à un roman de Jean Genet que s’attela Querelle de Fassbinder. Lolita repose sur la prose de Nabokov. Belle de jour est d’abord un roman de Joseph Kessel et L’insoutenable légèreté de l’être, le chef-d’oeuvre de Kundera.

 
Photo: L'appolonide « L'appolonide (souvenirs de la maison close)» de Bertrand Bonello

Des Belles endormies de Kawabata fut tiré Sleeping Beauty de Julia Leigh, alors qu’Eyes Wide Shut de Kubrick prend appui sur une novella d’Arthur Schnitzler.

D’où l’envie de saluer au passage les géants littéraires qui inspirèrent à tant de cinéastes de si ardentes passions. Puissent les arts demeurer longtemps des vases communicants ! Ils gagnent au partage. Nous aussi.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 13 août 2016 19 h 57

    Ah, les phéromones quel affaire, une partie par miliers

    je dois admettre que je ne suis pas un voyeur tres résillient, je me fatigue vite de l'effet entendu et prévisible des images, meme si parfois certaines images me parlent plus que ce dont je m'attendais,je suis une sorte de voyeur blasé de toutes les facons j'ai toujours aimé chez l'autre des reponses précises a mes desirs que souvent finissent en apathéose chez l'autre et chez moi-meme voila ce que j'aime, j'ai eu comme beaucoup d'ados mes crises de voyeurs mais avec le temps , ca m'a passées j'ai tres vite appris que j'avais de besoin de plus que les petites poupées de papier ne me sastisfaisant plus