Un potager pour les non-voyants

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Pour une deuxième année, des non-voyants viennent une fois par semaine s’occuper avec enthousiasme de leur potager aux Jardins-jeunes du Jardin botanique de Montréal.

Afin de leur procurer le maximum d’autonomie et d’indépendance, leur animatrice, Léna Guézennec, a découvert un livre sur les jardins adaptés et les bienfaits du jardinage, dont l’auteur est un jardinier non voyant, qui l’a beaucoup inspirée.

Les Jardins-jeunes, c’est un fantastique programme de jardinage qui accueille chaque année quelque 150 jeunes de 8 à 15 ans. Il y a trois ans, des adultes ont jardiné pour une cuisine collective, et parmi eux se trouvait une non-voyante.

Heureuse de l’expérience, son souhait à la fin de la saison fut que d’autres personnes ayant son handicap puissent avoir la même chance qu’elle.

Photo: Lise Gobeille Un groupe de jardiniers au travail.

Son commentaire a été pour Léna Guézennec l’élément déclencheur du projet. Avec l’accord de Violène Simard, responsable des Jardins-jeunes, elle a réfléchi à la façon de le mettre sur pied. Au cours de l’hiver, elle est tombée sur le livre du Belge Christian Badot Jardintégration. Un rêve devenu réalité, publié aux éditions Nature Progrès, en Belgique (2009).

La rotation des cultures

Le livre de Christian Badot, lui-même atteint de cécité complète depuis plus de 30 ans, est le fruit d’une expérience vécue sur le terrain et au quotidien. Pour lui, qui était déjà amateur de jardinage avant de perdre la vue, jardiner dans un lieu adapté permet une véritable réhabilitation. C’est aussi un moyen de retrouver son indépendance et de se construire un avenir en envisageant la rotation des cultures, la récolte des graines, les futurs semis…

L’auteur considère que le jardinage permet de briser la barrière qui sépare les non-voyants des voyants, le jardin devenant un lieu de rencontre et de partage. L’impossibilité du jardinier — peu importe son état — de dominer la nature le rend certainement plus accueillant et plus ouvert à la différence, selon lui.

Photo: Lise Gobeille Un outil tout simple: deux planches qui servent de guide pour le désherbage.

M. Badot officie au jardin didactique de Nature Progrès à Jambes, en Belgique, où il est bénévole depuis 2004. Ce jardin a été adapté grâce à l’étroite collaboration de l’association pour les handicapés visuels Le Soleil dans la nuit, dont il a été le président jusqu’en 2009, et de l’association Nature Progrès.

Semer, arroser et récolter

Chaque mercredi matin, une dizaine de non-voyants se rendent aux Jardins-jeunes avec leur guide pour semer, arroser et récolter leurs légumes sous la supervision de leur animatrice Léna. L’activité leur a été proposée par l’Association des sports pour aveugles de Montréal (ASAM), qu’a sondée Léna il y a deux ans pour savoir s’il y avait un intérêt pour le jardinage chez ses membres.

« Le succès de l’activité, a raconté la présidente de l’association, Jocelyne Richard, une non-voyante, lors de mon passage au jardin, va bien au-delà de nos espérances. Nous sommes enchantés. »

Le taux d’absentéisme presque nul en est le reflet. Tous les participants avec qui j’ai discuté apprécient grandement leur expérience de jardinage, mais aussi la diversité des légumes produits, les conseils de culture et… les recettes de Léna, pour qui l’animation de ce groupe a eu un impact intéressant.

« Du fait de devoir tenir compte de leur déficience visuelle dans toute sa diversité — ceux qui voient un peu, ceux qui ont déjà vu, ceux qui n’ont jamais vu —, j’ai dû développer un vocabulaire plus descriptif, plus concis, donner des couleurs et des images. De sorte que mes animations auprès d’autres publics se sont aussi transformées. » Léna fait aussi de l’animation aux Jardins-jeunes.

Pour aider les non-voyants, voici quelques adaptations toutes simples des jardins et des outils qui ont été réalisées. D’abord, chacun à sa parcelle de jardin délimitée par des montants de bois afin de pouvoir se repérer dans l’espace. Ensuite, pour que les non-voyants puissent repérer rapidement les légumes, tous les jardins sont identiques et les étiquettes, de grand format, comportent des inscriptions écrites dans un lettrage de bonne taille et aussi en braille.

Finalement, pour faciliter le semis et le désherbage, des guides sous forme de planches ont été fabriqués et sont installés sur les montants au besoin. Voici quelques témoignages de participants à la fin de l’activité : « On sème de l’espoir et on récolte du plaisir » ; « On ne croit pas que c’est réel et que ça va apparaître » ; « Les fèves en crème vont être excellentes cette semaine ».

Merci à Isabelle et Diane, à Jocelyne et Louis, à France et Claude, à Josée et Monic, à Yves Marie Lefebvre et tous les autres. Comme l’ASAM fonctionne dans un esprit de partage, les récoltes vont aux participants et aux guides bénévoles.


Au jardin cette semaine

Dès que les nuits sont plus fraîches, on entre dans une période idéale pour réparer les zones de pelouse dégarnies au moyen d’un sursemis et pour faire des plantations. Mais comme on a encore souvent des journées chaudes tard en saison, on doit faire un bon suivi d’arrosage pour s’assurer du succès de nos travaux.

Si ce n’est pas déjà fait, Lili Michaud recommande, dans son livre Mon potager santé, d’étêter les plants de tomates indéterminés au début d’août, ou quand ils ont atteint 1,5 mètre, au-dessus des deux feuilles qui suivent la dernière grappe.

Également à cette période, les feuilles du bas des plants de tomates montrent souvent des symptômes de maladies fongiques. En les coupant et en les détruisant, on diminue les risques de propagation. Le flétrissement bactérien est une maladie qui affecte toutes les cucurbitacées, mais en particulier le concombre. Si les plants sont fanés même s’ils ne manquent pas d’eau, on peut suspecter cette maladie transmise par la chrysomèle rayée, un ravageur des cucurbitacées. Malheureusement, une fois le plant infecté, mieux vaut le détruire. Et, à moins d’avoir un compost dont la température s’élève, on ne composte pas les végétaux malades.

Dans la section « Au jardin cette semaine » du 30 juillet, deux erreurs se sont glissées. Ce n’est pas le chou de Bruxelles qu’on peut semer à la mi-août, mais le chou chinois bok choy, et les courgettes n’auraient simplement pas dû s’y trouver.

Dans la bibliothèque

Quand l’inspiration fleurit
L’étonnante histoire du parc Marie-Victorin

Véronique Pépin
Parc Marie-Victorin, 2016, 109 pages

Pour souligner ses 30 ans, le parc Marie-Victorin s’est offert un livre qui raconte dans de courts textes et avec de nombreuses photos ses origines et son histoire. Il rend hommage aux gens qui l’ont construit, présente sa mission et souligne ce qui le distingue.

Il explique les liens entre le parc et sa communauté et présente ce lieu de découverte et de rassemblement qui joue un rôle essentiel pour la région.

Inauguré pour célébrer le 100e anniversaire de naissance du frère Marie-Victorin, natif de Kingsey Falls, le parc est situé dans ce village du Centre-du-Québec.