Un autre grand retour

En ce jeudi, le golf effectue un retour fracassant aux Jeux olympiques, et la communauté internationale dans son ensemble frétille d’une impatience incontrôlable. Ce qui est immensément compréhensible compte tenu du fait que le sport est absent du programme depuis 1904, ce qui ne nous rajeunit pas d’une seule minute.

D’ailleurs, sachons nous en enorgueillir ne serait-ce qu’un fol instant : c’est un Canadien bien de chez nous qui détient le titre individuel de la discipline depuis 112 ans. Parfaitement : George Lyon, né pas loin d’Ottawa. Né en 1858, aussi, un solide indice de ce que le temps file et que, si on ne saisit pas l’occasion maintenant, il sera trop tard. Regardez un peu Michael Phelps aller : s’il ne décollait pas du bloc de départ à point et ne survolait pas les flots comme un aéronef en rase-mottes qui a oublié quelque chose sur le feu, aurait-il assez de breloques pour garnir un conteneur gerbé ? Je ne pense pas.

George Lyon, donc, qui ne se mit à la pratique du golf qu’à l’âge vénérable de 38 ans — il préférait jusque-là le cricket —, mais triompha quand même au Glen Echo Country Club, près de St. Louis, qui, fait à noter, fut le tout premier terrain aménagé à l’ouest du fleuve Mississippi. Pour sa peine, Lyon reçut un superbe trophée, aujourd’hui exposé au Temple de la renommée du golf canadien à Oakville, et une médaille d’or, qui a malencontreusement été perdue et dont on ignore toujours aujourd’hui où elle peut bien se trouver malgré des recherches intensives. Avant la Première Guerre mondiale, des membres de la famille de Lyon ont écrit au Comité international olympique pour avoir une autre médaille, mais les autorités en place leur ont fait savoir que cela était impossible. Ils ont dû se contenter d’une réplique.

Cette fois, on se retrouve à Barra da Tijuca, sur un parcours spécialement construit pour les Jeux de la XXXIe olympiade d’été, mais qui pourra permettre à Rio d’accueillir d’autres grands tournois. Si bien sûr les joueurs d’élite acceptent de s’y rendre : aux JO, les quatre meilleurs hommes au classement mondial, Jason Day, Dustin Johnson, Jordan Spieth et Rory McIlroy seront absents, tous ayant invoqué une crainte du virus Zika, ce satané Zika qui constitue une raison supplémentaire de se demander pourquoi diable Noé a placé un couple de moustiques dans son arche.

Ils ne seront pas au rendez-vous même si les autorités sanitaires du Brésil ont indiqué avant les Jeux qu’elles envisageaient moins de 1 cas de Zika parmi le demi-million de visiteurs étrangers attendus à Rio. Très exactement cela : moins de 1. Les raisons pour lesquelles elles n’ont pas carrément dit « zéro » semblent aussi mystérieuses que celles des bassins olympiques où l’eau tourne au vert, mais c’est peut-être qu’il existe des portions de Zika. Un demi-Zika, un tiers de Zika.

Remarquez, on peut comprendre les golfeurs apeurés : s’il y a des athlètes — quoique l’Allemand et ancien numéro 1 mondial Martin Kaymer se demande s’ils en sont, ayant été fortement impressionné par l’ardeur des entraînements à son arrivée au village olympique : il a dit s’être demandé « si nous, golfeurs, faisons quoi que ce soit ou si nous sommes simplement paresseux » — exposés aux moustiques, ce sont bien eux, surtout s’ils s’adonnent à connaître une mauvaise journée au bureau et se ramassent plus souvent qu’à leur tour dans les fourrés.

En matière de faune, il n’y aura cependant pas que les moustiques aux abords des allées ou même dedans pour divertir le parterre. Comme le parcours a été aménagé sur un site qui était déjà un habitat naturel pour plusieurs espèces (118), on pourrait retrouver, notamment mais non exclusivement : des caïmans, qui vivent dans les lacs situés près des trous 2, 3, 5 et 9. On raconte cependant qu’à l’instar de Yuri van Gelder, le gymnaste néerlandais qui a été exclu de son équipe nationale et renvoyé chez lui après avoir fêté sa qualification pour la finale aux anneaux en trinquant jusqu’au petit matin dimanche à l’extérieur du village olympique, le caïman sort surtout pendant la nuit, et que, contrairement à l’équipe masculine de basketball des États-Unis, il est d’un naturel plutôt timide. De plus, comme l’a fait remarquer le responsable des verts — seront-ils bleus ? — à Barra da Tijuca, Mark Johnson, le caïman brésilien mesure environ 5 pieds à peine, alors qu’il n’est pas rare qu’il aperçoive des spécimens faisant 10 à 12 pieds hors tout dans son jardin en Floride.

Des singes également (logeant dans des arbres non loin du vert du 12e trou), de même que des bradypes, ces paresseux à trois doigts dotés de longues griffes dont quiconque a déjà fait des mots croisés sait qu’on peut aussi les appeler « aïs ». Des chevêches des terriers, un animal pas mal chouette. Des capybaras, ces énormes rongeurs, des hystricognathes qui peuvent aller jusqu’à concourir dans la catégorie des 65 kg et qui mangent de l’herbe nuitamment. Et des boas constricteurs, entre autres serpents.

Est-ce que ça donne le goût d’avoir hâte d’aller siroter une petite froide au 19e trou, oui ou oui ?

On assure toutefois que des dresseurs seront déployés tout au long du parcours et que, si des créatures dangereuses s’approchent trop des joueurs et des spectateurs, elles seront capturées et évacuées vers un parc naturel voisin.

Pour en revenir à l’histoire du golf olympique, une anecdote particulièrement folichonne : en 1900 à Paris, Margaret Abbott, de Chicago, et sa mère, Mary, ont pris part au « tournoi », consistant en une ronde de neuf trous.

Margaret l’a emporté et a reçu une coupe, pas une médaille, et les Jeux de 1900 étaient si mal organisés que, comme plusieurs autres concurrents, elle ne savait pas qu’elle participait aux Jeux olympiques. Elle ne savait pas davantage qu’elle était la première femme américaine « médaillée » d’or olympique lorsqu’elle est morte, en 1955.

Allez, birdie.

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1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 11 août 2016 09 h 28

    "Merveilleux"

    Le "merveilleux" monde du sport n'est-il pas "merveilleux"?